Président de la FFHandball, premier vice-président de la Fédération Internationale (IHF), Philippe Bana a participé la semaine dernière au Caire à l’IHF Forum, un grand moment de réflexion stratégique sur l’avenir de la discipline. Il a notamment été question de la rendre plus attractive, et de la développer sur tous les continents.
« Inventer le handball de demain », c’est un peu le thème de l’IHF Forum qui s’est déroulé la semaine passée au St. Regis Capital Hotel du Caire ?
Peut-être pas l’inventer, mais le transformer, accélérer, changer la cylindrée du moteur. C’était, oui, un grand moment de réflexion stratégique sur l’avenir de notre discipline. L’idée que l’on avait exprimée dès les élections était de réunir autour de la même table des entraîneurs, joueurs, arbitres, dirigeants des Fédérations continentales, experts techniques, partenaires commerciaux et spécialistes des médias, afin de réfléchir à la façon de faire évoluer le handball d’une manière très générale, le rendre, peut-être, plus lisible, intelligible dans un monde qui change très vite, comme n’a cessé de le rappeler Robert Müller, le patron de Sportfive, qui nous accompagne dans cette stratégie d’innovation.
Cet IHF Forum s’est tenu en marge du Super Globe remporté par Veszprém HC, le club de Nedim Rémili, Yanis Lenne et Hugo Descat…
C’était un super moment de hand de haut niveau aussi. Talant Dujshebaev qui m’a accompagné au Caire, a pu faire une belle revue d’effectif à trois mois du Championnat du monde puisqu’il y avait également d’autres joueurs français, ceux de Barcelone Dika Mem, Ludovic Fabregas, Timothey N’Guessan ou Aymeric Zaepfel, compagnon de jeu de Mathias Gidsel à Berlin.
Trois thèmes ont notamment été débattus durant cet IHF Forum : la manière de rendre le handball plus attractif ; son développement hors des bastions traditionnels ; l’évolution des règles. Qu’est-il ressorti des différents échanges ?
D’abord une profonde unanimité sur l’idée de défricher ces trois domaines. L’apport des experts de Sportfive, l’agence de marketing sportif qui opère pour l’IHF et nous conseille sur la vente de partenariats, le marketing et l’activation de sponsoring, et qui gère notamment la commercialisation des droits médiatiques mondiaux et les droits marketing pour tous les Championnats du monde de l’IHF, ainsi que de la FFHandball d’ailleurs, a été vraiment précieux. On a défini une vision très précise du handball de demain, sur la manière dont il va être consommé, sur sa place dans le monde, sur le profil des futurs fans, sur la manière dont nous allons devoir communiquer au travers de nouveaux tuyaux, à destination d’autres cibles, vers des marchés émergents, le Brésil ou la Chine par exemple.
Revenons-en à ces trois thèmes. Autour de quoi les discussions ont-elles tourné ?
Pour la partie de la marque handball (chère à l’ami Bertrand Gille), elles ont porté sur l’image et la marque IHF, la couverture télévisuelle, média et digitale, les formats et structures des compétitions. On a radioscopé le handball. La complexité des règles, l’utilisation de la vidéo replay, la formation des jeunes et la détection des talents, les stratégies adaptées à chaque continent. Beaucoup de choses m’ont plu dans les groupes que j’ai animés, et Katrine Lunde (la nouvelle patronne du hand féminin IHF) ou l’ancienne joueuse angolaise Nair Almeida l’ont bien rappelé pour la Task Force féminine : il y a une forte demande d’accompagnement pendant la carrière, un lien avec nos athlètes à consolider pour, plus tard, intervenir au service du développement du handball.On doit mettre en place cet accompagnement.
Tu dis que Talant Dujshebaev était présent en Egypte. Laurent Reveret et François Raoux y étaient également. Est-ce important que la France participe à ces réflexions ?
Je tiens à cette présence française à tous les niveaux de réflexion. Le médical avec François, l’arbitrage, la formation des cadres avec Paul Landuré, la féminisation aussi avec Julie Bonaventura qui oeuvre dans une commission dans laquelle figure également Katrine Lunde. Talant est respecté dans le monde entier et a beaucoup aidé à la vision des coachs de demain pour notre handball : les règles bien sûr, l’esprit du jeu supérieur à la règle; l’importance d’un jeu spectaculaire respectant l’identité de notre sport.
D’autres « experts » comme Jordi Ribera, Markus Gaugisch, Þórir Hergeirsson ou Gonzalo Pérez de Vargas étaient également présents. As-tu senti des points de convergence entre ces différentes familles ?
On avait vraiment l’excellence mondiale autour de notre sport ! C’est surtout vrai sur l’évolution des règles, et le développement au travers des continents. J’ai senti une vraie énergie à débattre ces sujets. Tous les présidents et leaders des continents étaient là, comme Ricardo Blas, le président de l’Océanie, expliquant la logique d’un continent en développement, avec Tahiti et la Nouvelle Calédonie comme têtes de pont, avec nos projets en Australie et Nouvelle Zélande qui se construisent vers Brisbane 2032. Beaucoup de gens sentent que notre monde bouge et veulent participer à son évolution.
Les conclusions de ce Forum ont débouché sur la création de commissions, mais également sur une Task Force censée suivre les différents travaux…
Avec Robert Müller, Per Morten Sødal et Dietrich Späte, nous allons effectivement piloter une équipe de suivi de tous ces travaux. Ce n’est pas le tout que le monde entier soit d’accord. Il faut agir vite.
Le Coach’s Challenge pourrait considérablement changer la physionomie d’une rencontre, notamment dans la gestion des dernières minutes…
C’est un sujet complexe d’innovation qui existe au volley et ailleurs, et qui tend vers plus d’éthique, offre un droit supplémentaire aux entraîneurs. Tous les coaches ne sont pas unanimes. Quand tu touches aux règles il faut simplifier, penser aux spectateurs, aux fans, aux arbitres. C’est un pendule complexe car il faut simplifier et rendre lisible le moment.
Le jeu à 7 contre 6 a également été l’objet de débats enflammés…
Oui. Il y avait un consensus et le Conseil de l’IHF du mois de janvier aura à se prononcer sur l’idée de tester son abandon ou son changement lors des Mondiaux IHF junior et jeunes de 2027. Cette règle, et ses conséquences, diminue l’impact des exclusions, trouble l’esprit du jeu, sa logique, et installe une forme d’inégalité et donc un spectacle complexe avec des tirs dans un but vide. On teste et on décide ensuite.
On a le sentiment que l’IHF ne cherche pas seulement à améliorer le jeu pour les spécialistes, mais qu’elle cherche à rendre le handball plus compréhensible pour le commun des mortels…
Plus lisible, pour un handball encore simplifié. On a beaucoup bougé depuis vingt-cinq ans avec l’engagement rapide, les trois temps-morts, on est entre 60 et 70 buts par match dans un jeu que les médias apprécient, et il faut juste éviter de le dénaturer.
L’IHF semble notamment déterminée à toucher les Gen Z et Alpha au travers des réseaux sociaux, avec des vidéos courtes, des highlights, des documentaires…
Nous disposons d’un des sports les plus spectaculaires, et il faut savoir le raconter en s’adaptant à ces nouvelles générations, et aux nouveaux médias parce que la consommation a changé. Le storytelling est une technique de communication que nous souhaitons encourager, mais nous voulons aussi que la médiatisation de nos athlètes et le rapport avec eux réponde à ces nouvelles attentes.
En France, la saison a démarré depuis un gros mois maintenant. Qu’est-ce qui t’a le plus marqué ? Les 10 167 spectateurs de Lyon-Décines pour le France – Suède féminin, un simple match amical ?
Je sens comme une forme de lame de fond sur le handball féminin. Quand je vois la nouvelle LFH qui avance comme on l’avait imaginé, ces 10 000 spectateurs à la LDLC Arena, quand je vois Henny Reistad signer à Brest, le hand féminin sur Handball TV, je me dis qu’il n’y a pas de coïncidence, et qu’il se passe réellement quelque chose de fort. Mais je suis aussi très marqué par la fidélisation des joueuses et des joueurs avec nos clubs qui génèrent une appétence. Aujourd’hui les clubs inscrivent jusqu’à 3 équipes féminines en U11 ou U13, c’est vraiment dingue… Et nous allons encore devoir refuser 100 000 personnes…
Où en est-on de la campagne d’abonnements à Handball TV ? Les premières rencontres européennes ont-elles été suivies ?
Les chiffres sont très bons, oui, avec une augmentation de 20% à 30% du nombre d’abonnés payants à date via l’offre spéciale aux licenciés, et ça n’est pas fini puisqu’il reste 100 000 licenciés à accueillir. La mayonnaise prend parce que le produit intéresse nos licenciés et tous les supporters, et qu’il correspond justement à tout ce qui a été débattu au Caire. C’est d’ailleurs une des remarques des experts de l’IHF Forum : la TV de demain ne sera plus la même, les médias ne seront plus les mêmes et nous devons nous adapter, sans cesse, anticiper autant que possible.
A t-il été aussi question de Beach Handball au Caire ?
Absolument, c’est l’heure de ce sport moderne et fun pour les générations à venir, et je serai d’ailleurs présent à Dakar à la fin du mois pour les JOJ, afin de défendre le dossier Brisbane 32. Le Beach a cette universalité sur les 5 continents qui est l’une de ses forces. Il touche plus de 160 pays avec des compétitions paritaires et une véritable accessibilité puisque ses coûts sont limités et son organisation plutôt légère. A l’IHF, nous pensons que Brisbane 2032 est non seulement le bon endroit mais surtout le bon moment avec cette culture historique des sports de plage, ce littoral parmi les plus emblématiques du monde, ce cadre spectaculaire pour créer des images fortes. Nous allons nous rencontrer, souvent, avec le COJO, le CIO, l’IHF, afin d’essayer de convaincre que les multiples attraits du Beach sont parfaitement adaptés à l’idée olympique. »