À respectivement 25 et 27 ans, Yann Carmaux et Julien Mursch, sont désormais arbitres internationaux. Une réussite inédite pour de jeunes arbitres qui accèdent à un tel niveau d’excellence. Avec les sœurs Bonaventura et les frères Gasmy, la FFHandball compte désormais trois paires auréolées du grade IHF.

Julien Mursch et Yann Carmaux lors du F4 de la Coupe de la Ligue 2019,
avec le délégué Clément Bader. Crédit S. Pillaud.

Arbitres du groupe élite du championnat de France, puis EHF et désormais IHF, le duo Carmaux – Mursch connait une ascension fulgurante, une réussite à vous faire couper le sifflet tant les deux comparses ont grimpé les échelons tels des surdoués. Car il s’agit bien de cela : ce grade IHF représente le graal et seule une petite élite internationale peut se targuer d’un tel statut. Le patron de l’arbitrage à l’IHF, l’Espagnol Roman Gallego, a décidé de retenir les jeunes alsaciens sur le prochain championnat du monde U19 masculin qui se déroulera en Macédoine en août 2019. Une désignation effective depuis le grade IHF obtenu à la sortie du « Global Referee Training Programme » qui se tenait à Tbilissi (Géorgie) du 8 au 16 juin 2019. « Nous avons le grade mais nous ne sommes pas encore au niveau de l’expérience et de la notation des sœurs Bonaventura et des frères Gasmi, prévient aussitôt Yann Carmaux, l’une des deux moitiés du duo prodige. Ce grade nous confère encore plus de responsabilités et nous aurons un devoir de représentation. Mais cela ne va rien changer à notre façon d’arbitrer. » Après le grade EHF obtenu en 2018, Yann Carmaux et Julien Mursch ont enchaîné les formations et ont fait l’objet d’un suivi physique et technique précis. Chaque match compte, même les rencontres amicales de Golden League à Clermont-Ferrand (Danemark-Norvège) ou encore un match de qualifications à L’EHF EURO 2022 sifflé récemment à Malte. « Ces matches étaient retransmis et observés par les dirigeants de l’arbitrage, à l’EHF et à l’IHF », explique Yann qui, avec son compère Julien, a été convoqué en formation à Tbilissi. Un stage où les deux garçons, les plus jeunes participants du groupe, ont brillé par leur performance : 90 % de réussite aux tests écrits (30 questions en 25 minutes), 85 % aux tests vidéo et un succès aux tests physiques. « François Garcia nous a bien préparés, précise le jeune homme qui a érigé le travail en religion. Avec notre travail, nous avons pu rattraper notre déficit d’âge. Nous avons aussi beaucoup travaillé avec Alain Dessertenne. » À 17 ans (19 pour Julien), Yann arbitre son premier match de Proligue. Avec la complicité de Philippe Schlatter, les deux garçons sifflent aussi au pôle de Strasbourg, autant de matches d’entraînement où ils croisent Yanis Lenne et Julien Meyer. Avec un bac scientifique en poche, Yann se dirige vers une formation d’éducateur spécialisé. « Je voulais une porte de sortie, au-delà de l’arbitrage qui demande beaucoup d’investissement. C’était réfléchi car je voulais avoir du temps et un métier qui ne m’empêcherait de vivre ma passion. » Le poste de Conseiller Technique Fédéral Arbitrage à la Ligue Grand Est facilite la vie de ce grand voyageur. « Avec Julien, cela a toujours été très clair : nous avons la volonté d’accéder au plus niveau, jusqu’au plus haut grade. »

« Avec Julien, cela a toujours été très clair : nous avons la volonté d’accéder au plus niveau, jusqu’au plus haut grade. »

Yann CARMAUX

Julien Mursch : « aller le plus loin possible »
Agent de développement depuis quatre ans au Comité du Bas-Rhin, Julien Mursch mène lui aussi de concert vie professionnelle et arbitrage. « J’ai d’abord sifflé avec un autre collègue mais il n’avait pas la même ambition. Au début, avec Yann, on ne se connaissait pas vraiment. À force de passer beaucoup de temps ensemble, nous avons appris à nous connaître et lorsqu’il faut se dire les choses, on se les dit, raconte Julien Mursch. Car pour continuer à avancer et aller le plus loin possible, il faut se dire les choses quand il faut et toujours dans l’objectif de progresser. »
Et d’asséner que « le travail et le sérieux nous caractérisent. Nous faisons énormément de vidéo et de travail sur nous-mêmes. Je ne sais pas si les autres le font à une telle dose. » Arbitre du groupe élite dès la saison 2017-2018, avant l’ascension internationale, Julien ne néglige rien. « Avant de siffler, nous regardons par exemple le match aller et le dernier match de chacune des équipes. Nous regardons les points critiques, les possibles altercations, notamment sur les phases défensives », détaille celui qui ne se projetait pas en tant que joueur professionnel. Après une rupture des ligaments, son chirurgien lui avait assuré que son rôle d’arbitre lui permettrait de bien gérer ses déplacements, sans risques. « Ce qui me stimule aussi, c’est de rencontrer des personnages qu’une personne lambda ne croise pas. Sur le terrain, je n’aurais jamais atteint mieux que la N2. » Arbitrer les Mikkel Hensen, Michaël Guigou, Thierry Omeyer, Allison Pineau, Nikola Karabatic ou encore Vincent Gérard n’est pas de nature à déstabiliser le duo. « Personnellement, je ne me suis jamais posé la question. Que ce soit un match des moins de 11 ans ou avec des joueurs des équipes de France, on siffle pareil. » Avec toujours le souci de la justesse et de la précision. « Il y a les incontournables du règlement bien sûr et parfois l’esprit de la règle. » Au retour de Tbilissi, le jeune homme a filé montrer son badge IHF à Roland Bohn, le président du Comité du Bas-Rhin. « C’est un président conciliant et il a été l’un des tout premiers à croire en notre potentiel. Je tenais à le remercier. » Thierry Klipfel, l’un de ses premiers formateurs et aujourd’hui président de la Ligue Grand Est, regarde certainement aussi avec fierté le remarquable parcours de ce binôme made in Alsace.

HGu