Recordwoman internationale des matchs (17) disputés lors des Final 4 de la Ligue des Champions, Amandine Leynaud a remporté l’édition 2019 avec Györ qui sera samedi l’adversaire de Brest Bretagne Handball. L’ancienne gardienne, aujourd’hui adjointe de Sébastien Gardillou en équipe de France, évoque cet événement du week-end prochain qui verra à nouveau Budapest sous les feux de la rampe.

Avec 17 matchs au compteur, tu es la joueuse qui a le plus participé au Final Four, ce qui est assez vertigineux quand on sait que tu es la contemporaine des Norvégiennes, notamment de Katrin Lunde. Au-delà de ton palmarès XXL, que t’inspire cette statistique ?
Je ne sais pas si elle compte vraiment, parce que je ne suis pas trop du genre à me mettre en avant. D’ailleurs, c’est la première fois qu’on me pose cette question. Aujourd’hui, avec du recul, je le ressens surtout comme une chance. Ce qu’il faut aussi voir dans cette statistique, c’est que je n’ai gagné qu’une seule fois.

C’est aussi une statistique singulière…

Finalement, ça montre à quel point il est précieux de remporter une Ligue des champions. Pour moi, le fait d’avoir participé autant de fois à un Final Four est important, parce que j’ai connu en face de moi de très grandes joueuses qui n’ont jamais eu la chance de vivre ces moments-là. Au final, ça donne encore plus de valeur à la seule Ligue des champions que j’ai remportée. Et puis, ça me fait prendre conscience de la chance énorme que j’ai eue de vivre tout ça, même sans gagner plusieurs fois. Ça rajoute de la valeur à ce parcours. Je crois beaucoup au travail, donc c’est quelque chose qui est précieux à mes yeux. Et finalement, je retire énormément de positif de toutes ces expériences, même lorsque je n’ai pas gagné.

Qu’est-ce qui rend le Final Four si attrayant ? Le fait que les quatre équipes aient réellement leur chance ?

Oui, c’est exactement ça qui fait la beauté de ce moment-là. Je pense que le Final Four est une formule incroyable. Il y a énormément de pression, mais cette pression peut aussi te transcender. Tu peux complètement déjouer comme tu peux être capable de réaliser quelque chose d’exceptionnel.

Tu joues tout sur un week-end. Bien sûr, c’est particulier, mais quand tu réussis, cela donne encore plus de valeur à la performance. C’est un contexte qui peut te transcender. Au fond, c’est un moment exceptionnel dans une carrière.

Comment appréhender le contexte ?

On a toutes et tous envie d’y participer. Il faut vraiment vivre ce moment comme une chance. Tu retrouves les meilleures équipes du moment réunies dans un même tournoi, avec tout l’engouement qui existe autour du handball. Tu joues dans une salle pleine, c’est une formidable vitrine pour le handball féminin. Les matchs sont généralement incroyables à voir. Tout est réuni pour faire de ce rendez-vous un moment exceptionnel dans une carrière.

Comment expliques-tu cette différence d’engouement entre la phase régulière et le Final Four féminin ?

C’est un engouement particulier. Je pense qu’il est compliqué de remplir des salles de 10 000 à 15 000 places tous les week-ends. Mais quand tu regardes des clubs comme Metz, Györ ou encore Brest, ce sont déjà des salles qui se remplissent régulièrement. Alors oui, on peut se demander si elles se rempliraient encore davantage avec une capacité supérieure. Je pense surtout que le fait qu’il s’agisse de la finale de la Ligue des champions crée un engouement énorme. C’est normal. Certains matches de championnat sont forcément moins attractifs qu’une finale de Ligue des champions. Ce n’est pas un constat d’échec, c’est simplement la réalité d’un événement exceptionnel qui attire davantage de monde.

Il y a toujours deux façons de voir les choses. Personnellement, quand je vois que le handball féminin est capable de remplir une salle comme celle de Budapest, je trouve qu’il faut le regarder sous cet angle-là. Cela montre que le sport féminin, et le handball en particulier, attire des supporters et suscite de l’enthousiasme. C’est quelque chose de très positif.

Comment expliques-tu que Budapest soit devenue la place forte du handball féminin avec ce Final Four organisé de manière récurrente ? Toi qui as longtemps joué là-bas et qui peux comparer avec d’autres pays, comment expliques-tu cet enthousiasme et cette fidélité du public ?

Quand tu regardes des clubs comme Györ ou FTC, ce sont de véritables institutions. À Györ, on parle même de la « Green Family ». Ce n’est pas un hasard. Il y a réellement une communauté de supporters extrêmement engagée. Il y a des gens qui prennent leurs vacances pour suivre leur équipe, qui traversent l’Europe en bus pour assister aux matchs. C’est quelque chose qui fait véritablement partie de leur vie.

Et puis, en Hongrie, le handball est un sport très suivi, aussi bien chez les femmes que chez les hommes. C’est assez remarquable.

Comme en Allemagne pour le handball masculin, tu bénéficies aussi d’infrastructures exceptionnelles. Aujourd’hui, l’aréna de Budapest est incroyable. Tu as également un club emblématique comme Györ, qui participe presque chaque année au Final Four et qui est régulièrement candidat au titre. Cet ensemble d’éléments explique ce succès.

Tu évoques ce lien entre les clubs et leur public. Prenons l’exemple de Györ où tu as vécu plusieurs années, quel est le rapport au quotidien avec la population ?

Les gens sont plutôt discrets, mais tu sens très vite que tout le monde te connaît et te soutient. Quand tu fais tes courses, quand tu te promènes au parc ou que tu prends un café, les gens sont très respectueux. Ils ne sont pas envahissants, mais tu ressens qu’ils sont fiers que tu représentes leur ville et leur club. Les échanges sont faciles, les gens viennent parfois discuter, mais ils respectent aussi énormément la vie privée.

Le club est l’emblème de la ville…

Quand tu arrives dans un club comme Györ et que tu enfiles ce maillot, tu comprends rapidement qu’il existe une institution qui est plus grande que toi. Tu es là pour contribuer à son histoire et à sa réussite. Il y a tellement de grandes joueuses qui sont passées par ce club que tu comprends vite que tu fais partie d’un système. Tu as envie d’être performante, bien sûr, mais tu sens que l’essentiel reste le club. C’est ça qui est marquant : il n’y a pas de place pour les égos. Chacune veut bien jouer, mais tout le monde comprend que le plus important, c’est l’institution et non l’individu.

Qu’est-ce que la présence simultanée de Metz et Brest dit aujourd’hui de la vitalité du handball de clubs français ?

Cela montre surtout que ces clubs travaillent depuis des années et des années, et que cette présence est une juste récompense de tous les efforts réalisés. Brest a déjà atteint le Final Four. Metz aussi à plusieurs reprises. Ce n’est pas quelque chose qui arrive par hasard.

Si l’on compare avec Györ, c’est un club qui évolue au plus haut niveau depuis très longtemps et qui s’efforce de s’y maintenir. Aujourd’hui, Brest et Metz suivent la même trajectoire. Ce sont des clubs qui travaillent avec ambition depuis quinze ou vingt ans et qui récoltent désormais les fruits de ce travail.

L’équipe de France a sans doute aussi contribué à cette dynamique grâce à ses résultats et à ses médailles, qui ont renforcé l’attractivité du championnat français. Ce que je remarque également, c’est que Brest compte de nombreuses joueuses françaises. C’est une très belle vitrine pour notre handball.

Avoir aujourd’hui deux équipes françaises capables de remporter la Ligue des champions, c’est quelque chose d’incroyable. Et c’est surtout la récompense d’un travail de longue haleine.

Ces deux équipes françaises ne se rencontreront pas en demi-finale, est-ce tant mieux ?

Oui, tant mieux ! Cela veut dire qu’il y a potentiellement la possibilité de voir les deux équipes en finale, et c’est évidemment ce que je leur souhaite. Déjà, des Metz-Brest, les joueuses doivent commencer à en avoir assez d’en disputer ! Au moins, on évite cette affiche en demi-finale et cela augmente les chances d’avoir une équipe française en finale. Je suis donc très contente qu’elles ne tombent pas l’une contre l’autre dès le premier match.

Qu’est-ce qu’il faut éviter dans la préparation d’un Final Four pour ne pas passer à côté de l’événement ?

C’est une question difficile parce que, finalement, je l’ai davantage perdu que gagné. Je pense qu’il faut vivre pleinement l’instant présent et préparer les matches les uns après les autres. C’est une compétition extrêmement intense. On le dit souvent, dans le sport comme dans la vie : il faut profiter de l’instant présent. Attention, cela ne signifie pas être spectateur de ce qui se passe. Au contraire. Je n’ai aucun doute sur le fait que les entraîneurs et les joueuses travaillent depuis plusieurs semaines sur leurs adversaires. Depuis le tirage au sort, chacun réfléchit à la meilleure manière de battre l’équipe qu’il va affronter. L’essentiel est d’être capable d’être performant dans l’instant et de réagir si l’adversaire parvient à neutraliser tes points forts. Souvent, les grandes équipes sont celles qui savent s’adapter le plus vite possible à ce qui se passe sur le terrain.

Dijon a récemment remporté la Ligue européenne EHF. Est-ce qu’il y a une source d’inspiration à aller chercher dans le parcours des Bourguignonnes ?

Oui, parce qu’elles ont montré que rien n’est jamais perdu. Je pense que beaucoup de personnes avaient probablement considéré que c’était terminé à certains moments des deux matchs. Et pourtant, elles ont démontré exactement ce qu’on aime dans le sport : tout est possible.

C’est ce qui me fait vibrer personnellement. Le sport nous rappelle qu’on est capable de renverser des situations que l’on croyait perdues, de se transcender et d’aller chercher des ressources insoupçonnées.

Bien sûr, on préférerait parfois gagner plus tranquillement, mais la beauté du sport réside justement dans ces retournements de situation. Les spectateurs présents dans la salle à Dijon ont certainement vécu quelque chose d’extraordinaire, tout comme les joueuses.

Et cela confirme aussi que le handball français, notamment au niveau des clubs, progresse depuis de nombreuses années. C’est une très belle vitrine pour les clubs français et pour le handball en général.

Comment vis-tu aujourd’hui ces grands tournois ?

J’essaie de ne pas être dans une posture de supportrice, même si cette part-là existe forcément en moi.

J’essaie surtout d’être la plus neutre possible. De toute façon, je sais que mon soutien ne changera rien au résultat, alors je préfère profiter du spectacle. Et quel spectacle ! Ce qui me frappe chaque année, c’est de voir à quel point le niveau continue d’augmenter. Je me souviens encore du Final Four de l’année dernière : c’était incroyable.

On voit des joueuses capables de réaliser des gestes techniques extraordinaires dans les moments les plus décisifs. Quand on a soi-même été joueuse, on mesure encore davantage la difficulté de ce qu’elles accomplissent. Ce qui m’impressionne le plus aujourd’hui, c’est leur niveau d’engagement, mais aussi leur fraîcheur mentale. Être capable de prendre la bonne décision en une fraction de seconde dans un contexte aussi intense, c’est remarquable.

Évidemment, dans mon rôle actuel d’entraîneure adjointe de l’équipe de France, nous observons aussi les internationales françaises avec une attention particulière. Nous les voyons évoluer dans des situations de très forte pression et c’est toujours très intéressant pour nous.

En lien avec la victoire du PSG samedi dernier, au football, on débat souvent de la préparation des séances de tirs au but. Certains parlent de loterie, d’autres estiment que tout se prépare mentalement et techniquement. En tant qu’ancienne gardienne, est-ce qu’une séance de tirs de sept mètres se prépare réellement en handball ?

Quand tu arrives sur un week-end avec une demi-finale puis une finale potentielle, cela fait forcément partie de la préparation. Bien sûr, personne n’a envie d’en arriver aux tirs de sept mètres. On espère toujours gagner avant. Mais il faut être prêt.

Cela passe par l’étude des habitudes des tireuses, des zones préférentielles, de la gestion émotionnelle du moment. Pour les gardiennes, cela peut aussi concerner les rotations. Certaines gardiennes sont plus à l’aise face à certaines joueuses ou dans certains contextes. Ce sont donc des scénarios qu’il faut envisager. Ensuite, il y a aussi ce qui se passe dans l’instant. Il arrive parfois qu’une intuition apparaisse, qu’un rapport de force particulier se crée. Et ça aussi, c’est quelque chose que l’on apprend à sentir avec l’expérience.