Alors qu’il vient de se qualifier, avec les Bleus, pour les quarts de finale du Mondial, Luc Abalo, l’ailier des Experts et du PSG Handball, se confie sur cette escapade espagnole, lui qui a évolué quatre saisons durant à Ciudad Real. Il partage l’expérience acquise, se confie sur le développement de son nouveau club parisien et sur le début de parcours de l’équipe de France au championnat du monde.

-« Luc, vous avez évolué quatre années au sein de la Liga Asobal sous les couleurs de Ciudad Real, content de revenir en Espagne ?
C’est bien que ce mondial soit en Espagne. Mais s’il s’était tenu dans un autre pays, ça ne m’aurait pas fait de peine… C’est bien pour le handball parce que l’Espagne est une des terres de la discipline.

Pour les interviews en espagnol, la langue vous revient facilement ?
Oui. J’ai pas mal parlé en espagnol en début d’année avec mes nouveaux coéquipiers puisqu’il y a deux Espagnols à Paris. Donc je n’ai pas trop perdu depuis mon départ.

Vous aviez fortement exprimé le désir de revenir en France. Mais est-ce qu’aujourd’hui, vous avez un peu la nostalgie de l’Espagne ?
Non et je pense que je n’en n’aurai pas. J’y ai vécu pendant quatre ans, j’ai joué dans un super club. Je n’ai que des bons souvenirs mais pas de nostalgie. Quand je me remémore les bons moments ça crée un peu de joie. J’ai fait le temps que j’avais à faire là-bas. En plus Ciudad est une petite ville. Ce n’est pas Barcelone où il y a beaucoup de choses à faire. Là-bas, j’avais fait le tour.

« EN TROIS ANS, IL PEUT SE PASSER BEAUCOUP DE CHOSES »

Retenterez-vous un exil ?
La carrière d’un sportif est faite d’imprévus, donc je ne sais pas. J’ai signé quatre ans à Paris. Après cette saison, il m’en restera encore trois et en trois ans, il peut se passer beaucoup de choses dans ma vie professionnelle ou dans ma vie personnelle.

Qu’est-ce que l’Espagne vous a apporté en terme de handball ?
J’ai appris une autre façon de jouer. J’ai compris le jeu, la tactique. A Ivry, j’ai été formé pour faire des un contre un, mettre des buts un peu tout seul. Et quand je suis arrivé à Ciudad Real, j’ai appris à plus jouer avec les autres, à mieux voir le jeu. A bien me placer, à comprendre les points faibles d’une défense, comment attaquer certaines défenses et pourquoi. Des questions que je ne me posais pas forcément quand j’étais à Ivry.

Cela veut-il dire que vous êtes désormais moins instinctif ?
J’ai joué mon meilleur handball quand j’étais là-bas ! Il y a des joueurs plus doués que d’autres pour faire des gestes techniques mais tous les joueurs sont instinctifs et l’instinct, on le garde. A côté de cette part d’imagination, de création, il faut aussi être un peu structuré et savoir ce que l’on fait. C’est ça que j’ai appris en Espagne. Ce n’est pas parce qu’on me demande d’attaquer à tel endroit que je n’ai pas le droit d’improviser. Dans une situation donnée, il y a toujours plusieurs choix. Après, il s’agit de faire le bon. C’est là que l’on voit la différence entre le haut niveau et le très haut niveau.

Et avec Paris, vous retrouvez ce très haut niveau ?
Oui je le retrouve même s’il n’est pas encore tout à fait parfait. On essaie en tout cas d’atteindre le très haut niveau. La cohésion entre les joueurs a pris rapidement. Il reste à corriger de petits détails de déplacements qui nous faciliteraient encore plus les matchs.

« J’AIMERAIS DAVANTAGE QUE PARIS DEVIENNE LE BARCA FRANCAIS »

Paris est-il le Real Madrid français, une réunion de stars ?
J’aimerais que ce soit plus le Barça français. J’étais fan du Real quand Zidane y jouait mais aujourd’hui le Barça pratique un jeu qu’ils ont appris depuis tout petit. Ils appellent ça du football intelligent. C’est ce qu’on essaie de faire à Paris, du handball intelligent. Le sport ce n’est pas que les muscles. Au Barça, ils ont un système de jeu. Ca a l’air facile, mais ça l’est, parce qu’ils savent ce qu’ils vont faire. C’est pas pour autant qu’à travers cette coordination, ce types d’enclenchements prémédités, les joueurs n’ont pas de coups de génie.

A Paris, avez-vous retrouvé vos repères, vos habitudes ?
Non. J’ai signé un peu dans la précipitation. Juste avant les Jeux. J’étais en prépa. A mon retour de Londres, je ne savais toujours pas où j’allais vivre. Il a fallu que je trouve un appartement, que je fasse mon déménagement depuis l’Espagne. Ensuite, j’ai eu des pépins physiques donc je passais beaucoup de temps avec les kinés, les médecins… J’avais l’impression de ne pas avoir beaucoup de temps pour moi. Je n’avais de temps libre pour faire ce que j’aimais quand j’étais à Paris ou ce que j’ai envie de faire maintenant.

Donc votre dernier concert ?
Pas un seul depuis que je suis revenu ! Mais maintenant que je suis installé, je vais en profiter. Parce que l’année prochaine, si tout va bien, on devrait peut-être jouer la Ligue des Champions. Et on n’aura encore moins de temps pour nous.

« ON A FAIT UN FAUX-PAS, MAIS CE N’EST PAS LA FIN DU MONDE »

Pouvez-vous nous faire un petit bilan de cette première semaine ?
Au premier tour, il y a des matchs que l’on s’est rendu faciles. Même si on n’a pas l’impression mais contre la Tunisie, on a bien commencé. Ca a été un match difficile mais ils ont battu les Allemands qui nous ont battus après. On se rend compte qu’il y avait deux grosses équipes dans notre poule. L’Argentine qui était embêtante. Le Brésil qui sait aussi jouer au handball. On a réussi des choses bien, on a fait un faux-pas mais ce n’était pas la fin du monde. Aux Jeux, on avait perdu le même match. En tant que sportif on a l’habitude de perdre des matchs. L’équipe invincible n’existe pas. Il y a des équipes qui battent des records en étant invaincues toute une saison mais nous ne sommes pas l’équipe de ce genre de record. On a des moments où on se relâche. Surtout que l’on a peu de temps pour travailler à la différence d’un club.

Et vous voilà désormais qualifiés pour les quarts de finale après un huitième remporté au courage face à l’Islande !
Oui ! Dimanche, face à l’Islande, on a sorti un gros match. On savait que l’on devait être patients en attaque, se méfier de leur défense. Ils n’ont pas intercepté beaucoup de ballons, au contraire, c’est nous qui les avons pris à leur propre jeu. On a réussi à contenir leur attaque placée, à récupérer des ballons. C’est vrai qu’ils ont marqué quelques fois en fin de montée de balle, mais il y avait de la fatigue. Aujourd?hui, on les a bien joués tactiquement, on a su s?adapter. Maintenant, on va profiter de nos deux jours de repos avant d’aborder la dernière ligne droite de la compétition. »