Le nouveau directeur technique national a traversé le Mondial IHF 2021 au sein du staff de l’équipe de France féminine. Pascal Bourgeais livre son analyse et fixe le cap des prochaines échéances de l’olympiade.

À l’issue de douze mois exceptionnels avec trois finales sur les trois compétitions majeures et même si la défaite est cruelle en finale face à la Norvège, quel sentiment t’anime, à chaud ?
Malgré tout, le premier mot qui me vient, c’est le plaisir. Le plaisir que l’on a pu donner aux gens qui suivent cette équipe et qui la regardent. C’est important, dans la période que nous traversons, de donner ces petits moments-là. Les filles en sont bien conscientes. Elles ont pris beaucoup de plaisir malgré l’extrême difficulté à préparer la compétition parce que c’était difficile, à la fois mentalement et physiquement. Elles ont donné tout ce qu’elles pouvaient. Effectivement la frustration existe, car à un moment on pense pouvoir toucher du doigt la médaille d’or, mais face à une équipe de Norvège de ce niveau-là, nos petits péchés qu’on avait vu apparaitre, nous coûtent trop cher pour espérer gagner. Et une joueuse extraordinaire en face, la gardienne de but Silje Solberg, qui a fait la différence.

L’équipe de France s’appuie sur une défense très solide, mais très énergivore. Est-ce la raison pour laquelle, l’ensemble s’est fissuré en 2e période de la finale ?
Je prendrai le temps de bien analyser le jeu. Plus la compétition passe, plus nos adversaires savent comment nous jouer des deux côtés, c’est évident. Les quelques failles de notre système défensif ont été utilisées par des joueuses talentueuses. Dimanche, les tirs que prennent Stine Oftedal ou Nora Mork et ce qu’elles sont capables de produire individuellement, ces petits plus font la différence, face à n’importe quelle défense.

Cette finale perdue face à une brillante équipe de Norvège ne renforce-t-elle pas finalement le titre olympique remporté l’été dernier à Tokyo ?
Bien entendu et pas uniquement la finale. Nous avons eu le bonheur et le malheur, si j’ose dire, d’avoir des rencontres de très haut niveau du début à la fin du Mondial avec des équipes qui voulaient toutes battre la France et qui nous ont poussés dans nos retranchements. Lors de cette compétition qui est particulièrement difficile post-olympique, nous avons été mis dans les cordes régulièrement. L’équipe va se nourrir de cette compétition pour grandir et se projeter déjà vers 2024 et les échéances intermédiaires.

De jeunes joueuses participaient à leur première compétition internationale. N’est-ce pas aussi l’un des bénéfices de ce Mondial ?
Ces matchs au couteau, ces matchs à élimination directe, sont d’une valeur inestimable, d’autant qu’aucun n’a été facile. Ces jeunes joueuses vont apprendre beaucoup. Bien entendu, elles vont poursuivre leur apprentissage dans leur club, mais ces compétitions internationales ont vraiment une saveur particulière. Aussi un point d’appui qui nous engage déjà à dire que rêver d’une médaille d’or en 2024 va demander un travail, un engagement et une organisation qui nous permettent de le faire chez nous, car on sera attendus.

Une victoire en finale n’aurait pas totalement masqué les difficultés en attaque placée…
Notre vrai chantier, aujourd’hui, c’est notre capacité à stabiliser un jeu offensif régulier, plus varié, et que nos jeunes joueuses prennent confiance en les qualités exceptionnelles qu’elles possèdent. Le staff et les joueuses sont très exigeants, ils procèdent à une autocritique sincère et pertinente, sans concession. Ce qui nourrit ce staff et cette équipe, que je découvre, c’est vraiment la recherche de faire mieux et toujours en projection, dans la construction. Rien n’est facile, rien n’est donné, alors oui, en effet, même une victoire ne nous aurait pas épargné les points à travailler.

Lors de cette finale, chacune des équipes a été sanctionnée en raison d’un mauvais changement. Est-ce lié à de la fébrilité ou à un autre aspect ?
Plus que de la fébrilité, c’est la complexité du jeu, cette nécessité d’être systématiquement dans l’expertise de la rotation des joueuses. Aujourd’hui, le nombre de rotations à faire entre attaquantes et défenseuses, est monstrueux. Ce sont des choses qui, il y a encore quelques années, n’auraient pas été tentées. Aujourd’hui les équipes arrivent à changer 2 ou 3 joueuses, sans que cela n’altère leur rendement, sauf ponctuellement comme c’est arrivé de part et d’autre en finale. Cela conforte la nécessité d’un staff dense sur le banc avec des rôles bien définis. On doit travailler sur ce type d’erreurs afin qu’elles ne se reproduisent pas. Le score est large donc il n’y a pas d’incidence avérée, mais si le match se joue à un ou deux buts demain, ce type d’incidents pourrait être lourd de conséquences.

Quelques cadres ont rappelé que la période de repos accordée début octobre leur avait été très bénéfique. Est-ce à dire qu’il faudra encore, à l’avenir, accorder ces moments de récupération ?
Il faut en effet continuer à travailler intelligemment avec les joueuses pour les mettre dans les meilleures conditions de pratiquer, de ne pas se blesser, et de présenter le meilleur spectacle sportif. C’est une évidence. Ce travail est à mener en interne à l’équipe de France, dans le dialogue avec les joueuses, afin de se projeter sur un programme court de trois années avec des échéances intermédiaires. Pour moi, le plus important est de nous qualifier pour les grandes compétitions afin « d’aculturer » nos joueuses, notamment les plus jeunes. Pour ce faire, il faut aussi mener un collaboratif avec les clubs et la LFH, pour bâtir un programme intelligent qui préserve à la fois le programme des équipes de France et les intérêts des clubs.

Et même avec les ligues professionnelles étrangères ?
C’est en effet plus délicat avec les championnats étrangers. Il est certain que les intérêts des clubs étrangers ne sont pas forcément ceux de l’équipe de France.

Que retires-tu de cette expérience, une première pour toi, au sein du staff de l’équipe de France féminine après plusieurs saisons au sein des staffs des équipes de France jeunes ?
Chaque groupe est différent et, évidemment, les enjeux, le contexte, l’encadrement, n’ont ni le même volume ni la même envergure que les compétitions jeunes. C’est aussi très différent du travail en club. La différence majeure, c’est le peu de temps pour travailler. Au point qu’il faut aller à l’essentiel alors qu’il faut effectuer des réglages de haute précision. Les joueuses et les membres du staff sont de très haut niveau et matchent ensemble pour porter un projet commun et partagé en peu de temps. Avec un groupe de joueuses et un encadrement extrêmement concernés, on touche à la très haute performance.

Propos recueillis par Hubert Guériau