L‘équipe de France de Hand Fauteuil débutera le Mondial à Granollers (Espagne) ce jeudi à 10h00 face à la Lybie puis à 20h00, face au pays hôte. Avec ses partenaires, Jonathan Lucas ambitionne de décrocher une première médaille mondiale.

Quels sont les objectifs de l’équipe de France pour ce championnat du monde qui débutera en Espagne ?

Nous avons une revanche à prendre, dans le sens où, en 2024, quand on était en Égypte lors de notre premier championnat du monde, on découvrait un peu le hand à 4 et la manière dont jouent les équipes des autres pays, notamment en dehors de l’Europe. En Europe, on connaît principalement l’Espagne et le Portugal. Ils ont un jeu de hand à 6 qu’on connaît beaucoup mieux, avec notamment des défenses en zone. Et on a appris, en disputant le Mondial, que les autres pays avaient beaucoup plus un jeu typé basket, avec du block – deblock (contre – écran), très offensif, très haut.

Nous avions beaucoup subi et perdu contre trois équipes lors de la première phase de poules. Le seul match que nous avions gagné, c’était contre les Portugais.

Vous avez donc dû vous adapter à ce type de jeu. Lors du championnat d’Europe, en Lituanie en 2025, vous avez également joué à 4 ?

Oui, oui. On a fait l’Égypte en hand à 4, on a fait la Lituanie en hand à 4. De toute façon, l’équipe de France, c’est uniquement du hand à 4. Mais avant d’être dans cette discipline avec la Fédération et avec l’équipe de France, toutes les équipes en France jouaient beaucoup au hand à 6.

Après la quatrième place du Mondial 2024 et la médaille d’argent à l’Euro 2025, l’objectif sur ce Mondial 2026 est élevé, non ?

L’objectif est effectivement élevé : on vise, au minimum, le podium. Il y a des équipes qu’on ne connaît pas. Donc on ne peut pas non plus, face à l’inconnue, se permettre d’être 100 % optimistes. Chaque équipe, de toute façon, est redoutable et il faut se méfier de chacune d’entre elles. Après, à nous d’avoir un jeu. On a maintenant de nouveaux joueurs qui peuvent nous aider justement sur cette phase de jeu de block-déblock, d’avoir un pressing. Et oui, l’objectif, c’est de se dire que maintenant, on a les armes pour avoir une bonne place.

En raison des contraintes professionnelles, vous disposez de peu de temps en commun pour vous préparer. Comment fait-on pour optimiser les réglages ? Ce n’est pas votre plus grand défi, finalement, de trouver du temps pour vous entraîner ensemble et être plus performants ?

Oui et non. Effectivement, on demande à avoir du temps en plus pour s’entraîner. On demande à être plus souvent ensemble, surtout parce qu’il y a toujours une sélection qui se fait. Il y a donc toujours de nouveaux joueurs qui peuvent arriver. Il faut alors s’accorder, comprendre comment fonctionnent les autres joueurs, apprendre à être tous dans le timing, dans l’orientation, dans le placement et, justement, pouvoir être, en fonction de la phase et de ses équipiers, au bon endroit, là où il faut.

C’est vrai qu’on attend plus de regroupements mais nous ne sommes pas des joueurs professionnels. On a tous une vie privée et ceux qui travaillent à 100 % doivent poser des jours de congé.

En club (L’US Lédonienne pour toi), vous avez une véritable section de hand fauteuil à 6. Est-ce que parfois tu t’entraînes seul, au tir, au maniement du fauteuil ? Comment l’entraînement individuel peut-il s’effectuer ?

En fait, quand on joue avec l’équipe de France, on joue beaucoup sur du hand à 6 et du hand à 4. On fait les deux. Dans mon club, Sébastien Roulin, nous accompagner et oriente nos entraînements en fonction des matchs qui vont arriver. Là-dessus, on est super bien accompagnés. Par exemple, si les matchs qui vont arriver par la suite sont du hand à 6 pendant une bonne période, il va nous refaire des entraînements basés sur du 6. Par contre, s’il y a un regroupement, comme avant ce stage pour préparer le Mondial  en Espagne, depuis plusieurs semaines, il nous fait vraiment des entraînements sur du hand à 4.

Le préparateur physique nous donne des consignes pour nous entraîner. On a donc pas mal de consignes individuelles. Il nous accompagne, notamment avec les coachs, pour nous faire progresser sur certains axes. Moi, j’ai beaucoup de travail au niveau du cardio et de la musculature des membres supérieurs, car je n’ai pas d’abdos. Il y a pas mal d’explosivité à aller chercher, avec des départs-arrêts avec le fauteuil.

Vous n’êtes pas des joueurs professionnels, donc vous avez évidemment un métier à côté. Comment, toi, ça s’harmonise ? Est-ce que tu es obligé de prendre des congés, voire des congés sans solde ?

J’ai la chance, là où je suis, d’être salarié et de disposer de neuf semaines de vacances. Lors des vacances scolaires, j’essaie de prendre une semaine avec ma fille. Dix-huit jours de congés sont aussi pris pour l’équipe de France dans l’année. Après, pour mon entraînement, comme c’est spécifique, là, par exemple, pour le gros projet, ou l’année dernière avec l’habitude, je reviens faire des heures supplémentaires pour anticiper, pour ce regroupement, pour me dégager encore plus de temps. Je suis assistant de formation, dans un centre de formation (Greta), pour adultes, à Pontarlier.

Tu vis à près d’une heure de Lons-Le Saulnier, es-tu autonome pour tes déplacements ou as-tu besoin d’être accompagné ?

Non, là-dessus, je suis complètement autonome. J’ai le fauteuil de sport que je peux mettre moi-même dans ma voiture, dans le coffre. Ce n’est pas le plus simple, mais ça devient une habitude aussi.

Après, c’est le transfert en voiture : on prend le fauteuil de vie, on le remet à côté de nous…

Tu disais tout à l’heure ne pas bien connaître les équipes adverses. Est-ce parce qu’il y a un turnover important dans les autres nations, ou est-ce parce que vous ne disposez pas de vidéos en raison du peu de compétitions ? Comment vous arrivez à observer la concurrence et à vous préparer ?

Il y a les deux, en fait. Il y a du turnover dans les équipes. Les États-Unis ont participé au tournoi de handball qui était à Lyon cet été. Et je crois que l’équipe des États-Unis va complètement changer, d’après ce que j’ai compris. Il y a beaucoup de nouveaux joueurs, donc c’est compliqué, en fait. Le système de jeu, je pense qu’il restera similaire, mais c’est vrai que ça va être à nous de nous adapter. Les coachs vont regarder les autres matchs du Mondial pour nous orienter. Nous aussi, on va sûrement essayer de regarder aussi ces matchs-là pour déjà avoir une idée. De nouvelles équipes arrivent, c’est un sport qui est encore en plein développement.

Au niveau de la hiérarchie, l’équipe de France fait donc partie des équipes qu’on attend sur le podium. Outre l’Espagne, que vous allez rencontrer dès le début de la compétition, quelles sont les équipes qu’on pourrait retrouver dans le dernier carré, s’il y a une forme de logique qui doit être respectée ?

C’est difficile à dire, parce qu’il y a des équipes qui sont méconnues, des équipes auxquelles on ne penserait pas forcément. Et puis les États-Unis ont complètement changé, donc je ne sais pas, ça va complètement chambouler les choses. S’ils changent beaucoup, c’est peut-être pour être encore meilleurs, donc ça peut être encore plus difficile. Après, il y a l’Espagne et le Portugal, qu’on sait très bien placés. Les Japonais, en Égypte, nous avaient vraiment impressionnés. Les scores sont souvent très serrés.

La salle de Granollers a accueilli le Mondial 2021 féminin (hand à 7) et une large partie des J.O de Barcelone là où les « Bronzés » ont écrit la première page de l’histoire du handball français. C’est une salle un peu mythique.

Je n’avais pas cette référence-là. Et c’est vrai que ça met un coup de boost, en fait. C’est bien de le savoir, parce que ça peut me permettre de me dire : c’est une salle qui a vraiment une histoire et un palmarès. Cela donne encore plus envie.

Comment vous vous sentez à la Maison du handball ? Est-elle bien conçue, selon toi, pour vous accueillir ?

La Maison du handball, c’est vraiment quelque chose de super. Auparavant quand on devait effectuer un regroupement, on avait toujours cette inconnue : comment sont les toilettes ? Où est-ce qu’on doit aller ? Comment ça va se passer pour les transferts ?

Parfois, le gymnase est à une demi-heure. On prend le minibus, on fait les transferts en minibus, il faut gérer les fauteuils de ville, les fauteuils de sport… Il y a toutes ces contraintes.

Maintenant, on vient dans nos chambres, on prend l’ascenseur, on descend, on va dans le gymnase et les fauteuils de sport sont déjà dans le gymnase. C’est vraiment devenu une habitude et ça génère une grosse perte de stress, de doute. C’est super agréable.

L’accompagnement médical est-il facilité ?

Oui, clairement. En fait, deux kinés sont toujours présents pour nous, et le médecin. Après chaque entraînement, on a un questionnaire à remplir. Le matin, en fait, on nous demande comment on se sent, s’il y a des contraintes musculaires, des douleurs. Après chaque entraînement, il y a donc un bilan qui est fait. On peut aller voir les kinés pour être soulagés, pour être accompagnés.

Le coach et le staff nous connaissent bien. Ils savent qu’on a des contraintes dans notre vie privée par rapport à notre handicap. Ils savent le temps qu’on aura besoin pour se préparer et ils s’adaptent en fonction de ça.

C’est aussi une routine qui est mise en place pour avoir une cohésion, prendre en compte les singularités de chacun dans les chambres, pour qu’on puisse gagner du temps, être plus opérationnels, avec les moments de repos aussi.

Avez-vous le sentiment d’être des pionniers, d’inspirer peut-être aussi des jeunes touchés par le handicap afin de se réaliser plus encore avec l’objectif de rejoindre un jour l’équipe de France ?

Et en fait, c’est très surprenant. Il y avait justement ce week-end à la Maison du handball, l’édition 2026 des Rencontres Nationales du Handensemble (RNH). Et c’est impressionnant de voir toutes les personnes qui viennent à notre rencontre, nous demander des autographes, qui connaissent déjà nos noms. C’est là qu’on prend conscience de l’ampleur que ça commence à prendre et, effectivement, à quel point ça peut être inspirant pour des jeunes, peut-être avec un handicap de naissance ou qui viennent d’avoir un accident et deviennent handicapés.

Ça peut leur permettre de se dire : malgré le handicap, il y a des possibilités, des choses qui peuvent être faites. Et effectivement, ça peut être super inspirant. Déjà, le sport, c’est très bon pour la santé. On peut aussi vivre des émotions incroyables.

L’’équipe de France, c’est une famille. Chaque fois qu’on se regroupe, on est tous fiers, tous heureux de porter ce maillot. Et on prend de plus en plus conscience que c’est inspirant pour beaucoup de personnes et qu’on a une image forte à faire passer.