Le capitaine de l’équipe de France de BeachHandball qui va disputer à partir de mardi à Zagreb son premier Championnat du monde, évoque son parcours et ses ambitions.

Que représente pour le capitaine de l’équipe de France cette première qualification à un Championnat du monde ?

Enormément de fierté, évidemment. C’est déjà un honneur de porter ce maillot bleu, de le défendre lors des Championnats d’Europe. Mais cette première qualification à un Championnat du monde, c’est l’étape d’après, c’est un privilège après lequel nous courons depuis presque dix ans. 

Tu figures dans cette sélection depuis 2019. Les déceptions ont été plus fréquentes que les moments de joie. N’as-tu jamais perdu l’espoir de te mesurer aux meilleures nations mondiales ?

Déception, le mot est un peu fort. Il n’y a qu’une édition de l’Euro, celle de 2023, qui nous laisse un fort goût d’amertume puisque nous n’avons même pas atteint les quarts de finale. Mais il n’a jamais été question de baisser les bras, non, jamais. Même lorsque nous affrontions des nations qui pratiquaient depuis plus de vingt ans alors que nous découvrions la discipline. Le handball indoor a lui aussi mis du temps à rivaliser avec les meilleurs. Tout est question de patience. De travail.

L’an passé, vous n’étiez vraiment pas loin face à la Croatie…

Ça s’est joué au huitième ou neuvième shootout je crois. Mais nous avons su relever la tête contre l’Italie puis le Portugal pour rentrer dans Top 5 et décrocher cette qualification pour le Mondial.

Qu’est-ce qui a vraiment changé ces dernières années dans le Beach tricolore ?

D’une façon très générale, la structuration. Les compétitions mises en place par la FFHandball permettent l’émergence de jeunes joueurs qui facilitent une concurrence dont bénéficient forcément les équipes de France. L’état d’esprit aussi. Nous sommes tous de véritables compétiteurs, et nous sommes tous là pour performer quand la discipline a longtemps eu une image plus « détente, festive ». Nous ne sommes plus que trois issus de cette époque-là, et nous mesurons toute la différence.

Tu étais blessé au genou l’an passé à Alanya, mais tu avais tenu à disputer l’Euro avant de te faire opérer. Comment te sens-tu aujourd’hui ?

Cette opération est un lointain et mauvais souvenir. J’ai la chance d’avoir été très bien accompagné pendant tout le processus, et je suis parfaitement rétabli aujourd’hui. Je me suis blessé au mois de mars, quatre mois avant l’Euro. Le bon côté des choses, c’est que la rupture était nette. Je suis un grand compétiteur, et je suis très sensible aux valeurs du collectif. Je ne vis pas du handball, et je n’avais pas les contraintes qu’aurait pu opposer un club dans une autre circonstance. Alors j’ai pris le temps de m’entrainer, me réathlétiser. J’ai pu disputer l’Euro, mais mon genou s’est déboité dès le premier match. J’ai eu une belle frayeur, mais ça a finalement tenu. Ça aurait été cruel de devoir lâcher l’équipe.

Au terme de la préparation et notamment de la semaine à Lacanau, comment évalues-tu le potentiel de cette équipe de France ?

On est là où on voulait être. On n’a pas perdu un seul match, on n’a disputé qu’un seul shootout, et les équilibres se sont dessinés au fur et à mesure malgré l’absence de Jordan (Yamdjeu) et Robin (Kerdudo), deux joueurs importants. C’est sans doute un peu banal, mais on a un groupe qui vit bien, qui se connaît depuis quelques années, qui travaille beaucoup. 

Qu’est-ce qui t’attire dans le Beach ?

Vaste question. Un peu tout en vérité. Dès que le soleil du printemps réapparaît, je n’ai qu’une hâte : remettre les pieds dans le sable. D’abord, il y a ce côté ultra-spectaculaire, ultra-intensif, ultra-tactique. Et puis il y a l’état d’esprit. J’ai connu dix années de formation dans la filière, dix années dans l’ombre d’un gymnase. Au Beach, il y a le soleil, un cadre fantastique, les familles ou les proches des joueurs qui nous accompagnent souvent. Ce qui m’attire, c’est ce mélange d’intensité et de plaisir. 

Certains clubs, certains entraîneurs ou dirigeants, sont encore réticents à l’idée de laisser leurs joueurs pratiquer le Beach. Quel est ton point de vue à ce sujet ?

Sincèrement, je ne comprends absolument pas ces réticences. Je pratique depuis 2018, et je n’ai jamais été confronté à une seule blessure liée à la pratique du Beach. Au contraire. Le Beach est bien moins traumatisant, tout est amorti, les appuis, les chutes. Robin Kerdudo vient au Beach et il signe derrière un contrat professionnel. Amel Dury, Dorothée Blaise viennent du Beach et elles remportent la Coupe d’Europe avec Dijon. Tous ceux qui pratiquent le Beach l’été démarrent la saison indoor bien plus en forme que les autres. Nous sommes vraiment bien suivis en équipe de France avec un staff technique, médical, une préparation physique qui ne laisse d’ailleurs aucun doute à ce sujet.

Tu es passé par le Pôle de Dunkerque, puis par le centre de formation de l’USDK. Pourquoi n’as-tu pas suivi une carrière indoor ?

J’ai joué un an en Nationale 1 Lille Métropole Handball Club Villeneuve-d’Ascq, et je me suis rompu un premier ligament croisé. Ensuite, il y a eu le Covid, et donc l’arrêt du Championnat. J’ai pris la décision de changer d’air. Je savais, de toutes façons, je l’ai compris assez tôt en fait, que je ne pourrais pas vivre du handball. Alors j’ai donné la priorité aux études. Je suis parti en Espagne pour valider une licence STAPS à Grenade. J’ai joué au Balonmano Marecena, mais j’étais surtout là pour découvrir un autre rythme de vie.  J’étais entré au Pôle puis au Centre de formation un peu par hasard. Ça n’a jamais été un objectif dans ma tête. Au tout début, je ne savais même pas ce qu’était un Pôle. Puis j’ai très vite été lucide sur le fait qu’au Centre de formation, je ne figurais pas parmi les meilleurs potentiels. J’étais entraîné par Yohann Delattre et Richard Demaret qui m’ont toujours dit que j’étais une sorte de couteau suisse, un joueur utile dans le groupe, mais jamais indispensable. Je savais que je ne jouerai pas en D1. J’avais aussi des ambitions financières. Certains joueurs de ma génération, la génération 2000, se sont exclusivement investis dans le handball et se sont retrouvés sur le carreau. Ça n’était pas une option pour moi.

Tu as aujourd’hui un poste à responsabilités chez Décathlon. Comment parviens-tu à concilier tes vies professionnelle et sportive ?

C’est parfois un peu compliqué à gérer, malgré une convention de mécénat que nous sommes parvenus à signer dans un esprit de grande responsabilité. En fait, je suis très ambitieux professionnellement, et je veux mettre toute mon énergie à gravir les échelons. Et je veux bien évidemment performer avec l’équipe de France de Beach.

La marque te laisse participer aux stages, aux compétitions ?

C’est justement l’esprit de la convention. Elle a été initiée par Yohann Diniz en amont des Jeux olympiques de Paris 2024. Elle permet à quatorze ou quinze athlètes embauchés par la marque de disposer d’un aménagement du temps de travail sans avoir à poser des jours de congés. Avant, j’étais manager d’une équipe, aujourd’hui, je suis responsable d’exploitation d’un Décathlon City dans le 17e arrondissement de Paris, et ça me permet donc de m’investir à fond dans les deux activités.

Tu es licencié à Courbevoie, en pré-nationale, comment trouves-tu le temps de t’entraîner ?

Je n’ai plus le temps de m’entraîner, et la deuxième rupture du ligament m’a vraiment refroidi. Je me consacre exclusivement au Beach aujourd’hui.

Cette carrière au Beach n’est-elle pas, peut-être, le moyen d’oublier la frustration de ne pas avoir réussi en indoor ?

Je ne me suis jamais posé la question comme ça. Je suis un grand compétiteur, et comme je l’ai dit, j’ai très vite eu la lucidité de savoir que je ne serai pas le futur Karabatic. D’ailleurs, je n’ai jamais rêvé d’être handballeur professionnel. Je me souviens de ma dernière discussion avec Richard lorsque j’ai abandonné ce monde-là. J’avais déjà raté une année de licence, et je ne voulais pas m’engluer. Richard m’a dit qu’il était triste parce qu’il aimait la relation que nous avions construite, mais que c’était évidemment la meilleure décision étant donné mon profil. 

Le Championnat du monde débute demain à Zagreb. C’est un peu ta Coupe du monde de football à toi ?

Je suis très excité, et en même temps très fier. Depuis 2019, je rêve de participer à un Mondial, de me mesurer aux meilleurs. J’ai eu la chance de participer au Showcase que la FFHandbal a organisé en marge des derniers Jeux olympiques, et c’était déjà un véritable honneur de travailler, collaborer, jouer avec les meilleurs joueurs du monde, les Brésiliens, les Croates… Mais aujourd’hui, je ne veux pas simplement aller au Mondial. Je veux participer avec l’équipe de France aux plus grandes compétitions, je veux gagner des médailles. J’ai déjà disputé quatre Euro et un cinquième avec les jeunes, et j’ai hâte de découvrir l’étage d’après. Ça va être un moment hors normes et nous allons tout faire pour être à la hauteur.