L’entraîneur de l’équipe de France de Hand Fauteuil a du mal à digérer la septième place des Tricolores au Mondial de Granollers, mais reste convaincu que son équipe est taillée pour remporter les plus belles médailles.
Avec un tout petit peu plus de recul, cette 7e place au Mondial est-elle toujours aussi difficile à digérer ?
Difficile, oui, parce que nous étions venus à Granollers décrocher un tout autre résultat. Cette septième place est assez brutale, mais nous allons essayer de nous remobiliser le plus vite possible pour analyser ce sur quoi nous avons pêché et quels sont les progrès nécessaires pour être plus fort la prochaine fois.
D’autant que l’Espagne, que vous avez dominée au tour préliminaire, a finalement été sacrée championne du monde…
C’est d’autant plus fou que l’Espagne, à l’origine, n’était pas qualifiée pour ce Mondial, et qu’elle a été repêchée au bénéfice de son statut d’organisatrice de la compétition. On a dominé cette équipe non pas aisément, mais avec de la maîtrise, dans la première manche notamment, mais aussi au long de la seconde que nous avons géré avant de l’emporter au Golden Goal. Par la suite, les Espagnols ont été confrontés à des enjeux tactiques qu’ils ont su maîtriser, bien aidés par un nouveau joueur qui a marqué les esprits. Malgré tout le respect et l’admiration que j’ai pour cette équipe, c’est évidemment un regret pour nous d’avoir battu le futur Champion du monde, et de ne pas postuler derrière à une place en demi-finale.
Qu’est-ce qui a manqué aux Bleus, justement, face au Portugal en quart de finale ?
D’abord de la justesse, de la rigueur à la finition. On est parvenu à se créer de belles occasions, des situations favorables en attaque, mais on a pêché devant la cage. On a fait trois ou quatre poteaux, le gardien a sorti quelques ballons importants. Pour autant, on a montré plus de facilité que d’ordinaire face à cet adversaire. On avait fait un énorme travail en défense, mais c’est en attaque que l’on a pêché.
Les Portugais vous avaient également dominés en finale du dernier Euro alors que vous leur aviez barré l’accès aux demi-finales lors du précédent Mondial. Qu’est-ce qui est le plus difficile à contrer dans leur jeu ?
France – Portugal, c’est toujours un moment particulier, compliqué, une sorte de Classico. Il faut qu’on arrive à être plus précis, plus juste dans nos schémas d’attaque. On arrive désormais à mieux les contenir au plan défensif avec une tactique qui fonctionne plutôt bien, mais il faut encore régler des détails, élever notre niveau d’exigence.
Un et deux points face au Portugal, un point à chaque set face à l’Egypte, la différence est minime, mais évidemment cruciale…
C’est d’autant plus cruel que l’on peut estimer que l’on a dominé une bonne partie de chacun de ces deux matches. On perd finalement l’un et l’autre sur un détail, c’est la dure loi du fauteuil à 4. Mais on a tout de même monté l’intensité, chaque équipe a évolué et nous avons évolué nous aussi, et c’est aussi ce que j’ai envie de retenir. On a surtout réussi à se remobiliser, à retrouver du courage après la déception du quart de finale, et c’est un autre point positif.
Vous vous étiez bien préparés pour cette compétition, mais l’équipe, finalement, demeure une équipe assez jeune…
On s’était bien préparé, c’est vrai, et c’est vrai aussi que l’équipe reste jeune dans le contexte international, même si notre doyen a 52 ans… On a fait rentrer du sang neuf, on tient désormais un groupe assez solide, avec lequel nous pourrons aller plus loin, surtout après cette aventure espagnole enrichissante. On va franchir les étapes une à une, le chemin peut être un petit peu long, mais on y arrivera.
La hiérarchie est bousculée avec les performances du Japon ou même la quatrième place du Chili, et évidemment la victoire de l’Espagne. Est-ce que ça signifie que la course aux médailles va être de plus en plus compliquée ?
Les Japonais jouent très justes, ils sont très adroits et ce n’est pas forcément une surprise de les retrouver en finale. Ils progressent année après année, et cette finale est une juste récompense pour eux. La course aux médailles est différente à chaque compétition. Rien n’est écrit dans le jeu à 4. Il suffit qu’on perde un ballon pour que l’issue d’une partie change et que la hiérarchie soit bousculée. La constance est indispensable, ça tient beaucoup au mental aussi. L’Espagne est arrivée au bout parce qu’elle a pu enchainer de la justesse et compter sur les erreurs des autres.
Il y avait 6 équipes en 2022, 8 en 2024, 12 cette fois, c’est un autre signe du développement de la discipline ?
Le fait de passer à douze équipes est un axe de développement indéniable. C’est chouette pour la visibilité de la discipline, mais surtout pour la perspectives de l’intégrer aux Jeux paralympiques. Plus de nations se mobiliseront, et plus nos chances augmenteront d’autant que le Hand Fauteuil est le seul à propose la mixité réglementaire hommes – femmes. On est aujourd’hui sur un développement mondial, avec par exemple la Libye qui est montée en puissance au fil du tournoi. Sincèrement, tous les voyants sont au vert, et c’est un signe très positif pour les athlètes.
Comment était l’atmosphère à Granollers ?
Nous avons été très bien reçus, l’atmosphère était bienveillante. On avait un hébergement de qualité, une proximité avec le palais des sports qui nous a permis d’être dans une forme de confort, avec des référents qui nous ont permis d’être le moins possible dans le stress.
Qu’est-ce que le changement de classification de Thomas Dauzet a changé dans la constitution de l’équipe ?
Ça nous a mis notre projet de jeu en l’air, clairement. Je me dis qu’au moins une des deux défaites est due à ça. Il nous fallait des tireurs et Sami est moins dans ce registre-là. Ça a été un coup dur pour tout le monde, surtout pour Thomas, ça remet en question beaucoup de choses vis à vis de son handicap, son autonomie, son passé. C’était dur à gérer. Il a pris ça de manière très mature et les autres l’ont bien aidé. La classification, ça reste très dur à accepter, et la manière dont ça s’est passé ne nous a pas aidé. Je trouve même que c’est très antisportif dans la mesure où il fallait qu’ils attendent les matchs de poule pour donner un avis. On a été en transit pendant un match supplémentaire après le match de poule, et le dernier match de poule, on nous a obligés à passer à trois points.
Thomas, comme Sami Mohamed Khalil disputaient leur première compétition. Es-tu satisfait de leur prestation ?
Les deux ont été en réussite. On est sur deux profils différents. Sami est plus sur un registre de bloqueur-débloqueur avec sa vitesse énorme. Et Thomas peut aussi débloquer, mais il a surtout une force de shoot et de duel vraiment intéressante pour son âge (18 ans). Sa classification ne lui a pas permis, malheureusement, de jouer autant que prévu.
Au final, malgré a déception, tu sembles relativement optimiste pour la suite…
Oui parce que l’on remarque un engouement incontestable. Je tiens d’ailleurs à remercier les clubs pour le travail qu’ils accomplissent au quotidien avec les joueurs, les entraineurs qui échangent constamment avec nous. A remercier aussi la FFHandball qui nous a offert une belle reconnaissance lors des rencontres du Hand Ensemble. Ça a donné un élan au groupe, beaucoup de motivation aux uns et aux autres.