Elles évoluent aujourd’hui sur les plus beaux terrains du monde. Taquinent les sommets à Metz, Vardar ou Fleury et sous le maillot de l’équipe de France avec qui elles disputent le 8ème du finale du Mondial ce dimanche. Un aboutissement dont le point de départ résonne encore là où elles ont débuté le handball ou appris à le pratiquer avec soin. D’Epernay à Saint-Rémy-sur-Avre en passant par Bourg-de-Péage ou Ivry, les entraîneurs de « jeunesse » des Femmes de Défis les racontent avec fierté et affection.

Les yeux de Siraba Dembélé se sont mis à briller dès qu’elle a entendu son nom. Lequel ? Celui d’Alain Marchais. Si l’actuelle capitaine des Bleues est aujourd’hui une joueuse reconnue, convoitée et compétitive, c’est aussi ? et surtout – grâce à cet homme-là. « C’est mon papa du handball« , souffle-t-elle, toute émue. Le technicien du Handball Club Vallée d’Avre, près de Dreux, ne cachait pas non plus son émotion. « Je m’en souviens très bien. Du premier jour où je l’ai vue. Elle accompagnait sa soeur. Il me manquait une joueuse. Je lui ai proposée de se joindre à nous, elle a accepté? » Pour ne plus quitter les terrains de handball. « Elle a eu le coup de foudre pour ce sport dès le début« , ajoute Alain Marchais. Siraba avait alors une dizaine d’années. « Je me souviens d’une enfant toute mignonne, toute timide. Mais il fallait la pousser dehors pour qu’elle quitte le gymnase. Elle était capable de faire deux ou trois entraînements de suite ! » Déjà, Alain Marchais discerne les caractéristiques qui ont fait de l’ailière tricolore une grande joueuse. « Elle avait une volonté terrible. Une année, nous n’avions pas assez de joueuses pour former une équipe dans sa catégorie, elle m’en a trouvées sept ou huit en une semaine ! » « Sans lui, je ne serais peut-être pas là aujourd’hui, sourit la joueuse. Il m’a donné goût à la pratique, il m’emmenait aux stages, aux matchs, aux entraînements quand mes parents ne pouvaient pas. Il m’a tant appris« . Le duo n’a jamais perdu le contact.

« Poly, c’est toujours une mordue de handball »
Et c’est le cas pour d’autres joueuses de l’équipe de France. Paule Baudouin la première. Elle qui était passée dans les mailles du filet au moment de la sélection pour les sport-études. « Je sais d’où je viens et sans lui, je ne serais pas là« . Lui, c’est David Morelli. La rencontre avec « Poly » a lieu en 1998/1999. « Elle avait une quinzaine d’années, je l’ai entraînée pendant trois ou quatre ans en moins de 18 ans puis en Nationale 2. Ce qui m’a très vite frappé chez Paule, c’est qu’elle savait ce qu’elle voulait. C’est une mordue de handball. Je ne suis absolument pas surpris par la trajectoire qu’elle a prise. On le pressentait. Et je suis très heureux pour elle et pour l’équipe de France« . Paule n’a jamais oublié David et ne cache pas qu’il fait partie de sa famille.
Thierry Tayan, lui, entraîne toujours à Villemomble. Et ce sont trois Femmes de Défis qui sont passées dans ses mains. « Allison Pineau, je l’ai aperçue la première fois alors qu’elle était encore très jeune à Aubervilliers. Elle ne savait pas mettre un pied devant l’autre mais possédait déjà une vraie faculté dans le maniement du ballon. Elle a débarqué à Villemomble à 14 ans. Il fallait du courage pour prendre cette décision. Mais c’était et c’est toujours une fille très déterminée« . C’est également une autre demi-centre à qui le Francilien a distillé ses précieux conseils un peu plus tard. « Je l’ai eue en moins de 13 ans. Grâce Zaadi, elle était déjà belle à voir jouer. J?étais sûr, alors, que si elle insistait, elle terminerait en D1, à très haut niveau. Mais je ne pensais pas à l’équipe de France, surtout aussi jeune ! Je suis très heureux pour elle. D’autant que c’est une chouette fille qui n’a pas oublié d’où elle venait« . Enfin, Thierry Tayan ne cache pas que c’est pour Audrey Bruneau qu’il a eu un véritable coup de coeur. « Je l’ai rencontrée à Epinay. J’étais parti là-bas pour aider les garçons qui étaient dans le dur. Et du coup j’ai entraîné les moins de 16 filles. Très vite, j’ai demandé à ce qu’elle s’entraîne avec les séniors, pour qu’elle progresse. Il m’arrivait même d’annuler des séances pour travailler individuellement avec elle. » « C’est vraiment grâce à Titi que je suis là, reconnaît l’arrière des Bleues. Il m?a poussée, m?a soutenue. Il était très exigeant. C’est lui qui a convaincu mes parents alors que je n?avais que 13 ans de me laisser partir au pôle. J’étais à son mariage, je connais ses enfants. Thierry m’a fait conduire pour la première fois ! Oui, il fait partie de ma famille.« 

« Amandine n’a pas changé »
Ces familles plus anonymes qui ont permis aux joueuses tricolores de découvrir leur sport, et de se construire. Thierry Dabenna, lui aussi, se souvient. « Quand j’ai entraîné Nina, elle était déjà très forte mentalement« . Aujourd’hui Universitaire à Paris, le technicien a croisé la route du pivot des Bleues à Noisy-le-Grand. « C’est la première personne qui a vraiment cru en moi », relève l’intéressée. A Epernay, on se souvient aussi de Maakan Tounkara. C’est Magalie Villaume, un de ses entraîneurs de l’époque qui raconte : « Je l’ai vue pour la première fois pendant des vacances scolaires. On proposait des activités Handball et je l’ai recrutée pour le club. Elle devait avoir douze ans je pense. Et ses capacités motrices exceptionnelles n’ont échappé à personne« . Après avoir quitté la Marne pour Le Havre puis Fleury, Maakan a fait un retour chez elle avant le Mondial. « C’était un tel plaisir de la voir sous le maillot des Bleues à Reims. Je lui souhaite simplement de profiter de tous ces moments-là« . Ali Mani ne tarit pas d’éloge non plus au sujet de celle qu’il a eu le bonheur d’entraîner il y a plusieurs années à Bourg-de-Péage. « Amandine était quelqu’un de très équilibré. Et elle n’a pas changé« . Que la gardienne des Bleues scintille de mille feux à Belgrade et depuis plusieurs années n’étonne absolument pas le technicien. « Je l’ai eu pendant les trois dernières années avant qu’elle ne parte à Metz. Et au bout de la première saison ensemble, j’ai confié à son père, pas à elle, qu’elle avait le potentiel pour faire partie du top 5 des gardiennes mondiales. » Ali Mani avait vu juste. Et, comme Alain Marchais, Thierry Debanne, Magalie Villaume, David Morelli, Thierry Tayan et tous les cadres qui ont un jour entraîné les Femmes de Défis, rien ne le rend plus heureux que de voir leurs protégées s’épanouir aujourd’hui au plus haut niveau international.