Après le poste de meilleure pivot de la saison annoncée mardi passé, Sarah Bouktit complète sa collection de récompenses avec cette fois la plus prestigieuse : la pivot de Metz HB et de l’équipe de France a été désignée MVP de la saison ! Elle a été adoubée sur la base des votes du groupe d’experts de l’EHF composé de joueurs figurant dans l’équipe de la saison. Médaillée de bronze du dernier Mondial et meilleure pivot, MVP de La Ligue Butagaz Énergie, cette reconnaissance au niveau continental place la Meurthe-et-Mosellane dans un club très fermé. Depuis 2023 – année de lancement de cette distinction par l’EHF – jamais un.e international.e français.e n’avait été distinguée.
Comment accueilles-tu cette récompense individuelle : MVP de la saison européenne, à seulement 23 ans. Ça claque non ?
Ça claque, franchement, c’est génial. Je suis super heureuse parce qu’il y a beaucoup de travail derrière. Forcément, tout le monde travaille et tout le monde mérite un jour d’être récompensé, mais je suis très heureuse que cela m’arrive aujourd’hui. C’est une sacrée récompense, un titre que je n’avais même pas imaginé gagner un jour. Je suis vraiment très fière de le recevoir.
T’attendais-tu à une telle distinction, même après avoir figuré mardi dans l’équipe type ?
Non, franchement, pas du tout. Le titre de meilleur pivot, un peu plus, même si c’est toujours difficile de penser à ce genre de choses. Cela tient aussi au regard du public, à la manière dont les gens nous perçoivent, nous apprécient sur le terrain et en dehors. J’étais déjà très heureuse d’obtenir le titre de meilleur pivot, mais le titre de MVP, non, je n’y avais franchement pas pensé. Je suis simplement très fière.
Outre la Ligue des Champions, penses-tu que la qualité de ton Mondial (même si ce n’est pas une compétition EHF) a également contribué à cette récompense ?
Je ne sais pas du tout si le Mondial a été pris en considération, mais c’est possible. Forcément, quand on performe en équipe nationale et en club, il est plus facile de recevoir des distinctions individuelles. Le Mondial s’est très bien passé, nous avons remporté une médaille, donc cela compte sûrement. J’avais également réalisé de bonnes performances et obtenu le titre de meilleur pivot. Je pense que cela a dû contribuer à cette récompense.
Ce prix existe seulement depuis 2023. Tu es donc la première française à le décrocher et la première qui n’est pas Norvégienne. Qu’est-ce que cela t’inspire de succéder à Katrine Lunde (2023), Stine Oftedal (2024) et Henny Reistad (2025) ?
C’est fou. Dit comme ça, c’est fou. Ce ne sont que d’immenses joueuses. Katrine Lunde et Stine Oftedal ont réalisé des carrières exceptionnelles. Henny Reistad est au-dessus du lot sur quasiment tous les matchs qu’elle dispute. Franchement, je n’ai même pas vraiment les mots pour décrire ce qui se passe, parce que cela signifie mettre son nom à côté de joueuses extraordinaires. C’est une immense fierté. Cela donne aussi envie de recommencer, de travailler encore davantage pour être meilleure. Je pense que mes parents seraient très fiers de voir leur nom associé à celui de grandes joueuses.
Tu es aussi la première pivot, un poste qui n’est pas toujours reconnu à sa juste valeur dans les distinctions : ce sont plus souvent les joueuses de la base arrière ou les gardiennes. Qu’en penses-tu ?
Je suis d’accord, et pour cela je suis très heureuse, parce que je pense que certaines personnes ne se rendent pas forcément compte de l’impact qu’un pivot peut avoir dans un match. Bien sûr, les arrières et les ailières ont également un rôle essentiel, mais je pense que le travail des pivots est moins reconnu. Pourtant, soit on se bat, soit on court. C’est un poste très exigeant physiquement et mentalement.
Certaines personnes pensent que l’on place au poste de pivot les joueuses les moins intelligentes parce qu’elles auraient moins de décisions à prendre. En réalité, il faut être intelligent, savoir se placer au bon endroit au bon moment pour ne pas gêner ses partenaires et au contraire les aider. Je suis donc très heureuse pour ce poste. J’espère qu’il y aura encore beaucoup de pivots reconnus à leur juste valeur et que ce rôle sera davantage mis en avant, parce qu’il le mérite.
Es-tu particulièrement satisfaite que cette distinction récompense aussi Metz HB que tu auras officiellement quitté le 1er juillet prochain ?
Je suis très heureuse de réussir à mettre Metz HB en lumière. D’abord parce que je pars et que je suis contente de pouvoir apporter tout cela au club, qui le mérite et qui m’a énormément apporté. Mais aussi parce que j’aime profondément ce club. J’ai décidé de partir parce que j’estimais que c’était le bon moment pour découvrir autre chose, mais mon attachement au club restera toujours le même. C’est pour cela que je suis très heureuse de pouvoir lui apporter cette reconnaissance.
Tu es aussi une redoutable tireuse de jet de 7m, c’est un atout que tu as toujours eu ou bien l’as-tu travaillé particulièrement ces dernières années ?
J’ai toujours aimé tirer les jets de sept mètres. Je le faisais déjà un peu en équipe de France jeunes et au pôle. Mais c’est surtout depuis deux ou trois ans que Manu Mayonnade m’a accordé sa confiance dans ce domaine. Je pense qu’il a vu à plusieurs reprises à l’entraînement que je ne les tirais pas pour m’amuser. Je ne plaisante jamais sur un terrain, je fais cela parce que j’aime vraiment cette responsabilité.
Aujourd’hui, je les travaille constamment. J’essaie de perfectionner mes impacts et ma technique pour être moins lisible dans les moments importants. Je pense que les sept mètres sont très importants dans un match. J’aime marquer, j’aime avoir des responsabilités. C’est quelque chose que j’apprécie énormément et j’espère continuer à le faire à l’avenir.
Dans quel secteur as-tu le plus progresser cette saison ?
J’ai encore énormément de marge de progression. D’abord sur le plan physique : j’aimerais être bien meilleure que je ne le suis aujourd’hui. Handballistiquement aussi, il y a encore beaucoup de choses que je ne maîtrise pas ou dont je ne suis pas satisfaite.
Défensivement, notamment, j’aimerais être aussi redoutable que je peux l’être offensivement. C’est donc un secteur dans lequel je dois progresser. Je suis performante dans les blocs, mais j’aimerais être meilleure dans les déplacements et les glissements défensifs. Il y a encore beaucoup de travail.
À seulement 23 ans, tu es une joueuse accomplie. Quelle est ta marge de progression ?
Quels sont tes prochains défis ?
Mes défis sont de continuer à gagner et, bien sûr, d’espérer remporter la Ligue des champions l’année prochaine avec Győr. Dans un premier temps, il faudra réussir à s’imposer là-bas, obtenir du temps de jeu, découvrir un nouvel environnement et s’y adapter. Il reste donc énormément de choses à accomplir.
En rejoignant Györ, tu vas changer d’environnement. Avant de signer ton contrat, avais-tu demander des informations sur la vie locale à Hatadou Sako, à Estelle Nze-Minko… ?
Oui, bien sûr, je suis très proche d’Hatadou. C’est une véritable amie. Elle était dans la confidence et, en plus, nous partagions la même chambre lorsque la proposition de Győr est arrivée. Je lui en ai donc parlé immédiatement.
J’ai également beaucoup échangé avec Amandine Leynaud. J’ai demandé des avis à Orlane Kanor, par exemple. Ce sont des personnes avec qui je suis proche et en qui j’ai pleinement confiance. Elles ont connu une expérience à l’étranger avant moi et pouvaient m’expliquer ce qui m’attendait là-bas.
Bien sûr, chaque histoire est différente et tout le monde ne s’adapte pas de la même manière, mais leurs conseils m’ont aidée. J’ai aussi parlé avec Estelle, Hatadou, Kristina Jorgensen aussi pour mieux connaître la vie sur place, ainsi qu’avec plusieurs personnes du club afin de comprendre son fonctionnement et savoir si je pouvais m’y projeter.
Au final, oui, je pense que je me vois là-bas. Ensuite, ce sera à moi de faire les efforts nécessaires pour m’adapter et continuer à progresser. Mais oui, elles ont clairement contribué à mon choix.