Conseiller Technique National, responsable de la cellule Relations Internationales, Gilles Malfondet oeuvre sans relâche pour le développement du handball dans certains pays d’Afrique. A l’occasion du Championnat d’Afrique des Nations masculin qui démarrera mercredi au Rwanda, il évoque le rayonnement de la FFHandball à l’international.
Tu t’envoles cette semaine pour Kigali où se tiendra la 27e édition du Championnat d’Afrique des Nations masculin. Quel sera ton rôle au Rwanda ?
Au-delà de la CAN elle-même, nous avons mené, avec les membres de la cellule Relations Internationales, différentes missions avec le Rwanda, que nous allons d’ailleurs poursuivre au terme de la compétition. En fait, la FFHandball a été sollicitée par l’ambassade du Rwanda en France ainsi que par la Fédération rwandaise, afin de travailler sur un certain nombre de dossiers, mener des missions d’évaluation, aider à construire un programme pluriannuel. Cette CAN va nous permettre de voir comment les Rwandais se sont appropriés l’événement, mais également de rencontrer les acteurs, les instances qui doivent être motrices de l’évolution du programme.
En quoi consiste, justement, ce programme ?
C’est un peu le même schéma directeur que celui que nous avons mené au Bénin ou en Côte d’Ivoire, mais nous avons surtout diligenté un audit afin d’analyser le fonctionnement de la Fédération. Nous allons ainsi proposer un plan d’action, des préconisations. Sur la formation des entraîneurs par exemple, avec des questions récurrentes : quel programme ? Quel public ? Quelle distinction entre les jeunes et les adultes ? Même chose avec les arbitres, les dirigeants. Nous avons aussi partagé nos savoir-faire en termes de détection, de développement de la structure…
Tu évoquais plus haut la cellule Relations Internationales que tu diriges depuis un petit peu plus d’un an maintenant. En quoi consiste-t-elle, et quelles ont été tes premières mesures ?
Elle a effectivement démarré en novembre 2024, l’entité n’existait pas en tant que telle auparavant. Nous travaillons avec un chargé de mission que nous venons de recruter, Titouan Martin Barre, qui m’accompagnera d’ailleurs au Rwanda. Sylvie Pascal-Lagarrigue, Pascal Bourgeais et bien sûr Philippe Bana, qui avait martelé sa volonté de faire rayonner la FFHandball à l’international dans son programme, sont à nos côtés. Nous disposons également d’une alternante recrutée par la FSF, Ines Amuzou, exclusivement chargée du volet HAVOBA. La première mesure, après avoir structuré les RH, a été d’organiser fonctionnellement la structure. Nous avons procédé à un état des lieux, une sorte d’inventaire. Le constat était qu’il existait déjà beaucoup de choses, mais qu’elles étaient éparpillées. Nous avons donc cherché à donner du sens, mettre en cohérence, mutualiser les moyens. Et puis, bien sûr, s’est greffé le programme HAVOBA, un des gros projets de la structure que nous avons repris.
Peux-tu nous rappeler en quoi il consiste ?
HAVOBA, c’est six pays d’Afrique, le Bénin, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Maroc, le Sénégal et la Tunisie, ainsi que trois Fédérations, celles du basket, du volley et donc du handball. Sous l’impulsion de l’Agence Française de Développement (AFD), avec le soutien de la Fondation du Sport Français qui héberge HAVOBA, elles ont pour objectif de contribuer au développement de l’impact social de ces trois disciplines sur le continent africain. Pour la partie handball, Siraba Dembele et Karl Konan sont des parrains très engagés dans ces missions. Des missions aussi variées que renforcer la structuration des Fédérations, les accompagner dans une démarche inclusive de développement, capitaliser sur les formations à travers la création d’une plateforme numérique permettant de mutualiser et de pérenniser le programme pour le futur. La philosophie générale est de définir une vision commune, d’avoir un impact durable, et de faciliter l’accessibilité pour tous.
Est-ce une grosse tâche pour la cellule ?
HAVOBA, c’est un COPIL à co-animer, 30 stages à organiser sur 18 mois. Des terrains, comme celui que nous avons installé l’été dernier en Côte d’Ivoire, destinés cette fois à la Tunisie et au Bénin sont prêts à partir du Havre. Nous avons également un programme de distribution de ballons qui réclame de gros efforts en termes de fabrication, logistique, envoi. Et puis il y a aussi ce programme de digitalisation, absolument nécessaire, mais très compliqué à mettre en place.
La FFHandball est-elle l’une des Fédérations qui s’investit le plus à l’international ?
En dehors de mes missions IHF, je ne croise pas beaucoup de collègues étrangers sur les différents sites. Historiquement, la présence de la FFHandball sur le continent africain est très forte. La langue facilite sans doute les échanges, mais il y a aussi eu de nombreuses passerelles entre les deux continents. Des hommes comme Michel Baldino, Claude Bayer, et d’autres aussi ont œuvré pour faire rayonner la FFHandball à l’international.
L’Afrique est un de tes terrains de jeu privilégiés. Tu avais d’ailleurs coaché l’équipe nationale féminine de Côte d’Ivoire lors de la CAN 2016 en Angola au côté de Philippe Koné, puis celle de 2018 au Congo Brazzaville avec Alimata Dosso…
Et aussi l’équipe masculine en 2020 en Tunisie en qualité d’accompagnant IHF.
Qu’est-ce qui t’attire le plus en Afrique au-delà de la chaleur humaine à laquelle tu es très attaché ?
Deux choses : D’abord, les entraîneurs, les techniciens, ont une soif d’apprendre inimaginable. Ils sont des éponges pédagogiques. Quand du mènes une formation, tu es assuré d’avoir des gens avides d’apprendre, ponctuels, assidus. Le taux d’assiduité et de sollicitations dans les séquences est incroyable. Travailler avec des gens qui ont envie d’apprendre, qui sont curieux de tout, ça créé un climat pédagogique hyper favorable. Ensuite les joueurs. Ils ont un bagage et des capacités athlétiques et physiques en moyenne supérieur aux nôtres. Malheureusement, ils travaillent peu ou pas dans les très jeunes catégories, jusqu’aux U15. Ils prennent ainsi du retard sur la perception, la prise de décision, les savoir-faire, la dimension tactique, mais également la prévention des blessures.
Pourquoi sollicitent-ils d’abord la FFHandball plutôt que d’autres Fédérations ?
Question d’histoire et de culture sans doute, mais notre manière atypique d’enseigner convient bien, je crois, aux joueurs africains. Certains ont longtemps travaillé avec les écoles de l’Allemagne de l’Est, les Algériens avec le bloc soviétique, mais la FFHandball, parce que ses résultats et la manière dont elle n’a cessé de se structurer parlent pour elle, est aujourd’hui l’exemple à suivre.
Après avoir dirigé le Pôle Espoir de Lyon pendant vingt ans, tu as intégré la DTN de la FFHandball avec, très vite, des missions de relations internationales. Est-ce une vocation ?
Avant ça, les seules et rares relations que j’avais eues avec l’international dataient de mes années de Pôle, ou lorsque je figurais dans le staff de la génération 84/85 avec Pierre Alba et Philippe Schlatter, ou plus tard avec Guy Petitgirard et celle des Di Panda, Accambray, Barachet… Quand, en 2015, j’ai été coopté comme lecteur IHF au Mondial au Qatar, j’ai intégré le groupe des techniciens en tant que contributeur. Paul Landuré m’a alors confié une mission sur la Côte d’Ivoire pour la CAN 2016. Cette même année, j’ai fait un premier module sur un IHF Trophy à Conakry pour une formation d’entraîneur. Je me souviens qu’il s’agissait d’une zone d’Afrique avec des techniciens qui parlaient pour certains portugais, anglais, français, et que je devais donner mes consignes dans les trois langues, et que j’étais rentré lessivé, mais conquis…
Depuis bientôt dix ans, tu œuvres également auprès de l’IHF en qualité de lecteur. Quelles sont tes missions ?
L’IHF développe plusieurs programmes. J’interviens comme formateur de cadres pour les licences D et C. Il y a aussi un programme de solidarité olympique qui permet d’avoir une évaluation du niveau de jeu et d’effectuer de la formation en parallèle. Je suis également allé au Costa Rica pour une mission d’accompagnement, de formation, de détection. C’est véritablement mon métier de base.
Tu évoques le Costa Rica, mais tu interviens principalement en Afrique, dans les pays HAVOBA, mais également en Mauritanie, en Gambie, Sierra-Léone, au Cap Vert aussi. Aucune autre de tes missions ne t’emmène sur un autre continent ?
Parfois. C’est conjoncturel en fait. Il y a beaucoup de sollicitations du continent africain. L’Amérique latine, l’Amérique centrale, commencent à être demandeurs. J’ai aussi une visioconférence, mercredi, avec Philippe Bana un le président de la Fédération canadienne. On ne peut pas répondre à tout le monde. Il faut que nos interventions aient du sens, et c’est ce sens que l’on privilégie toujours. Il y a quelques mois, quand Edina Borsos entrainait l’équipe féminine des Etats-Unis, nous l’avons accompagnée ponctuellement. Il y a eu aussi un projet avec Malte sur l’arbitrage, par l’intermédiaire de Stéphane Debat.
Avec toujours cette même volonté de faire rayonner la FFHandball à l’international ?
Toujours, oui. Et pas seulement la FFHandball, mais le handball lui-même pour qu’il conserve son rang de sport olympique. La France est un acteur fort de ce combat-là.
Quelques pronostics pour finir… L’Égypte et la France vont-elles conserver leur titre continental en ce début d’année ?
La densité et l’homogénéité ne sont pas les mêmes sur les deux compétitions. Sur la CAN, il y a une locomotive, loin devant la concurrence. L’Égypte a un temps d’avance sur tout. Et quand je vois que les U17 sont vice-champions du monde, je me dis que l’avenir est tracé. Derrière l’Égypte, il y a quelques outsiders. Je vois bien, d’ailleurs, le Bénin, qui travaille dur et bien, se rapprocher des places qualificatives pour le Mondial. Pour l’Euro, c’est nettement plus concentré, serré. Dans une telle compétition, tu peux être soumis à des faits de jeu, une blessure… Mais je suis le premier supporter des équipes de France et j’espère que les Bleus de Guillaume Gille conserveront leur titre.
Et comment vois-tu ce premier gros match, ce soir face à la Norvège ?
Jouer la Norvège en Norvège, ça n’est jamais évident. Il va y avoir 10 00 spectateurs habillés tout de rouge qui vont hurler pendant deux heures, et c’est une circonstance à appréhender. Mais c’est dans la difficulté et la résilience que l’on construit les plus belles victoires. Moi, je crois à cette équipe. J’aime la manière dont elle évolue. J’aime la manière dont elle se construit. Dont elle est managée.