Alors que l’équipe de France féminine s’apprête à affronter à deux reprises, ce jeudi à Bjelovar (17h) et dimanche à Metz (16h30), la Croatie, qui de mieux pour évoquer le sujet que l’arrière tricolore Tamara Horacek ?
Tamara, plus de deux mois après l’avoir glanée, quel goût a la médaille de bronze décrochée au dernier championnat du monde ?
Le regard qu’on porte sur cette médaille n’a pas changé, je dirais même que je la savoure encore plus. En repensant à tout ce qu’on a traversé, le parcours qui a été le nôtre, comment on a commencé la préparation, rien n’a été facile. Trois mois plus tard, avec du recul, je suis super fière de ce qu’on a réalisé lors de ce Mondial.
Qu’as-tu fait de cette médaille ?
Elle est à la maison avec les autres, précieusement rangée ! Je ne la sors pas pour rien, c’est vraiment un coup à la perdre. Je ne suis pas quelqu’un qui perd trop mes affaires, mais je n’ai pas envie de prendre le risque. Donc elle est à la maison.
L’équipe de France va jouer la Croatie à deux reprises cette semaine. Que représentent ces deux oppositions pour toi ?
Ce sont toujours des matchs spéciaux pour moi, évidemment. Mais c’est vraiment juste au moment de l’hymne. Je le disais il y a quelques jours, quand il y a les hymnes, j’ai aussi envie de chanter l’hymne croate. Je connais les paroles. Mine de rien, je suis née là bas, toute ma famille est là bas mais je n’y ai finalement pas vécu tant que ça. Quand le match commence, c’est un match comme les autres, mais au moment des hymnes, il y a toujours des frissons, la larme au bord de l’oeil. Même si c’était surtout au premier match, ça.
Quelle est ta relation avec la Croatie aujourd’hui ?
J’y vais assez souvent, je vis en ce moment en Slovénie, donc je fais la route en une heure et demie. Mon père et toute ma famille vivent en Croatie, seule ma mère vit en France. J’ai une relation de proximité avec le pays, ça représente une belle partie de mon histoire et je prends toujours du plaisir à y retourner.
Tu as choisi la France très tôt d’un point de vue sportif. Ne l’as-tu jamais regretté ?
Non, jamais. Je suis arrivée en France à huit ans, j’ai tout vécu ici, des -10 ans jusqu’à la première division. J’ai été scolarisée ici, je me sens plus Française que Croate en fait. Effectivement, je sens les deux cotés dans mon caractère, j’ai un côté un peu Balkans. Je suis fière d’être Française et quand j’arrive en équipe de France, je suis toujours très fière de porter ce maillot bleu.
N’y-a-t-il jamais eu de pression de la part de tes parents pour choisir la Croatie ?
Non, vraiment pas. C’était mon choix, mes objectifs et ma maman a toujours été en accord avec moi. Ce n’était pas que par rapport à ça, d’ailleurs, ma mère m’a toujours soutenue dans mes choix, elle m’a toujours dit que j’avais le droit de me tromper et que c’était une occasion pour moi d’apprendre. Et quand on voit les résultats, compliqué de dire que je me suis trompé, je crois !
Sachant que le match retour dimanche se joue à Metz, on soupçonne que cette semaine est d’autant plus particulière pour toi…
C’est double symbolique ! Je suis très contente de revenir en équipe de France, mais cette semaine là encore plus. Je ne pouvais pas rater ça. C’est le pays où je suis né jeudi et l’endroit où j’ai grandi, où je suis devenue femme dimanche. Ca va être une belle fête jeudi, une partie de ma famille va venir, et il y aura aussi plein de gens que je connais à Metz dimanche.
Quel regard portes-tu sur tes années messines ?
Metz m’a vu grandir, tout le processus entre enfant qui arrive avec sa maman et la femme qui revient à Metz avec son expérience à l’étranger, je l’ai fait là-bas. Je pense que c’est ma maison, j’y ai mes amis d’enfance, j’y retourne souvent sans même parler du handball. Je connais les Arènes par coeur, c’est toujours un plaisir d’y retourner.
Ces matchs ont quand même une véritable importance pour la qualification au prochain EURO…
Avant d’aller voir les gens en tribunes, il faudra les gagner, et ça ne sera pas simple, car la Croatie est une bonne équipe. Ca joue bien et vu que les garçons ont des résultats, les Croates vont sûrement vouloir montrer qu’elles peuvent aussi avoir des résultats. Quand on rajoute le fait quelles n’ont pas performé au dernier Mondial, elles ont toujours les raisons d’être très motivées avant de nous jouer.
Qu’est-ce qui fait que jouer en Croatie, ce n’est jamais simple ?
Bonne question ! Ca a toujours été compliqué de jouer là-bas, des matchs en demi-teinte, avec un faux-rythme. J’ai le souvenir de matchs galères, mais je ne sais pas trop pourquoi. J’ai envie qu’on entre bien dans le match, qu’on donne le ton dès le début, même si tout ne sera pas forcément parfait. Je veux qu’on montre qu’on sera là pour performer.
Grâce Zaadi Deuna est de retour et va reprendre le brassard de capitaine. Qu’est-ce que ça fait ?
Ca ne change pas grand-chose, je vais rester moi-même, en parlant que je le sens et en ne parlant pas quand je ne le sens pas. J’étais comme ça avant, et cela fonctionnait très bien. Il était acté que le retour de Grâce signifierait qu’elle reprendrait le brassard, donc cela ne change pas grand-chose. Je suis contente que Grâce soit revenue, qu’elle soit en forme et elle mérite de porter le brassard.
Porter le brassard pendant le Mondial a-t-il pu être un poids pour toi à certains moments ?
Ca aurait pu l’être, mais en vrai, cela s’est bien passé. Quand Sébastien Gardillou me l’a proposé, j’étais prête, j’étais alignée mentalement et physiquement avec moi-même. Des retours que j’ai eu, c’était pas si mal, et j’ai beaucoup apprécié l’expérience. C’était une autre gestion, j’ai appris à penser différemment, à me dire que des fois, l’équipe avait besoin de moi et à plus mettre l’équipe en premier. A certains moments, je me suis aussi permis de me focaliser sur moi-même.
Tu as décidé de rentrer en France la saison prochaine, en signant à Brest. Peux-tu nous expliquer pourquoi ?
Il n’y a pas véritablement de raison, je n’avais pas vraiment d’objectif pour savoir où aller. Je savais juste que je voulais performer et avoir une équipe compétitive pour aller le plus loin possible dans les compétitions. Cela s’est fait naturellement, Brest est arrivé et en 48 heures, le contrat était signé. Je voulais que l’affaire soit réglée avant le Mondial, histoire de ne pas me prendre la tête avec ça pendant la compétition. On s’est mis d’accord rapidement et j’en suis très heureuse.
A quel point es-tu heureuse de rentrer en France ?
Je suis super heureuse de rentrer à la maison et d’avoir une vie privée un peu plus sympa. Il se peut que mon chéri arrive à se rapprocher de moi, évidemment que ça compte. Je ne veux pas lui mettre de pression, on en a discuté, quand Brest est venu, j’y ai pensé. On verra mais je suis en tout cas très heureuse de revenir jouer en France dans un club compétitif.