Meilleure marqueuse de Debrecen VSC Schaeffler qui a chuté à Metz samedi en Ligue des Champions (33-26), Alicia Toublanc a retrouvé ses camarades de l’équipe de France ce week-end afin de débuter la préparation au Mondial qui se déroulera du 26 novembre au 14 décembre en Allemagne et aux Pays-Bas.

Tu as retrouvé samedi ces arènes messines que tu as si souvent foulées lorsque tu défendais les couleurs de Brest. Ça a éveillé quelques souvenirs ?

Quelques bons et beaucoup de moins bons, même si les Metz – Brest ont souvent été de gros matchs. Revenir aux Arènes est toujours un moment spécial. Si je fais le bilan de ces dix années, la balance penche de leur côté, mais c’est aussi ici que j’ai vécu l’un des grands moments de ma carrière en club, ce match pour la qualification au Final Four de la Ligue des Champions que nous avions remporté en 2021 et dont je me souviendrai longtemps.

C’est différent d’affronter certaines de ses copines un maillot étranger sur les épaules ?

C’est un peu différent, parce que c’est moins habituel. En France, d’une manière ou d’une autre, on se côtoie assez souvent, là c’est plus rare, ça peut même ne pas arriver. Mais c’est toujours le même plaisir de revoir les filles.

Affronter Léna Grandveau, ta collocatrice en équipe de France, ne te pose pas de problème ?

On est plus ou moins habitués à ce genre de choses, et on arrive plutôt bien à les gérer. Je me souviens d’une action, à l’aller à Debrecen, où je vois Léna regarder Sarah (Bouktit). Le temps que j’alerte mes coéquipières de la défense, il y avait eu une passe et un but.

Après une dizaine d’années au BBH, tu as fait le choix de l’exil. Qu’est-ce qui fait que ça fonctionne bien aujourd’hui en Hongrie, alors que ça n’a pas bien marché en Roumanie, avec Societate Club Municipal Râmnicu Vâlcea ?

Je suis partie parce que j’avais cette envie de découvrir de nouvelles cultures, découvrir le fonctionnement d’un club avec des principes différents, des coaches différents. J’avais aussi l’envie de ressentir le poids d’être l’étrangère dans un collectif. En Roumanie, j’étais en concurrence avec Nathalie Hagman sur le poste, et c’est évidemment une concurrence rude. Pourquoi je me sens mieux aujourd’hui ? Déjà parce que l’expérience engrangée la saison dernière, m’aide à être plus rentable, parce que l’équipe tourne bien aussi, et parce que les équilibres sont bons.

Au-delà du club, au-delà du terrain, le déracinement n’est-il pas compliqué à vivre ?

J’ai la chance d’avoir mon copain avec moi, et ça aide à mieux appréhender ce déracinement. Je suis partie parce que j’avais besoin de comprendre ce à quoi peut ressembler la vie quotidienne à l’étranger. La découvrir, la vivre, appréhender une autre culture, apprendre aussi sur soi. 

Travailles-tu toujours avec une psychologue, pour t’aider à aborder les événements de manière plus sereine ?

Oui, et ça m’aide à être plus stable émotionnellement.

Tu es diplômée de kinésithérapie, accompagnée, beaucoup dans la prévention aussi. Les deux blessures au genou, en 2015 et 2017, ont-elles participé à ce mode de fonctionnement ?

Je pense que oui. Quand on se blesse de la sorte, on se dit que l’on a déjà utilisé quelques vies et qu’il ne faut plus perdre de temps. La prévention devient alors une évidence, et l’accompagnement m’aide au quotidien à me rendre compte de ce qui est important ou pas, ce qu’il me faut aussi pour me sentir le mieux possible dans ma peau.

Six joueuses du groupe France (Emma Jacques à Esztergom, Orlane Kanor et Laura Glauser à FTC, Hatadou Sako et Estelle Nze Minko à Györ), sept si l’on ajoute ta coéquipière Océane Sercien-Ugolin évoluent en Hongrie. Que trouve-t-on en Hongrie que l’on ne trouve pas forcément ailleurs ?

Il y a Györ, d’abord, le meilleur club d’Europe. Mais il y a aussi d’autres clubs attractifs, et une Ligue de bon niveau. Si je ne retiens que Debrecen, la structure est adaptée, la professionnalisation plutôt bonne aussi. De nombreuses joueuses françaises ont vécu de belles expériences, je pense à Béatrice Edwige et à d’autres aussi. Sans doute ont-elles donné l’élan. 

Avec 43 buts, tu es la meilleure marqueuse de Debrecen en Ligue des Champions, et tu figures dans le Top10 de la compétition. C’est le signe de ce renouveau ?

J’ai la chance de tirer les pénaltys, ça rentre dans la balance. Mais j’ai aussi du temps de jeu, c’est vrai. En fait, je me sens vraiment bien ici. A tous points de vue, et ça joue évidemment sur mes équilibres.

Les 11 buts contre Györ doivent te laisser un souvenir particulier…

Oui, ça fait toujours plaisir de réussir à performer dans ce genre de contexte.

Après ce match face à Metz, tu as retrouvé tes coéquipières de l’équipe de France à la Maison du handball. C’est facile de switcher ?

C’est devenu un switch auquel on est habitué. Nous étions encore ensemble il y a trois semaines, il y avait aussi eu ce rassemblement de la fin du mois de septembre. Le fonctionnement est différent, les objectifs sont différents, l’environnement aussi, mais on a une dizaine de jours avant le début du Mondial pour bien l’appréhender.

Tu as inscrit ton 200e but avec l’équipe de France face au Kosovo. À 29 ans et 72 sélections, tu fais déjà figure d’ancienne…

72 sélections, ça commence à représenter quelque chose, oui. Je suis là depuis plusieurs années maintenant, et c’est une fierté de se dire que dans ce laps de temps, j’ai su apporter à cette équipe. Je ne m’étais pas posé la question du 200e, mais je sens bien qu’avec cette nouvelle génération, je suis déjà un passé de l’autre côté, ce côté où l’expérience est aussi un atout. 

Tu commences à avoir tes repères avec Lucie Granier. Les nouvelles, Manon Errard, Maureen Gayet ou désormais Sabrina Zazai-Özil sont-elles demandeuses de conseils ?

L’équipe de France, c’est un système particulier, un fonctionnement particulier, des enclenchements spécifiques, et les jeunes posent beaucoup de questions parce qu’elles s’intéressent à l’histoire de ce maillot. On essaie de les accompagner au mieux, les aider à s’intégrer. L’histoire de la transmission en équipe de France est vraiment primordiale.

Le Mondial débute dans dix jours face à une équipe de Tunisie entraînée par Pablo Morel que tu as côtoyé pendant trois saisons à Brest. Que penses-tu qu’il aura apporté aux Tunisiennes ?

Je vais être très honnête, je n’ai pas encore pris le temps de regarder le jeu des Tunisiennes. Pablo est un bosseur, très tourné vers l’aspect tactique, et il aura sans doute pris la précaution de bien préparer ses joueuses. 

Avec l’équipe de France, tu as toujours disputé la finale des championnats du monde. C’est également l’ambition cette année ?

J’ai envie d’y croire, oui. Les équilibres sont bons en dépit des quelques absences, les nouvelles ont réussi à bien s’intégrer, et les matchs disputés jusqu’à aujourd’hui sont pleins de bons enseignements. Le premier tour devrait nous conduire vers un tour principal où les Pays-Bas, à domicile, seront évidemment un adversaire redoutable sur le chemin de l’accès au dernier carré. 

La dernière défaite de l’équipe de France remonte à un an, face à la… Hongrie de Mirtill Petrus, ta coéquipière à Debrecen. T’avait-elle un peu chambré ?

Non, pas vraiment, et elle n’a pas été retenue cette fois. Vivien Grosch, qui occupe le même poste que moi, et Petra Tóvizi seront là en revanche. De même que Zoltán Szilágyi, notre entraîneur. On en a un peu rigolé ces derniers temps. Cette médaille de bronze a donné beaucoup d’espoir à la Hongrie, et d’abord l’envie de viser à nouveau une médaille.