Face aux Pays-Bas dimanche, les Bleues de Sébastien Gardillou ont offert à la France sa huitième médaille mondiale, la première en bronze. Quinze mois après sa prise de fonction, le sélectionneur loue l’implication des joueuses, et souligne le plaisir qu’il a à travailler avec l’ensemble de son staff.
Au-delà du bronze, quelles sont les autres couleurs de cette médaille ?
Ce que j’ai d’abord aimé, c’est la manière avec laquelle elles sont allées la chercher. Elles ont su mettre des choses en place, au fur et à mesure de la compétition, dans cette dernière rencontre forcément particulière. Nous avons partagé beaucoup de choses, j’ai l’habitude de leur dire qu’il n’y a pas de compromis, seulement des consensus. Et je suis d’autant plus heureux qu’on a fait ce qu’on avait dit qu’on ferait, tactiquement notamment. On a su varier les modes de jeu, que ce soit en défense ou en attaque.
Elle dit surtout une incroyable force de caractère…
Sans doute, oui. Les gens sont toujours sévères dès qu’il y a quelques soubresauts. Ce match face aux Pays-Bas était différent du précédent dans le sens où il a fallu élever le niveau de jeu et aller chercher d’autres ressources pour l’emporter.
L’attitude d’une Pauletta Foppa est à ce titre significative de l’état d’esprit de l’équipe…
La grande force de Pauletta, c’est qu’elle sait rester froide, elle se laisse traverser par les émotions dans la difficulté, et c’est un atout majeur pour nous. Mais au-delà de Pauletta, toutes les filles ont été monstrueuses. Je pense à Oriane (Ondono). A Sarah (Bouktit). A Hatadou (Sako). Je pense à toutes, sincèrement.
L’année passée, l’équipe de France avait manqué de souffle en fin d’Euro. Elle a cette fois dominé physiquement son adversaire.
On a bien travaillé dans ce domaine, oui, selon les principes que Pierre Terzi a inculqués à l’équipe de France. L’an passé, on avait enchaîné, certaines filles étaient exsangues en fin de compétition. Là, on a procédé à de nombreuses rotations, et on a fini par faire la différence face à un adversaire qui n’avait plus de pétrole.
Es-tu fier de cette première médaille dès ta deuxième compétition à la tête de l’équipe ?
Je m’en fous, sincèrement. Ce qui me plaît, c’est tout ce que l’on a bâti ensemble. J’adore travailler avec ces filles. J’adore travailler avec ce staff. Cette médaille, elle entretient une forme de tradition, et c’est bien pour tout le monde.
Même amputée de 900 sélections, cette équipe a plutôt réussi un joli parcours pendant ces quinze jours…
Même si elle n’avait aucune marge, on a pu s’en rendre compte par moments. Il a fallu faire de la marqueterie, penser certaines choses au millimètre.
Avec le recul, qu’est-ce qui vous a le plus manqué en demi-finale face à l’Allemagne ?
Le handball allemand est un handball que je n’apprécie pas forcément. Il n’y a rien en évitement, tout en percussion. Ce qui nous a manqué ? Quelques arrêts de gardienne, ceux-là même qu’Hatadou a réalisés au moment où il le fallait face aux Pays-Bas. Dans ce dernier match, les filles ont été rugueuses, comme on n’a pas su le faire vendredi et lundi, mais aussi froides, et c’est toute la différence.
Le fait d’avoir battu cette équipe à deux reprises au mois de mars a-t-il eu un impact sur l’approche de la rencontre ?
Non. Les équipes étaient différentes, le contexte différent. Nous ne nous sommes pas laissées leurrer.
Et le visage montré deux jours plus tôt face au Danemark vous a-t-il fait, peut-être, baisser la garde ?
Peut-être, oui. Tu te dis que tu l’as fait une fois, que tu vas être capable de le faire à nouveau. Mais très sincèrement, je suis satisfait de cette médaille de bronze décrochée avec du beau handball. Être en demi-finale d’un Mondial dans ces circonstances, c’est exceptionnel. Décrocher la médaille de bronze, c’est extraordinaire. J’en ai un peu marre que tout soit minimisé. Il n’y a pas de normalité dans le sport de haut niveau. Ce que les filles ont réalisé mérite les éloges.
Huit joueuses n’avaient jamais disputé de compétition internationale avant ce Mondial. Ce manque d’expérience a-t-il pesé ?
L’expérience ne s’achète pas, mais on a su distiller un temps de jeu concis, ne pas les associer plus qu’il ne fallait.
Qu’as-tu le plus aimé chez elles ?
Leur insouciance. Leur exubérance, parfois, même si je m’en défends. Elles pratiquent un handball que j’adore. Enjoué, véloce. Toujours et heureusement mâtiné d’un pragmatisme « krumbholzien ».
Les deux ailières gauches semblent s’être bien intégrées dans cette équipe…
Je veux louer le travail effectué à Metz auprès de Suzanne (Wajoka). Elle a vraiment pris une autre dimension cette saison avec la Champions League. Pour Nina (Dury), on savait que nous disposions d’une pépite. Elle a éclaboussé la compétition. Je ne suis pas pour la méritocratie, mais je pense qu’elle aurait pu être élue meilleure jeune joueuse du tournoi. Mais j’ai aussi envie d’évoquer Fatou (Karamoko). Certains ont pu être étonnés de la voir dans le groupe, mais ce qu’elle a réalisé en défense est exceptionnel.
Les Bleues ont désormais rendez-vous au mois de mars, pour la suite de la campagne de qualification à l’Euro 2026 face à la Croatie. Penses-tu pouvoir récupérer certaines des joueuses absentes aux Pays-Bas ?
Je vais d’abord savourer, et je m’appuierai sur cette ossature-là.