Onze mois après avoir mis au monde une petite Lou, Chloé Valentini a retrouvé la compétition début janvier, et figure dans la liste dévoilée par Sébastien Gardillou pour préparer les deux confrontations de mars qualificatives pour l’Euro EHF 2026 face à la Croatie.
Te souviens-tu de ce que tu faisais le 4 janvier dernier ?
C’était le match contre Achenheim Truchtersheim au Rhenus de Strasbourg, non ?
Ton premier, oui, après onze mois d’une douce parenthèse…
Un moment particulier, parce que je n’avais pas imaginé laisser ma fille à son papa, pour la première fois… Mais le match était programmé à 15 heures, et nous avons donc rallié Strasbourg la veille…
Comment as-tu vécu ce moment ? Qu’est-ce qui primait ? La douleur liée à l’absence de ta fille ? Le plaisir de renouer avec le handball ?
C’était forcément un mélange des deux. Je me souviens avoir été très émue avant ce match. J’ai quand même travaillé dur pendant ma grossesse, après également, pour justement revivre ces moments-là, et j’avais alors conscience du chemin parcouru et de la chance que j’avais d’être à nouveau là. Mais c’était dur aussi parce que je laissais mon petit bout à la maison. Je ne pensais pas que ce serait à ce point difficile. Je sais que son papa s’occupe très bien de sa fille, il assure même très bien, mais ce sentiment d’absence, de manque, était très présent.
À quel point le handball t’a-t-il manqué ?
Il m’a clairement manqué. Je dirais que ce qui m’a manqué le plus, c’est ce petit stress à l’approche d’un rendez-vous, l’adrénaline lorsque le match serré, ce moment où tu dois de remettre en question parce que tu as raté un tir et que tu dois faire en sorte de corriger dans l’instant et rebondir. L’esprit d’équipe m’a manqué. Mais en toute honnêteté, et même si tout ça m’a beaucoup manqué, j’ai aussi vécu une année formidable parce qu’elle m’a permis de profiter de mes proches, de mes parents, ma soeur, ma nièce, mes amis bien sûr, et que ça m’a fait beaucoup de bien. J’ai la chance de n’avoir jamais été freinée par une blessure, et je n’avais donc jamais vécu le handball d’aussi loin. J’ai ainsi pu avoir un regard extérieur différent, et j’ai aussi aimé ce regard. Mais ce que j’ai aimé par dessus-tout, c’est cette aventure avec mon chéri. Nous sommes ensemble depuis douze ans, et nous l’attendions depuis un moment déjà…
Laura Flippes a dit récemment : le plus dur, c’est de tout reprendre à zéro. C’est vraiment ça ? Tout recommencer ?
Je me suis entraînée jusqu’à la veille de l’accouchement, et j’ai repris un mois après. On ne repart peut-être pas de zéro, mais je trouve que c’est quand même difficile de revenir, oui. Je n’étais pas préparée à ça en tout cas, je pensais inconsciemment que tout serait plus ou moins pareil, mais ça n’a pas été le cas, clairement. Je suis perfectionniste, je n’ai aucune patience, et je veux que tout revienne à la normale le plus vite possible. Alors, bien sûr, j’essaie d’être un peu indulgente, j’ai accouché il y a seulement quatre mois… J’avance petit à petit, mais pas à la vitesse que je souhaiterais.
La motivation peut-elle, alors, être impactée ?
Non. Je suis une bosseuse, je suis prête à subir chaque aléa. Mais j’ai un cerveau un peu plus plein qu’à l’habitude. Il faut une autre forme d’organisation afin de gérer le planning avec la crèche lorsqu’un entraînement est décalé, ou que la petite est malade. Continuer à faire le ménage, à promener le chien, à aller à l’entraînement quand bien même tu n’as pas dormi de la nuit ou alors très mal dormi. C’est une vie à 1000 à l’heure, la vie normale d’une maman sportive de haut niveau. Mon souci, c’est que j’ai envie de tout faire bien. Tout faire pour vite revenir, mais profiter aussi de chaque instant de cette nouvelle vie avec ma fille. Elle a quatre mois, mais j’ai l’impression qu’elle est arrivée hier.
Depuis le match à Strasbourg, tu as disputé quatre autres rencontres en Championnat, quatre également en Ligue des Champions. Comment te sens-tu désormais ? As-tu retrouvé toutes tes qualités physiques ?
Je sens que ça va de mieux en mieux. Parfois, contre Györ ou Brest, je ne me sens pas à la hauteur. C’est du très haut niveau, et il me manque encore des choses alors que je voudrais déjà être à 100%. Mais hormis ces deux claques-là, que j’ai quand même assez vite relativisées, j’avance petit à petit. Je le sens dans mes attitudes, la construction des matches. J’anticipe plus, alors qu’à la reprise, quand l’adversaire était en situation de marquer et que je devais partir en contre-attaque, j’avais un temps d’hésitation. Je sais que j’ai encore beaucoup de travail. Mais je sais aussi qu’il n’est nullement nécessaire de tout remettre en question. Ma force, pourtant, est de toujours tout remettre en question, et c’est sans doute pour cela que je suis arrivée à ce niveau. J’apprends à être plus indulgente avec moi-même et c’est assez nouveau.
As-tu souffert de voir ton corps changer ? Est-ce difficile de devoir se le rapprivoiser ?
C’est encore dur aujourd’hui. J’ai toujours fait attention à mon alimentation, mon hygiène de vie. J’ai un poids de forme qui me permet d’être performante. Si je suis trop maigre, je n’ai pas suffisamment de peps, et si j’ai des kilos en trop, je n’ai pas la réactivité nécessaire. Mais mon corps a donné la vie, et il a bien changé. Maintenant, lorsque je regarde ma petite fille, je me dis que ça en valait vraiment la peine. Je crois que j’ai fait une croix sur l’athlète que j’étais, et que j’ai envie d’être une nouvelle handballeuse, meilleure encore que la précédente. J’ai envie de voir les choses différemment, avec plus de bienveillance avec mes partenaires, envie d’être capable de relativiser aussi. Je ne pensais pas que ma vie allait changer à ce point. On m’avait prévenue, mais c’est assez soudain quand même.
Metz est bien parti pour se qualifier directement pour les quarts de finale de la Ligue des Champions, mais la défaite à Brest en Championnat amène un peu de piment pour la deuxième moitié de saison…
Cette défaite nous a impactées parce que Metz n’a pas habitude de perdre. C’est important de se dire qu’il y a encore du travail, et le travail ne nous a jamais effrayées. Gagner de cinq buts contre Brest est un objectif, comme celui d’accéder directement aux quarts de finale de la Ligue des Champions. Ça me permettrait d’ailleurs, un peu plus égoïstement, de profiter d’un week-end de libre…
Laura Flippes, bientôt Estelle Nze Minko, Coralie Lassource, les joueuses n’hésitent plus à devenir maman au cœur même de leur carrière. Il est vrai que la FFHandball a été la première à se doter d’une convention collective incluant une vraie couverture de la maternité, avec, notamment, la garantie du maintien de salaire…
La convention nous protège, mais l’idée de vivre cette aventure n’est pas seulement liée à elle. C’est avant tout un choix personnel, un choix de couple, une envie profonde.
Échangez-vous quelques conseils entre mamans ou futures mamans ?
Pas des conseils, mais nous avons des échanges, bien sûr. Je m’entends très bien avec Estelle, il y a une grande confiance entre nous, et ça nous fait du bien de parler. Avec Laura (Flippes) et Coco (Lassource) aussi. Je suis trop contente pour ces filles-là de partager un bout de cette aventure. Quand je vois combien certaines femmes souffrent et galèrent pour avoir des enfants, je me dis que nous avons de la chance.
Tu figures donc dans la liste dévoilée ce lundi par Sébastien Gardillou afin de préparer les rencontres qualificatives à l’Euro EHF 2026 de mars et avril, et notamment ce rendez-vous à domicile, aux Arènes de Metz, face à la Croatie. L’équipe de France t’a-t-elle, elle aussi, manqué ?
J’ai super hâte de renfiler ce maillot. Hâte de retrouver le groupe, le staff. Je sais, bien sûr, que nous sommes trois sur ce poste et que Seb (Gardillou) devra faire une sélection, mais je suis heureuse de figurer sur la liste. A moi de montrer que je reviens suffisamment bien, suffisamment fort. Mais j’ai surtout envie de souligner la bienveillance de Seb à mon égard. Il est constamment resté en contact pendant ma grossesse, aujourd’hui encore. C’est parfois difficile d’être loin du groupe, et sentir que ton coach s’intéresse à toi, fait attention à toi, ça enlève forcément de la pression. Rien n’est forcé dans cette relation, il n’y a aucune pensée négative derrière, tout est juste naturel, et ça fait du bien.
Comment as-tu vécu le Mondial aux Pays-Bas ?
J’ai regardé tous les matches, avec peut-être un peu moins d’attention lorsque le score était fait. Je suis super contente que les filles aient renoué avec la médaille.
Et qu’as-tu pensé des prestations de Nina Dury et Suzanne Wajoka ?
Nina figure dans la sélection des meilleures jeunes au monde et ça veut tout dire. Ce sont deux ailières différentes qui performent en club et qui ont assuré lors de leur première compétition internationale. Je suis très contente pour elles.
Quels sont tes objectifs désormais, et quelles sont les pistes à suivre pour retrouver tous tes équilibres ?
Je ne vise jamais très loin, j’ai toujours été comme ça et ça ne changera pas. J’ai juste envie de performer régulièrement, de prendre toutes les marques pour redevenir la meilleure ailière gauche possible. Ces six prochains mois sont importants pour gagner des titres, atteindre chacune des échéances, en club comme en équipe de France, au maximum de mes moyens. Pour le plus long terme, il sera temps d’y revenir.