La JDA Dijon Handball a remporté, ce dimanche, son premier titre européen, en battant Thüringer en finale de l’European League (29-25). Au terme d’une finale complètement folle, où les Dijonnaises ont remonté un débours de neuf buts en une mi-temps, l’entraineur Clément Alcacer en a profité pour livrer ses impressions.
Clément, s’il fallait poser des mots sur tes émotions, quels seraient-ils ?
Je suis super fier des filles. J’ai une chance incroyable de les avoir, d’avoir ce club, ce staff. Treize personnes travaillent autour des filles pour qu’elles soient performantes, dans le médical, la technique ou la préparation physique. Ce titre, c’est la réussite de tout un club. Quand on voit le Palais des Sports en feu ce soir, qui nous aide à revenir…Tous ces gens nous ont donné une énergie incroyable, je ne peux qu’être un entraineur fier et heureux de pouvoir vivre ça avec ces filles-là.
Quel a été ton discours à la mi-temps, quand vous étiez menés de neuf buts ?
On va dire que ce n’était pas de la calinothérapie…C’était le fighting spirit, je n’ai quasiment parlé que du fait qu’on allait le faire. J’ai remonté tout le monde sur « on va le faire, on va le faire, on va le faire, et si vous n’y croyez pas, vous sortez du vestiaire. » On n’a parlé que de le faire, de retourner ce match, et comment on allait le faire. Et, en effet, pas en étant très gentil.
Comment fait-on pour remobiliser une équipe qui est autant en travers en l’espace de quinze minutes ?
En lui montrant que le chemin existe. La gardienne adverse fait 70% en première période, ou quelque chose comme ça, on est à 27% de réussite au tir à six mètres, on ne prend pas un tir de loin. On rate tout, même des situations assez incroyables. En partant de là, si tu mets un but sur quatre à six mètres, c’est compliqué. Il fallait faire comprendre aux filles qu’il y avait des solutions, que c’est pas parce qu’on joue mal qu’on est derrière.
Mais alors, pourquoi avez-vous raté votre entame dans de telles proportions ?
Plein de choses. On avait très envie de bien faire, quand on est entrés sur le terrain, il y avait une énergie folle, encore plus qu’hier avant la demi-finale. Et je pense que les filles étaient peut-être juste un tout petit peu trop haut dans leur engagement émotionnel, l’affect et l’énergie qu’elles y ont mis. Et quand tu es en sur-régime, tu fais des erreurs techniques. On a essayé de faire redescendre un tout petit peu la température et d’axer le discours sur « on va le faire ! »
L’entraineur allemand situe le tournant du match à la sortie de Aizawa, la demi-centre japonaise de Thüringer sur blessure. Es-tu d’accord avec ça ?
C’est sûr que le fait qu’elle sorte, ça ne nous a pas desservis, en tout cas sur cette séquence. Mais cela fait partie du sport. Je crois qu’on a aussi notre lot de blessées, Gnonsiane Niombla et Nadia Mielke-Offendal étaient en tribunes, Ann-Cathrin Giegerich joue avec une hernie discale et ne s’est presque pas entrainée…Il faut s’y adapter, nous avons du faire jouer Amel Dury, qui joue en Nationale 1 toute l’année, ce soir. Ca fait partie du sport. Ca a été un tournant, mais personne ne saura jamais si on ne serait pas revenues quand même. On a plus de réussite au tir, quand le Palais pousse et qu’on revient, je ne vois pas ce qui peut nous ralentir…Avec des si, on pourrait refaire le monde.
A quel moment sens-tu que le match va basculer ?
Honnêtement, à la mi-temps. J’ai vu les filles y croire autant que ce que le staff y croyait. D’ailleurs, personne n’est sorti du vestiaire (rires)…
Finalement, on a l’impression que même si vous marquez vingt-trois buts dans le deuxième acte, votre défense a été votre meilleur atout…
On a un peu de jeu rapide en première période, mais on loupe quand on court en première période. Et quand tu loupes, après, tu as du mal à courir…On sait que notre ADN c’est de défendre fort, mais pas une défense qui reste en bas, plus une défense qui va mettre des pièges, gratter des ballons. On a vu deux oppositions de style, une équipe à plat complet, dure à transpercer, et nous, plus étagée et face à qui c’est compliqué de faire tourner la balle. Une mi-temps a fonctionné pour eux, une pour nous. Si vous me demandez, je vous dirais que je préfère notre parti pris de l’ambition et de poser des problèmes.
Qu’est-ce qui vous a décidé de jouer avec cette défense étagée ?
J’ai la chance d’avoir ces filles-là, qui y croient…Attendez, je pose ma médaille parce qu’elle est franchement lourde (rires)…Ces filles sont capables de s’étager, de proposer des choses, et pour moi c’est une vraie chance. Le plus dur, ce n’est pas de faire ces systèmes un peu différents, mais surtout de convaincre les joueuses d’adhérer. En hand féminin, c’est assez rare de le faire et ce soir, on est bien content d’avoir pu le bosser en amont. Ce soir, avec ce scénario, c’était le moment où jamais pour tenter des choses.
Nina Dury disait en zone mixte qu’elle n’avait pas beaucoup dormi entre la demi-finale et la finale. Comment a été ta nuit ?
On a un peu bossé samedi soir, il fallait préparer la finale même si on avait anticipé un peu les choses en amont. Hier, j’avais fait le choix de ne pas du tout regarder la demi-finale, même sur mon téléphone, pour être vraiment focus sur Esztergom. Alors j’ai regardé la demi-finale samedi soir, je l’ai analysée et j’ai préparé un peu ce qu’on allait faire, les discours. Quand tu as fini ça, il faut s’endormir, il est déjà minuit et demi ou une heure…Et dimanche matin, à six heures du mat’, tu te réveilles, t’as les yeux comme des billes, mais t’as envie d’y être. Je ne sais pas si Nina vous l’a raconté mais on s’est retrouvé tous les deux au petit déjeuner, premiers levés, en mode qu’est-ce que tu fais là ? Bah on n’arrive plus à dormir. Mais on dormira plus tard, c’est pas grave !
En quoi l’expérience de l’année passée, où vous finissez troisièmes du Final Four, a pu vous servir pour cette année ?
Je ne suis pas sûr qu’elle nous ait servi, les scénarios comme celui de ce match, de cette finale, sont tellement uniques qu’on ne peut pas dire qu’on ait de l’expérience. En revanche, l’expérience de l’an passé nous a servi pour préparer ce Final Four. Le décorum, l’ambiance, la pression, ça peut intimider des jeunes joueuses, car il ne faut pas oublier que peu de joueuses dans cette équipe ont un gros vécu. Là, on connaissait et sans doute que oui, c’est un petit plus. J’ai senti l’équipe sûre de ces qualités. Et ce soir, on n’a jamais rien abandonné, on n’a jamais rien lâché et c’est à l’image de ce groupe. On a déjà fait plein de comebacks depuis que je suis arrivé ici il y a deux ans. Et je savais qu’on pouvait le faire.
Qu’est-ce que cette victoire représente pour un club comme la JDA Dijon ?
C’est une récompense pour tout le travail accompli par tout le monde, et j’insiste sur le « tout le monde ». Des bureaux au terrain, tout le monde tire dans le même sens, ça a été un travail monstre que d’organiser ce Final Four, et de le gagner, de mettre des sourires sur les visages des gens en tribunes, c’est incroyable. Ca montre qu’on travaille bien, qu’il faut continuer dans cette voie, qu’on peut gagner des trophées en insistant sur la formation, en étant patients, en acceptant que parfois, les résultats vont mettre un ou deux mois à arriver. Je suis fier de ce club, de cette ville. Je crois sincèrement que si on ne joue pas au Palais des Sports ce soir, ça n’aurait pas été la même chose.