Depuis la Maison du handball lundi après-midi à Créteil, lors d’une conférence de presse solennelle et emplie d’émotion, Guillaume Gille, sélectionneur de l’équipe de France masculine depuis janvier 2020, a annoncé son retrait.
Ce lundi, tu t’es présenté face aux médias pour annoncer, c’est une démarche inédite, une décision très importante…
C’était un moment un peu particulier pour moi. Il m’a permis d’officialiser le souhait que j’ai émis : arrêter ma mission en tant que sélectionneur de l’équipe de France. Ce n’était pas un moment simple. Je mesure pleinement ce que cela signifie de tourner cette grande page de l’équipe de France. Cette décision est basée sur mon ressenti, sur un long temps de réflexion. Elle n’est pas dictée par l’échec de l’Euro 2026.
C’est donc en pleine conscience et en pleine responsabilité que je mets un terme à cette fantastique aventure avec l’équipe de France. Quand je parle d’aventure, je mesure que cela fait quasiment trente ans que l’équipe de France rythme mon quotidien. Première sélection fin 1996. Nous sommes en 2026. C’est vertigineux. J’ai vécu tant d’aventures, tant de missions différentes. Je suis un pur produit du travail fédéral, de cette filière qui m’a permis de connaître des émotions incroyables, des challenges permanents, d’immenses succès et aussi des désillusions cruelles.
Peux-tu évoquer cette réflexion ?
Je mesure la difficulté de ranger ce grand livre de l’équipe de France. En tant que responsable de ce projet je suis pleinement conscient de ne pas voir permis à cette équipe d’avoir trouvé les clefs vers le succès. Cette aventure m’a amené vers une réflexion plus profonde et pour la première fois je me suis questionné : ai-je encore l’énergie que réclame ce poste ? Est-ce que c’est la bonne place pour moi aujourd’hui ?
J’ai été surpris par ce questionnement : si tu te poses ces questions-là… Par amour pour ce que cela représente, par respect pour l’institution, on ne peut pas tricher avec ce maillot. On ne peut pas se questionner sur son engagement…
Des éléments particuliers ont-ils pesé plus que d’autres ?
Ces dernières semaines ont été particulières. Elles m’ont conduit à une introspection profonde. Je me suis volontairement tenu à distance des réflexions habituelles – analyser ce qui n’a pas fonctionné, décider, réorganiser pour la suite – pour me concentrer sur l’essentiel : ma place, mon énergie, mon élan. Il y a toujours une phase de décompression après une compétition. Elle est d’autant plus complexe quand on n’est pas au rendez-vous, quand on ne trouve pas le chemin vers l’ambition qui était la nôtre : briller dans cette compétition. Au départ, il y a eu une phase assez classique : récupération, prise de recul. Mais très vite, les questionnements que j’ai évoqués sont apparus. Au début, je n’ai pas voulu en tenir compte. Je me suis dit : on balaie ça, on se remet au travail, comme toujours. Sauf que ces questions revenaient. Encore et encore. Et à un moment donné, quand ces interrogations persistent, il faut les écouter.
Si l’Euro s’était mieux terminé, aurais- tu pris la même décision ?
Je ne sais pas. Je peux simplement vous dire que j’aurais évidemment préféré que l’Euro se termine autrement. Nous avions beaucoup investi, et le début de compétition était de grande qualité. Mais nous n’avons pas su, dans les moments clés, trouver la performance nécessaire. Bien évidemment, en tant que responsable du projet, je suis pleinement conscient de ne pas avoir permis à cette équipe de trouver les clés pour atteindre le dernier carré et le succès. J’en prends toute la responsabilité. Mais ce n’est pas cela qui a guidé ma réflexion. Je ne suis pas adepte des « et si ». Ce que je crois, c’est que ce processus était peut-être déjà en moi depuis un certain temps, sans que je le formule clairement. L’Euro a été le révélateur. Pas la cause.
Quel sentiment prédomine aujourd’hui ? Du soulagement ? De la tristesse ?
C’est très ambivalent. Il y a de la tristesse, évidemment. Dire stop à l’équipe de France, après tout ce que cela a représenté pour moi, ce n’est pas anodin. C’est une énergie extraordinaire. Un carburant unique. Mais il y a aussi une forme de légèreté. Parce que je suis allé au bout de ce que je ressentais. Je me respecte dans cette décision. Je respecte ce que mon corps et ma tête me renvoient. Il y a aussi, paradoxalement, de la sérénité. Je suis fier de ce que j’ai fait avec cette tunique. Fier du chemin parcouru. Et profondément reconnaissant du privilège d’avoir piloté ce projet.
Et la suite ?
C’est trop tôt. C’est encore très frais. Ce que je peux dire, c’est qu’il n’y a aucun procès. Je ne tire sur personne. Je n’en veux à personne. C’est une décision personnelle, qui a des conséquences importantes sur le groupe, sur son avenir, sur des compagnons de route – je pense évidemment à mon staff, à ces hommes et ces femmes de l’ombre qui ont tant donné et dont on parle trop peu -. La suite est à écrire. Je suis curieux. J’aime l’idée que le prochain défi me permettra de continuer à grandir, sur ma route d’homme avant tout.
Que laisses-tu à ton successeur ?
Je suis très fier de ce groupe. Qu’il y ait eu succès ou échec, c’est la vie d’une équipe qui évolue. Nous sommes dans une phase de mutation. Peut-être que ce n’est pas évident vu de l’extérieur, mais les joueurs aujourd’hui aux manettes ont finalement peu d’expérience commune dans ces rôles de leadership. Depuis les Jeux olympiques, ce ne sont seulement deux compétitions disputées ensemble dans cette nouvelle configuration. Le potentiel est immense. Réellement. Mais il demandera encore du travail individuel et collectif. Des ajustements, de la maturité, de la construction. L’essentiel, c’est que l’équipe de France continue d’avancer. Continue de performer. Continue de se battre pour ramener des trophées. C’est tout ce que je souhaite à ce groupe.
PALMARÈS DE GUILLAUME GILLE
Arrivé à la tête des Bleus le 28 janvier 2020, Guillaume Gille aura dirigé 110 matchs (85 victoires, 3 nuls et 22 défaites). Il a remporté deux titres majeurs : l’or olympique à Tokyo en 2021 et le sacre européen en Allemagne, en 2024. Deux médailles mondiales, l’argent en 2023 et le bronze l’an passé, complètent le palmarès de l’entraineur arrivé à l’issue d’un EHF EURO 2020 très décevant (13e place).
2026 : 7e de l’EHF EURO (Danemark, Norvège et Suède)
2025 : Médaillé de bronze Mondial (Croatie, Danemark et Norvège)
2024 : 8e des J.O. de (Paris, France)
2024 : Champion d’Europe (Allemagne)
2023 : Vice-champion du monde (Pologne et Suède)
2022 : 4e de l’EHF EURO (Hongrie et Slovaquie)
2021 : Champion olympique (Tokyo, Japon)
2021 : 4e du Mondial IHF (Égypte)