Président de la Stella Saint-Maur depuis juillet 2022, Luc Sarramegna a célébré samedi les 80 ans du club par un succès de prestige face à Nice. Un club qui cherche chaque jour à se réinventer afin d’exister en Ligue Butagaz Énergie.
Qu’est-ce qui vous a poussé à célébrer ce 80e anniversaire ?
80 ans, c’est d’abord l’occasion de faire une jolie fête, de célébrer un club historique, de nous retourner sur notre passé. Nous avons réalisé un replica du fameux maillot à damiers que nous avons exceptionnellement pu porter ce samedi face à Nice.
Quels sont vos souvenirs à vous de la grande Stella ?
Je n’ai connu cette histoire que de loin, à travers les journaux, des articles que je lisais dans le journal l’Equipe. Antoine, un membre du Conseil d’Administration, a fait un travail de documentation formidable pour retracer les heures de gloire, tous les moments qui ont compté. Au quotidien, j’échange également avec certains anciens. Mon secrétaire général a joué au handball à Saint-Maur, ses sœurs aussi, et puis il y a Joseph dans les tribunes qui a 88 ans et qui a même joué au handball à onze…
L’histoire de la Stella est l’une de ses grandes forces…
Une longue et belle histoire, oui, mais une histoire mouvementée puisqu’en fait nous avons gardé la marque, le maillot, un maillot porté par trois associations différentes au fil des ans… Nous avons fini par créer en 2021 une nouvelle association, la Stella Saint-Maur Handball, afin de poursuivre l’aventure à très haut niveau. Je tiens d’ailleurs à remercier les anciens qui ont porté le maillot et fait vivre l’association jusqu’en 2016, puis la VGA qui a permis de sauvegarder l’activité et de continuer.
Pourquoi avoir misé sur les filles plutôt que sur les garçons ?
La Stella, c’est six titres de Champion de France chez les garçons, un seul chez les filles, mais cette époque-là est révolue et le professionnalisme a rebattu les cartes. Bernard Monnot, qui m’a ensuite passé le relais, et toute son équipe savaient qu’il n’y avait aucune illusion à nourrir avec les garçons, faute de moyens financiers suffisants, et d’une concurrence beaucoup trop dense sur le territoire avec le Paris Saint-Germain, Tremblay-en-France, Créteil, Ivry, Pontault-Combault, Massy… En revanche, remonter les échelons avec les filles semblait plus raisonnable et réaliste. Nous nous sommes donc mis à rêver d’une nouvelle aventure au haut niveau. Le projet est né de cette réflexion. Il a été compliqué au début, nous sommes restés longtemps en D2, que nous avons rejointe en 2014, et il commence à vraiment prendre corps aujourd’hui.
Quelles ont été les premières mesures ?
Il a d’abord fallu trouver des financements. Et puis, sans vouloir être méchant, il a fallu rajeunir une équipe vieillissante, insuffler de l’énergie, mettre des choses en place. Nous n’avions plus beaucoup de public, plus beaucoup de visibilité. Cet effort de structuration a payé. Pour attirer des sponsors, des mécènes, nous avons défini un produit avec Noura Ben Slama. Je suis pour ma part allé chercher des collaborateurs plus jeunes, des parents de joueuses et de joueurs qui se sont investis bénévolement. Il y a eu un élan, et maintenant que nous avons atteint le haut niveau, nous nous employons à nous y maintenir.
Le soutien de la municipalité est-il indéfectible ?
Il l’a été tout au long de l’histoire, le handball reste l’un des sports phares de la ville.
Aujourd’hui, combien le club compte-t-il de licenciés, et comment sont-ils répartis ?
Ça fluctue, on est à plus de 500, pratiquement à parité. On a fait une année à 560. La Stella reste un gros club. On a deux groupes d’entraînement par catégorie d’âge et deux ou trois équipes inscrites dans leur championnat respectif.
Pourquoi les Étoiles ?
Lorsque nous avons eu cette réflexion sur le produit, nous nous sommes interrogés sur ce qu’il était urgent et facile à mettre en place autour des matches, afin de dynamiser le club et attirer des partenaires. Nous n’avions aucun surnom. J’accompagnais l’équipe en D2 depuis quelques saisons, et partout nos adversaires avaient un surnom. J’ai fait un peu de latin et Stella, ça signifie étoile, alors ça m’a semblé naturel.
D’autres petites Etoiles ont brillé la saison passée en décrochant le titre de champion de France des U17…
L’avenir chez nous appartient aux femmes… Championnes de France de D2 en 2023, championnes U17 en 2025, c’est le signe de notre vitalité.
Quelle est votre stratégie pour tenter d’exister dans un contexte de plus en plus concurrentiel ?
Je savais, depuis que l’on a programmé cet anniversaire, que j’allais être interrogé sur cette question. Aujourd’hui, c’est les 80 ans du maillot, les 5 ans de la nouvelle association, et j’ai envie de dire : la Stella respire toujours. Mais j’ai aussi envie de dire que notre survie dépend de notre présence en LBE. Si nous parvenons à nous en sortir, c’est parce que nous possédons un produit que nous améliorons pas à pas, à force de beaucoup de travail. On essaie de remplir la salle, de créer une ambiance afin que nos partenaires se sentent bien chez nous. On essaie aussi de construire un réseau de partenaires capables d’interagir, avec de la convivialité, mais surtout une communion avec l’équipe et le staff. C’est ainsi que nous souhaitons grandir. Les entraîneurs et les joueuses jouent le jeu, ils sont responsables, avenants, disponibles.
Mais ce n’est pas suffisant pour s’installer…
Dans tous les clubs, il y a des leviers de développement différents, le levier subventions, le levier privé, le levier billetterie, le levier boutique… et la proportion de chaque levier est différente selon les clubs. Je sais par exemple que la proportion subvention est trois fois supérieure à Paris 92, que l’agglomération niçoise est différente de la nôtre… Mais ce n’est pas parce que nous ne disposons pas des mêmes moyens que nous n’allons pas nous battre. En attendant, nous sommes fiers de ce que nous avons accompli. Même si nous demeurons dans une période où ce combat pour retrouver une solidité financière est permanent et nous accapare au quotidien. Mais le sport féminin en général, et le handball en particulier sont partout concernés…
Que vous apporte Noura Ben Slama, ancienne joueuse et désormais directrice générale du club ?
Noura est venue achever sa carrière de joueuse chez nous, et elle s’est ensuite formée afin de participer au développement à la structuration du club. Elle tient ce rôle de commerciale, et se bat tous les jours pour pérenniser les partenariats, aller chercher de nouveaux alliés. Elle a une expérience du haut niveau avec des passages à Paris ou Dijon, elle connait les grandes salles, les grosses équipes, et s’imprègnent de toutes ces expériences.
Les résultats de ce début d’année, et notamment les victoires contre Toulon, Le Havre, mais surtout Nice samedi, pour les 80 ans du maillot à damiers, témoignent-ils d’une plus grande maturité ?
Je le pense, oui. Comme je pense que le changement d’entraîneur était nécessaire. Les entraîneurs qui nous ont accompagnés en D2 et permis de monter en D1 étaient un petit peu moins expérimentés pour ce niveau. Il fallait passer un cap, comme nous l’avons passé au niveau des joueuses.
Vous faites allusion à Dragan Zovko. Est-il vu à Saint-Maur comme le messie ?
Il fallait une rupture. Certains me disent qu’il n’est pas innovant, qu’il est vieux, qu’il manage à l’ancienne. Mais si l’on gagne des matches, je m’en moque qu’il manage à l’ancienne… Je vois que les filles travaillent bien avec lui. Il est arrivé deux-trois jours avant le match face à Chambray, et c’était compliqué d’apposer sa patte. Mais on a commencé à voir du mieux à Besançon. Ensuite, j’ai trouvé les filles en confiance avant Le Havre. Et puis il y a eu ce match face à Nice qui change beaucoup de choses. Tout le monde a retrouvé le moral, la confiance, et cette deuxième partie de saison s’annonce bien.