À la sortie de la semaine internationale qui a vu l’équipe de France s’imposer et concéder le nul face à l’Espagne, Guillaume Joli revient sur le nouveau projet mené aux côtés de Talant Dujshebaev.
À chaud, quels sont les premiers éléments de satisfaction ?
Sur cette première semaine, c’est plutôt positif. La priorité était de poser le cadre que l’on souhaite instaurer avec les joueurs. Notre volonté est de faire prendre conscience aux joueurs la notion de collectif et de jeu en équipe. Et de ce point de vue-là, l’investissement des joueurs et leur capacité à adhérer au projet ont été très bons. Sur l’aspect sportif, avec le staff, nous avions la volonté de mettre certaines choses en place, sans chercher à tout développer d’un coup. L’idée était de travailler sur une partie du projet, de prioriser. Et sur ce plan-là, il y a pas mal de satisfactions après cette première semaine de travail.
Notamment en défense ?
Oui, la volonté n’était pas de s’installer dans une seule défense, mais d’être capables de faire appel à tout le monde. Aujourd’hui, si l’on veut gagner des compétitions, cela passera forcément par un esprit collectif et la capacité de chacun à apporter. C’était un axe important pour nous. Sur le plan comptable, encaisser 25 ou 26 buts reste intéressant. Mais comme tout staff, on n’est jamais totalement satisfaits. On a le sentiment qu’on peut encore faire mieux, gagner en automatismes. Malgré tout, sur le plan défensif, c’est plutôt encourageant.
Concernant l’attaque, avec 15 puis 14 pertes de balle par match. Est-ce que cela s’explique par une volonté des joueurs d’appliquer à la lettre les consignes, au détriment parfois de la fluidité ?
Oui, cela reste trop élevé pour performer au plus haut niveau. Le système que l’on souhaite mettre en place, notamment inspiré du jeu espagnol, demande du temps. Il y a beaucoup de détails, beaucoup d’informations à intégrer, et cela peut prendre plus ou moins de temps selon les joueurs. Ce n’est pas une surprise pour nous, on s’y attendait. C’est un axe de travail prioritaire pour la suite. Les joueurs sont très investis, avec une vraie volonté de bien faire et de respecter les consignes. Maintenant, il faudra qu’ils se sentent de plus en plus à l’aise dans ce cadre pour s’exprimer pleinement. Cela viendra avec le temps.
Un mot sur Aymeric Minne. Forfait pour les matchs, il est tout de même resté quatre jours avec le groupe. Qu’est-ce que cela dit de son implication ?
Il était forcément frustré, comme tous les joueurs qui veulent participer. Mais il avait une grande envie de découvrir le staff et de s’intégrer dans ce projet. Il a même demandé à rester un jour de plus, ce qui montre son engagement. Avec l’accord de son club, le HBC Nantes que l’on remercie, il nous a semblé important qu’il soit présent, qu’il vive ces premiers jours avec le groupe, qu’il entende les consignes. D’autant plus qu’Aymeric a été nommé troisième capitaine, avec la volonté qu’il fasse pleinement partie du projet. Ces quelques jours ont été très intéressants. On a senti son implication et son envie. Mais il fallait aussi le protéger, car il a des échéances importantes avec son club.
Son forfait a entraîné l’arrivée d’Eliott Desblancs qui a été lancé rapidement et avec des responsabilités. C’est un signal fort.
Oui, lorsque Aymeric s’est blessé, il a fallu trouver un remplaçant. Eliott faisait partie de la liste élargie, il est performant en club, et on le suit depuis un moment. L’idée était la même que pour les autres : intégrer tout le monde dans la rotation. Il y avait deux demi-centres et il devait apporter sa contribution. Comme souvent, une première sélection est compliquée, avec beaucoup d’émotions à gérer. Mais aujourd’hui, on a essayé de le libérer, de le mettre dans de bonnes conditions. Je pense que le staff a fait son travail, mais surtout que les joueurs plus expérimentés l’ont très bien accompagné. Ils l’ont pris sous leur aile, et cet esprit collectif est très intéressant pour la suite.
Les statistiques des gardiens sont plutôt équilibrées entre les trois garçons retenus pour ce stage. Est-ce aussi une source de satisfaction ?
Oui, bien sûr. Il y a un vrai travail de fond avec les gardiens. L’idée est de positionner Charles comme numéro 1, tout en conservant une logique de rotation pour que chacun puisse s’exprimer. C’est important pour nous que tous les joueurs impliqués aient du temps de jeu.
Sur le plan des performances, c’est en effet plutôt équilibré, même s’il reste des axes d’amélioration. Il y a encore du travail dans la relation avec la défense, notamment sur certains tirs où l’on peut espérer faire quelques arrêts supplémentaires. Mais on ne peut pas encaisser 25 ou 26 buts à ce niveau sans des gardiens performants. Donc globalement, c’est satisfaisant, même s’il y a encore une marge de progression.
Il y avait également un quatrième gardien présent au stage, Rubens Pierre. Il ne pourra pas jouer avec l’équipe de France – en compétition officielle – avant la fin du mois de janvier 2028. Quel bilan tirez-vous de son évaluation ?
L’idée, c’était d’abord de le rencontrer et de l’évaluer dans notre environnement, ici à la Maison du handball. On sait qu’il ne sera pas sélectionnable avant début 2028 mais on voulait lui faire passer un message clair : on compte sur lui dans le projet à moyen terme. S’il souhaite s’inscrire dans cette perspective avec l’équipe de France, on suivra son évolution avec attention. On prendra régulièrement des nouvelles, on observera ses performances en club, et on verra ce que l’avenir nous réserve. Pendant le stage, il s’est pleinement investi. Comme les autres, il a montré de belles choses, avec évidemment des points à travailler, ce qui est normal. Ce premier contact a été très positif.
Après cette première semaine de travail, il y aura forcément un débrief avec le staff…
Oui, bien sûr. On va faire un bilan global avec le staff, même à distance puisque tout le monde est réparti un peu partout. L’objectif, comme pour les joueurs, est de progresser collectivement. C’est un staff qui a déjà une histoire commune, avec des habitudes de travail, donc il faut aussi être attentif aux échanges et aux retours de chacun. L’idée, c’est de construire une vraie cohésion. Comme le dit souvent le coach, on doit être une “famille”. Le staff est une équipe dans l’équipe, et plus il fonctionne bien, plus cela se ressent sur le terrain. Cette semaine était une première prise de contact. Maintenant, il faut continuer à développer les liens, affiner le fonctionnement, pour que tout le monde soit pleinement engagé dans le projet.
Tu parlais de “chef de famille”. Le coach est parfois décrit comme quelqu’un de très passionné, voire volcanique par les suiveurs. Comment est-il au quotidien avec le groupe ?
Honnêtement, on ne l’a pas vu volcanique. Passionné, oui, clairement. Il dégage énormément d’énergie et une vraie envie de travailler avec l’équipe de France. On l’a ressenti dès ses premières prises de parole, dès les premiers entraînements, et même dès nos premiers échanges. Il est très investi, avec un objectif clair : faire gagner l’équipe de France. Il porte le projet, mais il attend aussi que chacun, dans le staff, soit au même niveau d’exigence et d’implication. Il donne de la responsabilité à chacun dans son domaine. Globalement, j’ai le sentiment que le staff a passé une très bonne semaine. Les joueurs aussi, au vu des échanges et de l’ambiance. De mon côté, j’ai le sentiment que cette collaboration démarre très bien, notamment à travers ces deux matchs contre l’Espagne.
Évidemment, comme pour tout le reste, on va faire des bilans et chercher à progresser. Mais il faut aussi laisser du temps. Rome ne s’est pas construite en un jour. L’idée, c’est de progresser étape par étape, à chaque rassemblement, pour construire quelque chose de solide sur la durée.