Dans exactement 16 semaines, s’ouvriront les Jeux de Paris 2024 et l’entrée en lice des équipes de France championnes olympiques en titre. Avec les 50 nuances de Jeux, nous désirons vous faire revivre, chaque semaine, les épopées de l’équipe de France au travers de huit olympiades, de Barcelone 92 avec la première médaille décrochée par les Bronzés de Daniel Costantini, jusqu’à Tokyo où les deux collectifs se sont parés d’or. Des histoires singulières, des anecdotes, des portraits, des coups d’arrêts aussi où pendant trois éditions (1996, 2000 et 2004), le handball français rongeait son frein pour mieux briller à Pékin et à Tokyo, en passant par Londres et Rio. 35e épisode avec « Un dimanche en campagne. »

PÉKIN 2008 – HOMMES
Un dimanche en campagne

C’est un dimanche, l’avant-dernier dimanche d’août. Peu après l’heure du déjeuner. Les abords du palais national omnisports de Pékin foisonnent de badauds, de partisans. On devine comme une frénésie, un tumulte fraternel. Les 19 000 places pour la finale se sont arrachées. Certaines se revendent encore à des prix exorbitants.

Ce soir, la cérémonie de clôture imaginée par Zhang Yimou au « Nid d’oiseau » s’annonce loufoque et amusante. Wei Wei et Sun Nan vont reprendre en coeur Beijing Beijing, le tube de l’été. On a, pour notre part, hâte d’entendre le Whole Lotta Love de Jimmy Page et Leona Lewis. Guo Jinlong, le Maire remettra ensuite le drapeau olympique à Boris Johnson et un feu d’artifice servira de rideau à cette 29e édition. L’édition d’Usain Bolt. De Michael Phelps.

Mais il y a donc cette ultime épreuve. La finale du tournoi masculin de handball. France – Islande. L’assurance d’une 43e médaille pour la délégation tricolore. Sans doute la septième couleur or. Les Français sont invaincus dans ce Tournoi. Irrésistibles. Thierry Omeyer vole. Bertrand Gille étincelle. Daniel Narcisse plane. Dès la 17e minute, le match est plié. Emballé. Les Bleus sont enfin champions olympiques.

L’exhibition ne se résume pas au 40×20. L’attraction est partout. Dans les tribunes. Dans ce coin tricolore, là-bas, à quelques mètres du banc bleu. Tous les médaillés français encore présents en Chine sont là. Alain Bernard. Alexis Vastine. Les frères Guénot. Ils sont tous comme des gosses. Turbulents. Espiègles. Heureux. Peinturlurés de bleu, de blanc, et de rouge. Serrés. Exaltés comme dans le kop d’Anfield Road. On aperçoit aussi Laurent Jalabert. Stéphane Diagana. Richard Dacoury. Virginie Dedieu. Alain Fabiani. Émilie Le Pennec. Tous séduits. Tous conquis. Blessé, Pascal Gentil n’a pu défendre ses chances. Mais il est là lui aussi. Mutin. Il se prend soudain pour Jean-Claude Van Damme et claque un grand écart entre deux strapontins. La liesse gagne toutes les tribunes. « En fait, se souvient Philippe Bana, c’était comme une messe, un moment non pas de recueillement mais de communion. Les Jeux s’achevaient, tout le monde avait envie de les prolonger… »

Le président se souvient par-dessus tout de cette harmonie, de cette idée « d’une véritable famille olympique. » « Pour la première fois, peut-être, dit-il, nous avions la sensation de figurer parmi les tauliers de cette famille. Que ce soit dans la salle ce soir-là, au club France où dans le bus sur les Champs-Elysées, le regard n’était plus tout à fait le même. »

Ce 24 août 2008, la fête s’est poursuivie dans le Novotel Xin Qiao, non loin de la place Tiananmen et de la Cité Interdite. Un dimanche pas vraiment ordinaire.