Alors que l’équipe de France féminine s’apprête à entamer le championnat du monde IHF 2025, après une préparation réussie, l’ancienne gardienne de but Amandine Leynaud, désormais partie intégrante du staff de Sébastien Gardillou, nous explique ses attributions fédérales et ses attentes pour la compétition à venir.

Amandine, ayant connu de nombreuses compétitions en tant que joueuse, l’excitation au moment d’aborder une compétition est-elle la même quand on est dans le staff ?

Honnêtement, lundi dernier, quand on a fait une journée team-building, j’avais hâte qu’on s’entraine. Presque comme quand j’étais joueuse, j’avais envie d’y aller et qu’on soit au premier match.

Quand tu partais en compétition en tant que joueuse, tes enfants te demandaient de revenir avec une médaille. Est-ce toujours le cas ?

C’est rigolo qu’on parle de ça, parce qu’ils n’étaient pas trop contents que je parte. Ils m’ont dit « ou tu perds et tu rentres de suite ou tu vas jusqu’au bout et tu reviens avec une médaille ! » En rigolant, je leur ai dit que l’option de rentrer au bout de trois matchs n’était pas trop envisageable. La séparation est toujours aussi dur, on part quand même pour un mois, mais c’est sûr qu’ils sourient un peu plus quand tu rentres avec la médaille autour du cou.

Pour revenir au terrain, quel est ton quotidien hors fenêtre internationale ?

Mon quotidien est de regarder tous les matchs où jouent des filles qui sont potentiellement sélectionnables en équipe de France. Ce qui en fait un paquet, dans beaucoup de championnats différents. Je m’occupe aussi de la filière féminine, avec Eric Baradat, sur les RIG [Regroupement Inter-Générationnel], je pars sur les compétitions avec les jeunes. Et, récemment, j’ai commencé à intervenir chez les garçons sur les stages de développement.

Ce qui fait un emploi du temps très chargé, mais aussi très varié…

Ca fait beaucoup de temps à la Maison du Handball, mais ma palette est super large. Et j’adore ça. Ca fait maintenant un petit bout de temps que j’ai arrêté de jouer. Au fur et à mesure, Sébastien m’a donné un peu plus de place, ça fait également un certain temps que j’interviens au sein de la filière féminine fédérale. Et c’est passionnant ! Quand j’ai commencé à entrainer, sollicitée par Eric Baradat, Floriane André était en équipe de France jeunes, d’autres filles comme Suzanne Wajoka aussi. Suivre ces générations est super important, ça donne un lien sur le développement des joueuses et ça leur fait aussi une tête connue quand elles arrivent chez les A.

Que ressens-tu quand tu vois ces joueuses, que tu accompagnes depuis qu’elles sont très jeunes, arriver chez les A ?

Tout dépend à quelle place je me mets. Je suis très contente pour elles, je sais quelles difficultés personnelles et professionnelles qu’elles ont pu rencontrer pour arriver au plus haut niveau. Ca me rapproche forcément d’elles, c’est peut-être pas de la complicité, mais en tout cas, je les comprends bien et leur monde. Je sais ce qu’elles vivent au quotidien, je suis passée par là, et sans doute que mon expérience est encore suffisamment fraiche pour comprendre que l’entrainement tôt le matin, ça pique un peu !

Ressens-tu une certaine fierté personnelle d’avoir apporté ta pierre à leur carrière ?

Non, pas vraiment. Je suis contente si j’arrive à faire passer un truc qu’elles s’approprient. La démarche que j’avais en tant que joueuse, c’était d’aller voir plein de trucs, de piocher à droite et à gauche pour construire ma carrière et la joueuse que j’étais. Tu te construits au travers de certains entraineurs, et si je peux leur donner un ou deux conseils qu’elles garderont, je serais déjà très contente.

Tu parlais de la place plus importante que Sébastien t’avait laissé. Quelles sont les différences entre l’Amandine Leynaud de 2023 et celle de cet hiver ?

Déjà, il y a l’officialisation de ma position. Quand Olivier Krumbholz était sélectionneur, j’avais déjà beaucoup d’échange avec lui, j’ai toujours été passionnée par la défense. En partie à cause de mon poste, évidemment. Mais désormais, c’est un peu plus officiel que je m’occupe de la défense et de la relation que la défense peut avoir avec les gardiennes de but.

Comment cela se traduit-il concrètement ?

On met en place les stratégies défensives avec le reste du staff. Elles n’ont pas changé depuis des années, la défense est une valeur cardinale. Il faut être dans la continuité du travail mis en place depuis des années, orienter aussi les jeunes sur ce travail là. Quand on arrive en équipe de France, il faut switcher avec très peu de préparation, très peu d’entrainements pour être opérationnels et entrer dans un mode différent de celui du club. Mon rôle est de les garder concentrées et de faire que tout le monde reste sur le même chemin.

On suppose que, pendant les compétitions, cela nécessite un travail vidéo important…

C’est sûr que les membres du staff ne dorment pas beaucoup pendant le mois de décembre ! Il faut étudier ce que fait l’adversaire, ce qu’il est aussi capable de proposer avec des joueuses différentes. Sur un Mondial, on joue face à des équipes qu’on connait parfois moins bien, donc on ne va pas forcément essayer de tout changer, plutôt d’être fortes sur ce qu’on sait très bien faire.

Tu parlais de switcher en mode équipe de France. Comment fait-on pour être très efficace sur des fenêtres internationales très réduites, avec parfois seulement trois ou quatre entrainements seulement ?

Si tu le sais, j’attends la recette ! On fait de notre mieux pour essayer de gérer l’état physique des filles, qui sont dans un moment où elles ont beaucoup joué. Il y a toujours des petits bobos à droite et à gauche. Avant le Mondial, il faut arriver à amener les filles à ce qu’elles soient au top au niveau physique. La première semaine est chargée, mais elles connaissent les enjeux d’une telle compétition. L’intensité qu’elles sont capables de mettre sur deux entrainements par jour, c’est impressionnant.

Et d’un point de vue tactique ?

On ne révolutionne pas tout en trois entrainements. On peut changer des combinaisons, on peut tenter des coups, mais il faut surtout qu’on soit excellentes dans ce qu’on sait bien faire. La 0-6, la 1-5, ce sont des systèmes qui marchent, que les filles connaissent bien, et il faut d’abord s’appuyer là-dessus. On n’a pas forcément le temps de tenter des choses folles avec seulement quelques jours de préparation.

Avec ton regard d’experte sur les gardiennes, que peux-tu dire sur la triplette qui devrait partir au championnat du monde ?

On a des bonnes gardiennes, on a de la chance. L’absence de Laura Glauser est un fait, ça ne sert à rien de se demander ce qui aurait pu être ou ne pas être. Je me sens en sécurité avec ces trois filles, la cage de l’équipe est bien protégée. Ce sont trois joueuses complètement différentes, un handball et une manière de faire assez complémentaires. Je suis plus intéressée de voir comment ça va fonctionner, comment elles vont gérer cette compétition. Chaque compétition est différente, avec des états de forme différents.

Après plusieurs compétitions où elles ont pu être derrière un duo fort, avec Laura Glauser, Cléopatre Darleux et Hatadou Sako, ce Mondial n’est-il pas un tournant pour Floriane André et Camille Depuiset ?

C’est sûr que la configuration est différente. C’est le moment pour les deux d’engranger de la confiance et du temps de jeu, dans des matchs à pression. Ca reste un Mondial. Ce genre de compétition est très important pour une gardienne, c’est quand même ce qui se fait de mieux au niveau international.

Qu’est-ce que ça change pour le staff d’avoir des gardiennes plus jeunes que sur les compétitions précédentes ?

Pas grand-chose. On connait bien les joueuses, elles savent aussi qu’elles peuvent compter sur le staff. On les regarde deux fois par semaine jouer, ce qui est important, c’est qu’elles prennent cette expérience. Elles font de belles choses au quotidien, elles s’entrainent tous les jours dans de grands clubs. Ce sont des bonnes gardiennes, ça va être intéressant de voir dans quelle mesure elles vont être capables de répondre présentes.