Adjoint au DTN en charge du projet de performance fédéral féminin, Eric Baradat sera évidemment présent au palais des sports Ghani Yalouz du 30 janvier au 3 février. Après six éditions à Bourg-de-Péage, les Interpôles se dérouleront en effet cette année à Besançon.
Après six éditions dans le complexe du Vercors de Bourg-de-Péage, les Interpôles féminins retrouvent le palais des sports de Besançon. Pourquoi ce retour aux sources ?
Non, ce n’est pas un retour aux sources. La formule qui a débuté à Bourg-de-Péage est novatrice. Nous revenons certes à Besançon, où s’étaient déroulées les premières éditions, mais la formule n’est plus du tout comparable.
Qu’est-ce qui a réellement changé au fil des éditions ?
Un peu tout. Avant, la compétition était étalée sur plusieurs gymnases. Là, il y a cette unité de lieu à laquelle nous tenons vraiment. 49 matches étalés sur cinq journées dans un même complexe, un lieu de vie et de rencontres unique, c’est une évolution notable. Il y aussi eu la formule de zones, mais Bourg-de-Péage, dans cette configuration, a placé la barre très haut.
Dans quel sens ?
D’abord, les six éditions ont été remarquablement organisées par la Ligue Auvergne/Rhône-Alpes. Bruno Geoffray, la cheville ouvrière de cette organisation, a amené la compétition sur des standards opérationnels très élevés. Autour de lui, les bénévoles ont effectué un travail remarquable et l’atmosphère qu’ils ont contribué à créer a profité à toutes les équipes qui ont pu en découdre dans des conditions remarquables. Ils n’imaginent pas à quel point je les remercie pour ces six années, à quel point je leur suis reconnaissant et redevable.
Pourquoi avoir choisi Besançon ?
Au final, nous avons retenu deux candidatures. Celle de Bourg-de-Péage, et celle de Besançon. Nous avons senti une vraie dynamique, un vrai engouement dans l’équipe menée par Quintia Locatelli, la directrice de la compétition, et Clémence Berçot. Au palais des sports Ghani Yalouz, nous allons encore évoluer vers des standards de plus en plus professionnels avec par exemple le tableau de marque alimenté en temps réel ou les temps-morts pris au buzzer. Besançon est non seulement une ville où le handball professionnel a justement droit de cité avec l’Entente Sportive Besançon Féminin en Ligue Butagaz Énergie, mais également le Grand Besançon Doubs Handball en Proligue et Palente Besançon Handball en D2 féminine, mais également une terre de handball tournée vers la formation.
La convivialité de Bourg-de-Péage sera-t-elle préservée ?
Sans le moindre doute. Les Interpôles sont un moment de bien vivre, pas seulement pour les jeunes joueuses d’ailleurs, mais pour tous ceux qui gravitent autour de l’épreuve et profitent des animations périphériques. Je pense aux familles, aux présidents de Ligue qui se réuniront à cette occasion, aux cadres qui seront en formation, et bien sûr aux différents publics, scolaires, de clubs…
Comment définirais-tu cette compétition ? La compétition phare du système de détection ? La vitrine du handball féminin français de demain ?
La vitrine du handball féminin français, sans aucun doute. C’est la compétition ascenseur vers le professionnalisme. Les Trophées nationaux Michel-Barbot (ex-intercomités) permettent l’accession territoriale, les Interpôles l’accession nationale.
Quels avantages tires-tu de pouvoir voir évoluer 224 joueuses issues de 14 Pôles pendant les cinq journées de compétition ?
C’est évidemment un temps central, mais nous ne nous limitons pas à ce temps-là. Les joueuses ciblées sont suivies en club et nous avons accès à une plateforme qui permet d’apprécier leur progression. Nous avons également les retours réguliers des responsables de Pôles. Mais ces cinq journées sont révélatrices de qui est qui, elles constituent un temps d’évaluation fondamental. Ce qui caractérise la joueuse, c’est bien entendu un socle de qualités physiques, athlétiques, mais l’engagement mental est fondamental, et son degré de motivation est très élevé aux Interpôles.
L’Île-de-France la saison passée, Grand Est, Nouvelle-Aquitaine, Bretagne, Franche Comté, Centre/Val-de-Loire les années d’avant, comment expliquer ce renouveau permanent ?
Les Pôles cités figurent quand même, souvent, parmi six premiers, ils sont implantés dans des territoires où le handball est plutôt bien implanté. C’est difficile de perdurer génération après génération. Souvent, celles qui sont constituées de joueuses de dernière année qui vont quitter la structure arrivent à maturité et performent logiquement durant cette semaine.
Neuf joueuses nées après l’année 2000 figurent dans l’équipe médaillée de bronze lors du dernier Mondial. Trois, Nina Dury, Fatou Karamoko et Lilou Pintat, sont championnes du monde U20. Est-ce la preuve que le système de formation fonctionne parfaitement ?
Non, on ne peut pas dire que le système de formation fonctionne parfaitement. Je ne suis et ne serai jamais dans l’autosatisfaction. Je pense que nous pouvons faire beaucoup mieux, et que nous devons nous remettre en cause. La génération U20 a fourni à l’équipe de France A les joueuses dont elle avait besoin à cet instant précis. Mais il y a un besoin sur la base arrière de joueuses avec des profils différents que nous n’avons pas été en mesure de satisfaire. Proposer du volume de joueuses à l’équipe de France, c’est bien, mais il faut aussi quelques joueuses extraordinaires, des Viola Leuchter, des Nieke Kühne… Sans avoir à rougir du travail effectué, nous devons faire mieux si nous voulons continuer d’exister.
Comment as-tu trouvé Nina Dury au Mondial ?
Nina, c’est un ovni au niveau physique. Elle est explosive, elle va vite, et elle est capable d’enchaîner longtemps. Elle fait preuve d’une grande combativité, elle est bien cortiquée et elle a une démarche personnelle adaptée. Je ne suis pas étonné de sa performance.
La présence de Fatou Karamoko dans l’équipe de Sébastien Gardillou a semblé surprendre beaucoup de monde…
Fatou, c’est tout à fait autre chose. Elle n’était pas une évidence au départ et beaucoup se sont étonnés de mon choix lorsque je l’ai sélectionnée. Elle a beaucoup de qualités physiques, mais elle a été freinée dans son parcours par les blessures. Nous l’avons surtout utilisée en défense parce qu’elle n’était pas encore prête au niveau offensif, et parce que nous avons décelé chez elle un potentiel défensif extraordinaire. Maintenant, le temps va lui permettre de développer d’autres habiletés. Je suis convaincu qu’elle va devenir un défenseur poste 2 remarquable dans le contexte international, convaincu qu’elle va devenir une arme de destruction massive.
Imaginais-tu que toutes les deux, et Lilou Pintat à un degré moindre, s’intègreraient aussi facilement en équipe de France ?
Je savais que dans le « faire équipe » elles ne poseraient aucun problème. Il y a deux choses à appréhender : le « bien jouer ensemble » et le « bien faire équipe ». Elles ont des arguments dans le « bien jouer ensemble », et s’imprégner de la culture de l’équipe de France a été relativement facile, notamment grâce au dispositif RIG. Quand Léna Grandveau voit débarquer Nina Dury, elles ont déjà ce vécu en commun.
D’autres joueuses de la filière sont-elles prêtes à emboiter le pas ?
Manon Errard a été arrêtée pour un problème de santé. Il y a aussi les sœurs Borg. Et des joueuses de la génération de Léna Grandveau et Sarah Bouktit, je pense à Maureen Gayet ou Laura Fauvarque à Dijon, à Coura Kanoute à Paris qui ne sont pas loin. Il y en a d’autres, comme Nayenka Noslen par exemple, une 2008 qui évolue cette saison à Brest.
Certaines des joueuses qui vont évoluer durant ces cinq journées à Besançon porteront-elles un jour le maillot de l’équipe de France A ?
A chaque édition, nous sommes certains de voir des joueuses qui porteront, oui, le maillot de France A.