Il y a trois semaines Michel Persiaux présentait le nouveau mode électoral de la FFHANDBALL. Nous retrouvons dans cet Entretien du Lundi le président du jury d’appel de la FFHANDBALL pour tirer le bilan des élections territoriales et évoquer le nouveau fonctionnement de l’institution.

Les élections territoriales se sont-elles déroulées dans un climat apaisé ?
Partout où il y avait une liste unique, il n’y a naturellement pas eu de problèmes au niveau de la mise en place, de l’organisation et du déroulement des Assemblées Générales électives dans les nouveaux territoires. Claude Perruchet, Alain Jourdan et moi-même étions mobilisés pour parfaire au bon déroulement de ces AG. Dans les Territoires où deux listes étaient concurrentes, il y eu forcément un peu de tension au moment de la campagne et de la préparation de ces élections, notamment pour le contenu des bulletins de votes et des convocations. Sur fond de règlements de compte et de dénonciations, des propos déplorables ont été échangés sur les réseaux sociaux, je le regrette car cela ne représente pas les valeurs du Handball. Je précise que cela ne concerne pas des membres des listes concurrentes.

Malgré ces accrocs, la démocratie a donc joué à plein…
L’exercice démocratique est visible du côté de la participation des clubs qui étaient présents à hauteur de 82 % dans les A.G. au niveau des Ligues métropolitaines (87 % des voix des listes élues). Malgré des distances importantes, les clubs ont souhaité participer à cette nouvelle gouvernance. Les représentants des deux listes ont parfois même participé à des réunions communes, avec des débats.

Les combats acharnés ne risquent-ils pas de laisser des traces indélébiles ?
L’enjeu était énorme car toute l’équipe perdante était éliminée. Forcément cela a créé de la tension. Mais j’observe que la plupart du temps, à l’issue de l’élection, le rassemblement s’est effectué. J’avais une crainte que les gens soient mis à l’écart. On pourrait ainsi retrouver les membres de la liste perdante dans les commissions.

Comment ces rassemblement se sont effectués ?
Il faut se réjouir du dynamisme de nos structures au regard du nombre important de dirigeants prêts à s’engager. Si je prends l’exemple de la Ligue Occitanie, son nouveau président Michaël Boutines propose au CA de la FFHANDBALL un binôme qui intègre une personne de la liste adverse. Bien que battu, son concurrent Paul Charlemagne a appelé à un travail en commun. La Ligue du Grand-Est a fait un choix original en proposant une présidence tournante. Jean-Marie Noël (ex-Lorraine) passera la main dans 2 ans à un représentant de l’ex-Alsace. C’est intelligent et fait pour rassembler. Dans certaines Ligues, il n’y a pas encore de volonté manifeste de se rassembler mais le temps fera sûrement son œuvre.

Deux femmes étaient têtes de liste et une seule, Sylvie Le Vigouroux, a été élue en Bretagne…
Les équipes dirigeantes comptent désormais 40 % d’élues féminines dans l’ensemble des territoires. Outre une représentation féminine accrue, les têtes de listes ont choisi de mettre en place des jeunes dirigeants dans la liste ou dans des collèges spécifiques afin de préparer l’avenir.

En quoi cette nouvelle carte institutionnelle va t’elle modifier la fonction des dirigeants ?
Pour ces nouvelles équipes, c’est en effet place au travail. J’ai autrefois connu le fonctionnement des Comités et des Ligues (Michel Persiaux était président du Comité du Pas-de-Calais et vice-président de la Ligue du Nord Pas-de-Calais de 1992 à 2000). Les Ligues des nouveaux Territoires sont aujourd’hui de véritables entreprises avec du personnel étoffé, des projets de plus en plus costauds. Cela démontre la professionnalisation du Handball. Pour l’A.G. des Hauts-de-France, j’ai eu le bonheur de retourner à Arras là où a débuté ma passion pour le Handball grâce à un professeur d’EPS qui était aussi entraîneur des Carabiniers de Billy-Montigny. Ensuite avec un copain nous avons créé un club à Bully Les Mines. J’étais forcément ému de revenir sur les pas de ma passion.

Les Ligues sont profondément modifiées mais quid des prérogatives des Comités ?
Certains dirigeants des Comités ont parfois confié leurs inquiétudes. Mais les Comités vont continuer à jouer pleinement leur rôle d’instance, au service direct de la base, c’est à dire des clubs. Certaines compétences comme la formation de l’arbitrage leur seront retirées mais parallèlement la Ligue s’appuiera sur leur missions telles que la formation des jeunes arbitres, les écoles de Hand, le développement. Le territoire va définir un projet que les comités devront mettre en œuvre.

Quelle sera l’influence de la réforme territoriale sur la gouvernance fédérale ?
La réforme territoriale va rendre la FFHANDBALL plus forte avec une meilleure organisation. Incontestablement, la fédération va devoir accompagner encore plus fortement les nouvelles équipes dans les Territoires. Il faut rappeler qu’il s’agit de dirigeants bénévoles et qu’il faut les entourer de professionnels. Même si la plupart ont déjà démontré leur compétence, on ne naît pas chef d’entreprise du jour au lendemain. C’est un secret de polichinelle d’indiquer ici que deux futurs vice-présidents de Joël Delplanque auront pour mission d’accompagner les nouvelles Ligues.

Le prochain Conseil d’Administration comptera 49 membres. Quelle est l’origine de cette réforme là aussi ?
C’est une volonté de Joël Delplanque et de son bureau directeur d’intégrer tous les acteurs du Handball : les représentants des Territoires au travers des présidents de Ligue avec un binôme Femme / Homme, les joueurs, les entraîneurs et les arbitres… C’est un choix fort de faire participer les acteurs au fonctionnement de la fédération.

Avec le Mondial 2017, le prochain Euro féminin 2018, la Maison du Handball actuellement en construction et l’achèvement de la réforme territoriale, plus qu’une moment historique, peut-on parler d’une période charnière ?
Cela fait déjà 5 à 6 ans que la FFHandball s’inscrit en effet dans une période charnière. Joël Delplanque nous a entrainés dans plusieurs événements majeurs, la réforme territoriale et la Maison du Handball. Il sait vers où il souhaite conduire la fédération. Il a toujours considéré que les résultats sportifs étaient très satisfaisants mais qu’il fallait passer à la vitesse supérieure pour faire rayonner le Handball et lui donner toutes les chances. Je suis entré au Conseil fédéral en 1997, à la fin de la mandature de Jean-Pierre Lacoux. Puis j’ai travaillé au côté d’André Amiel. Je ne renie pas l’énorme travail qui a été effectué pendant ces années mais incontestablement Joël Delplanque a cette capacité permanente a anticiper sur ce que devrait être toute fédération pour pérenniser son fonctionnement. La mise en conformité avec la réforme Territoriale conduite par l’État a été rondement menée dans cette optique. Un passage obligé aussi si l’on veut que la jeunesse reprenne une fédération dynamique.

Comment concilier son activité professionnelle avec un l’investissement de dirigeant – bénévole ?
Le travail est une exigence pour réussir, on ne peut passer outre. Tout ce temps consacré est à mettre aussi au crédit des conjoints et des conjointes. Me concernant, c’est naturel de m’impliquer pour les autres et cette vie de partage en société est réjouissante. Cela a guidé mon activité professionnelle (instituteur puis enseignant spécialisé) et associative, aujourd’hui à 65 ans, je suis retraité et j’éprouve de la fierté à poursuivre le chemin entamé il y a quelques années avec Joël Delplanque.