Le nouveau sélectionneur de l’équipe de France était un joueur résolument moderne, il est un entraîneur atypique, débordant d’enthousiasme, attachant, mais d’abord et surtout couronné de succès.
« C’est vraiment un honneur pour moi d’entraîner l’équipe de France. C’est même quelque chose que je souhaitais plus que tout parce que la France dispose d’une formidable génération de joueurs. Mon objectif, avec ces joueurs-là, est vraiment celui-ci : tout gagner, dominer à nouveau notamment l’Allemagne, le Danemark… Je suis très fier que mon profil ait retenu l’attention de la fédération française, et vraiment très, très fier d’avoir été choisi pour ce projet. »
Talant Dujshebaev est finalement un type comme les autres. Un homme simple. Resté en l’état malgré les honneurs et la notoriété. Il a été un joueur formidable. Il est un entraîneur admirable.
Talant Dujshebaev est né au cœur des monts Célestes, au Kirghizistan, quand la capitale s’appelait encore Frounzé et que les talents soviétiques s’aggloméraient dans la grande équipe d’URSS. A vingt ans à peine, il a conquis la Ligue des Champions avec le CSKA Moscou. Il est aussi devenu champion du monde junior en 1989 face à l’Espagne. Douze buts en finale. L’année d’après, il a remporté les Goodwill games à Seattle, avant de se révéler aux yeux du monde à Barcelone, sous la bannière de la CEI. Champion olympique, meilleur joueur et meilleur buteur du tournoi. À 24 ans…
Il a alors quitté Moscou pour la Cantabrie, joué pour la Russie puis pour l’Espagne. Le décret royal n°223/1995 daté du 10 février 1995 précise qu’il a fini par épouser la nationalité de son pays d’adoption. « Au départ, nous révélait-il un jour, je vivais et je jouais pour l’URSS. Je n’avais pas vraiment de nationalité. Mais cette URSS n’a plus existé et je suis devenu Russe. Mais je ne me considérais pas vraiment comme Russe. L’Espagne m’a accueilli à bras ouverts. J’ai d’abord pensé à ma famille. Chez moi, au Kirghizistan, tout était devenu trouble et ma sécurité, celle de ma famille, n’étaient plus assurées. » Il s’installe donc à Santander. Un exil pas forcément doré mais qui, inévitablement, va façonner une personnalité originale, ouvrir un esprit éclairé. De ses racines, il ne veut surtout pas oublier les principes transmis par les anciens, cette capacité à donner un sens à l’aventure humaine. Derrière le faste de conquêtes inégalées, il œuvre pour installer ses idées et sublimer les hommes, cultive son art de la diplomatie et son habileté politique. Didier Dinart, qui l’a longtemps côtoyé à Ciudad Real, a toujours évoqué un homme animé de convictions inébranlables, mais surtout capable de les imposer aux autres.
Son palmarès comme joueur décrit des habiletés originales et une approche singulière. Il est champion du monde en 1993 face aux Barjots. Lauréat de la Ligue des Champions en 1994. Il est un meneur de jeu qui transcende et enchante. Sa vivacité. Sa gamme de tir. Son désaxé surtout. Sa vitesse d’exécution. Sa détente. Il est l’un des rares joueurs à avoir été désigné meilleur joueur du monde à deux reprises (1994 et 1996). Plus tard, Ivano Balic (2), Nikola Karabatic (3), Mikkel Hansen (3) et Mathias Gidsel (3) s’inviteront à cette même table.
Il met un terme à sa carrière en 2005 et bascule dans cet autre monde, celui de l’encadrement, aux premières lueurs de l’été. Flanqué de Raúl González, il remplace Juan de Dios Roman à la tête de Ciudad Real. Quelques mois plus tard, il offre à Didier Dinart sa deuxième Ligue des Champions. Il demeure huit longues saisons dans le club de la Mancha. Remporte deux autres Ligues des Champions, participe à quatre finales. S’adjuge aussi la Coupe du monde des Clubs à trois reprises.
Talant Dujshebaev sait gagner et faire gagner. Il est exigeant. Perfectionniste. Il est dans l’engagement, la répétition, la précision. Dans l’analyse permanente de l’activité. Mais le plus important, c’est qu’il croit en les joueurs qu’il sélectionne. Certains disent qu’il est comme un père de famille et que, fatalement, chacun de ses enfants a envie d’en faire un petit peu plus pour lui.
L’homme a aussi du caractère et ses colères sont légendaires. Son altercation avec Manolo Cadenas lors du quatrième match des finales du Championnat polonais en 2014 a marqué les esprits et rappelé qu’il avait écopé d’un an de suspension en 2007 pour avoir chicoté l’Algérien Slaqh Abdel Alah lors du Super Globe au Caire.
Depuis 2014, probablement guidé par cette coutume ancestrale, ce penchant naturel pour la vie de nomade, il évolue à Kielce. Avec le club polonais, il a participé à trois nouvelles finales de Ligue des Champions et remporté celle de 2016. Il a bien sûr côtoyé là-bas quelques fleurons tricolores : Nicolas Tournat d’abord. Puis Dylan Nahi, Benoît Kounkound et Théo Monar. La saison prochaine, il accueillera Julien Bos.
La France n’a pas été la première nation à lui confier les rênes d’une sélection. En 2014, la Hongrie l’avait missionné pour décrocher le ticket pour les Jeux olympiques de 2016. Il a échoué. Mais il a rebondi à la tête de la Pologne, qui a poussé le Danemark à la prolongation en demi-finale à Rio. Sa collaboration s’achève après une élimination lors des qualifications pour l’EHF EURO 2018.
Avec les Bleus, Talant Dujshebaev rêve de décrocher ses premières médailles. Il adore la France, où il a souvent failli poser ses guêtres. Le rêve de Gérard Picard était de le voir porter le maillot de Paris-Asnières. Son deuxième fils se prénomme Daniel, « un hommage à Costantini, un grand Monsieur. »Il a souvent loué la qualité de la formation à la Française, et s’est incliné devant le règne des Experts.
Le voilà donc à la tête d’une sélection qu’il aime déjà. Passionnément. Sans doute espérait-il ce challenge depuis longtemps. Ce qui est sûr, c’est que Talant Dujshebaev, 57 ans aujourd’hui, est enfin lui-même. Il a trouvé sa voie et son équilibre. Sa vie est en harmonie avec ses envies et son tempérament. Les années ont passé vite. Intenses dans la joie et la peine. Mais elles ne sont pas teintées et voilées du moindre regret. Et il est déterminé à ce qu’il en soit encore ainsi, le maillot bleu sur ses larges épaules…
PROGRAMME DE LA SAISON 2025-26
MATCHS AMICAUX
Jeudi 19 mars à 20h00 – Le Mans – Arena Antarès : France – Espagne
Dimanche 22 mars à 13h30 – Ciudad Real : Espagne – France
MONDIAL IHF 2027 – 3E TOUR DES QUALIFICATIONS : RÉPUBLIQUE TCHÈQUE – FRANCE
Mercredi 13 mai à Brno (horaire à venir) : République tchèque – France
Dimanche 17 mai : horaire et lieu à définir en France