Claude ONESTA
En quoi Nikola KARABATIC se distingue t-il de la concurrence pour décrocher à nouveau la timbale de meilleur joueur de la planète ?
Il a de plus en plus d?influence sur le jeu : il s?est enrichi sur le plan tactique et il est devenu force de proposition dans l?organisation du jeu sur le terrain. Il est devenu le maitre à jouer et en dépit qu?il soit très surveillé, il peut faire la différence seul. Il a cette capacité que seuls les tout meilleurs ont : rendre le jeu plus simple.
Sa dimension athlétique le rend aussi unique. Il a beaucoup progressé et il joue de plus en plus juste, il est de plus en précis dans le timing. Niko est aussi un joueur d?exception sur le plan psychologique, athlétique et technico-tactique. Il porte l?équipe dans laquelle il joue et parfois il peut assumer seul les difficultés. Si on le compare à Mikkel HANSEN qui est aussi un joueur merveilleux sur le plan offensif, il ne passe qu?exceptionnellement à côté d?un match. En revanche si Mikkel n?a pas un rendement exceptionnel, alors l?équipe du Danemark devient une équipe très moyenne.
En tant qu?entraîneur, cela doit être un plaisir de disposer d?un tel joueur et d?échanger au quotidien ?
Lorsqu?on travaille avec des gens de ce niveau, on les accompagne plus qu?on ne travaille avec eux. Niko échange plus avec Didier DINART qu?avec moi sur l?enseignement du jeu. S?ils sont quelques-uns comme lui en équipe de France, nous avons la chance d?avoir un joueur exemplaire et d?une telle exigence. Il est toujours à fond et les jeunes joueurs sont admiratifs de le voir travailler avec une telle intensité et une telle rigueur : il entraîne ses coéquipiers vers le haut.
Quels sont les secteurs, les détails sur lesquels il peut encore progresser ?
On voit des joueurs performants jusqu?à 36-38 ans : Niko a 30 ans et encore du temps devant lui pour continuer à peser et à progresser. On parle beaucoup de son rendement offensif mais il est devenue une pièce maîtresse du dispositif défensif. Il est aussi exceptionnel en défense qu?en attaque : il n?est pas, comme d?autres, un demi-joueur. Il a des capacités physiques hors du commun et à mon avis, il va continuer à peser par sa puissance et sa performance athlétique pour devenir aussi l?un des tout meilleurs défenseurs. Comme maître à jouer, sa phase de progrès est significative depuis 2-3 ans : il est évident qu?il va continuer à faire bénéficier les autres de sa science du jeu. En club ou en équipe nationale, s?il est un peu moins bien, il a l?humilité de se mettre au service des autres. Niko est un joueur star au service des autres.
Zvonimir SERDARUSIC
En quoi les racines familiales (Serbie et Croatie), ses expériences en France, Allemagne et Espagne ont-elles façonné la dimension internationale de Nikola et bonifié son jeu ?
Nikola a des aptitudes physiques naturelles qui lui viennent de ses parents. Il a également beaucoup travaillé pour les développer. L?éducation que Nikola et Luka ont reçue a été évidemment capitale dans leurs performances. En France, le handball est très physique, basé sur le combat et le duel. Il a développé ses qualités dans le handball français. Quand il est arrivé à Kiel à 21 ans, il a développé sa connaissance du jeu. Il me questionnait sans arrêt sur le jeu, voulait savoir s?il faisait les bon choix tactiques pendant les matches. Il a également beaucoup appris auprès de Stefan LOVGREN qui reste un de ses modèles. Quand il est arrivé en Espagne, il était déjà un joueur très complet, très performant en défense et dans la conduite du jeu, déjà considéré comme le ou en tous cas l?un des meilleurs joueurs du monde. La culture handball espagnole est également très tactique mais il a rajouté au poste de meneur de jeu, cette dimension de puissance physique qu?il a toujours eu.
Il est étudié et analysé par les adversaires, outre ses qualités physiques et techniques, comment Nikola a t-il dû adapter son jeu pour rester performant ?
Il est passé du rôle d?arrière gauche d?impact qu?il avait quand il était plus jeune à un rôle de leader de jeu capable d?orienter le jeu, de marquer et de faire marquer, doublé d?un apport défensif de très haut niveau. Il a une palette de jeu très large qui lui permet d?être déterminant dans tous les secteurs. Il peut être dangereux sans marquer nécessairement beaucoup de buts. Il va toujours chercher à être utile à l?équipe. Il montre l?exemple à l?entrainement comme en match, c?est un vrai leader dans toutes les équipes où il joue.
Nikola peut-il encore améliorer son rendement sur le terrain ? Et décrocher d?autres titres de meilleur joueur du monde ?
Pour se bonifier, un joueur doit être en recherche perpétuelle de progression. Niko est très lucide sur ses performances, il sait quand il a été bon et quand il ne l?a pas été. Il ne se satisfait pas uniquement que des choses qu’il a bien faites. Et quand il ne sait pas, il m?appelle et je me charge de lui rappeler ce qu?il n?a pas bien réalisé ! C?est le meilleur joueur du monde, incontestablement.
Jackson RICHARDSON
Te souviens-tu de ta désignation de meilleur joueur du monde 1995 ?
Lorsque le verdict est tombé, j?étais très honoré. Très surpris aussi car je ne connaissais pas l?existence de cette distinction. Ensuite, après Stéphane STOECKLIN élu en 1997, l?évolution du handball français a mis en valeur d?autres joueurs issus des générations suivantes.
Si tu devais comparer les demi-centres Nikola KARABATIC et Jackson RICHARDSON?
Le style de jeu de Niko est différent : il est beaucoup plus complet et il marque plus de buts. Il est en capacité de jouer 60 minutes sur plusieurs matches d?affilée, ce que je ne pouvais pas forcément faire. Son jeu est plus physique et il pèse par sa puissance, en défense et en attaque. Pour ma part, j?étais plus distributeur et perforateur.
Te souviens-tu de son attitude au moment de son arrivée en équipe de France ?
Il a toujours eu envie d?être performant. Il était à l?écoute et plutôt que de vouloir gagner sa place, il avait envie d?apporter un plus au collectif. Il avait une soif d?apprendre et il n?avait pas de moments de relâchement. Je me suis souviens aussi qu?il avait déjà du charisme et toujours l?envie de partager avec ses amis.
Luka KARABATIC
Te souviens-tu de son premier titre de meilleur joueur du monde en 2007 ?
J?avais ressenti beaucoup de fierté. À l?époque je ne jouais pas au hand mais je suivais tout ce qu?il faisait. Je me souviens que Niko était heureux de cette récompense qui couronnait son début de carrière.
Aujourd?hui, cette récompense le hisse un peu plus haut encore?
Niko est le joueur le plus complet du monde, cela ne fait pas de doute et c?est amplement mérité. Il aurait pu aussi être récompensé certaines années précédentes. Si je me mets dans la peau d?un manager, c?est le 1e joueur à recruter ! Il fait tout bien : il attaque, il défend, il passe.
Il est la STAR de son sport et la cible n°1 des adversaires. Comment gère t-il le « traitement de faveur » qui lui est réservé ?
Je crois que c?est son mental qui l?aide à se surpasser. Il a toujours pris beaucoup de coups et je crois qu?au fond de lui, il aime ça. Il est ultra préparé physiquement et jusqu?à présent il n?a pas eu de graves blessures. C?est aussi un gars sur lequel tu peux compter face à une grosse adversité.
Sais-tu comment il reçoit ce type de distinction ?
Avec toujours de l?humilité même si peut-être qu?au fond de lui, il doit être très touché. Il est surtout heureux de partager cette distinction car il privilégie les aventures humaines. Niko a beaucoup de respect pour son sport, pour les anciens joueurs et même pour ceux d?aujourd?hui. Il est imprégné par le handball : il regarde les grands matches du passé.
Si tu devais le définir d?un seul trait de caractère ?
Hargneux