Impliquer les mamans à tous les niveaux du club, miser sur la mixité comme moteur de développement, faire du gymnase un lieu de vivre-ensemble, voilà quelques-unes des idées qui ont permis à Cergy de se réinventer.
Cergy n’a rien oublié. L’ambiance des folles soirées au complexe sportif des Maradas. Le triomphe face à Noisy-le-Grand synonyme d’accession parmi l’élite. Le premier match en D1 face à Fleury-les-Aubrais, le premier succès, un soir de novembre face à Besançon. Aurèle Itoua-Atsono. Vesna Horaček. Amra Pandžić… Non, Cergy n’a rien oublié de ses heures de gloire, mais le club est passé à autre chose. Le Cergy-Pontoise Handball 95 a déposé le bilan en 2015, et le Cergy Handball s’applique depuis à considérer les choses autrement. « Notre club est parfaitement ancré sur son territoire du Val-d’Oise, éclaire Manon Beauvillain, chargée de développement, à la tête de trois-quatre équipes au sein de l’association, avec une idée elle aussi ancrée, celle de permettre au plus grand nombre de pratiquer du sport, de faire en sorte que le gymnase soit aussi un lieu de vie. De vivre ensemble. De vivre avec. Un lieu de partage. »
Cette idée est comme entêtante et le club ne ménage aucun effort pour lui donner vie. Elle vise notamment à impliquer chaque personne, d’une manière ou d’une autre, qui pose un pied dans le gymnase. Une journée mères-filles a par exemple permis d’aborder l’activité sous un autre angle. « Nous possédons une section HandFit, indique Manon Beauvillain, et nous avons couplé les deux activités afin que les petites viennent pratiquer le HandFit avec les mamans, puis, après un repas pris en commun, que les mamans s’essaient au handball… » Le projet intitulé Mam’Hand est une totale réussite avec quelque 20 mamans et 4 papas qui pratiquent désormais le HandFit, soit 62,5% de l’effectif total. « On a fait corréler l’entraînement et la séance HandFit, sourit Manon Beauvillain, et la plupart de ces parents figurent désormais dans notre groupe de bénévoles. Deux mamans tiennent même la table de marque le week-end. Nous avons en fait créé du lien à l’intérieur du club, remis du sens à tout ce que nous faisions. »
Il y a aussi cet autre projet, Indep’Hand’Antes, pour permettre à chacune et chacun d’être au cœur du jeu. « Nous avons fait le constat que si Cergy était un club plutôt féminin, indique Manon Beauvillain, nous n’avions pas suffisamment de cadres féminins dans nos instances, parmi les dirigeants, les entraîneurs ou même les bénévoles. Alors nous avons fait le pari de partir dans cette direction-là. » Dans un paysage sportif encore marqué par des inégalités entre femmes et hommes, le Cergy Handball a donc fait de la parité l’un de ses principaux objectifs parce que, bien au-delà des chiffres, elle est également un projet éducatif. Les dirigeants estiment que la mixité permet de renforcer des valeurs telles que le respect, la solidarité, l’esprit d’équipe, et que si les filles et les garçons s’entraînent ensemble chez les plus jeunes, cela change les mentalités. Les stéréotypes disparaissent et chacun trouve sa place sur le terrain. Cette approche contribue aussi à dynamiser la vie associative : davantage de bénévoles, de parents impliqués et une ambiance familiale qui fait la réputation du club. « Notre projet s’est articulé autour de trois temps d’action, explique Manon Beauvillain. Le premier s’intitulait : Hand’mène ta copine. Le deuxième : coaching au féminin. Le troisième : soutien scolaire. »
Pour Hand’mène ta copine il s’agissait donc de venir à l’entraînement avec des copines, des sœurs ou des cousines, afin de leur permettre d’accéder au sport et de découvrir l’activité. L’équipe qui en a emmené le plus a gagné de petits cadeaux et lorsque les copines en question ont signé une licence – à prix réduit -, les « marraines » ont été elles aussi gratifiées. Résultat ? 12% de licences en plus et un bel écho de l’opération sur le territoire. Le soutien scolaire, lui, s’est adressé aux U11 et U13, le mercredi au gymnase du Moulin à vent, et le vendredi à celui du 3e millénaire. De septembre à Pâques, une quinzaine de jeunes filles ont ainsi pu faire leur devoir avec des jeunes coaches ou des jeunes en service civique, avant de participer à la séance d’entraînement. « Pour le coaching au féminin, enchaîne Manon Beauvillain, l’objectif était d’organiser des temps de formation, en lien avec le Comité. Nous avons fait appel à des ressources externes, mais nous avons aussi sollicité nos ressources internes en proposant un sondage. Il s’est avéré par exemple que deux mamans travaillaient dans des crèches et nous les avons impliquées dans le BabyHand. Au total désormais, sur nos 23 encadrants, nous comptons 13 femmes, dont 6 sont diplômées T4 ou T5, 3 sont en apprentissage, et 4 sont accompagnées lors de chaque séance ou match à manager. Nous leur confions d’abord l’échauffement puis, progressivement, elles prennent part à la séance. Nous sommes passées de 26% de femmes à 57%. »
En France, environ 38 % des licenciés de handball sont des femmes, preuve que la féminisation progresse mais que des marges d’amélioration subsistent. Ces actions s’inscrivent dans un mouvement plus large porté par la FFHandball, qui encourage les clubs à développer la pratique féminine et l’accès des femmes aux responsabilités.