Ce weekend à Cologne, le capitaine de l’équipe de France masculine Ludovic Fabregas a soulevé sa quatrième Ligue des Champions, sa troisième avec le club de Barcelone. Le fait d’avoir vécu la fin de la rencontre en tribunes après avoir été expulsé n’a pas diminué sa joie et il nous livre une analyse pleine d’émotions de son weekend gagnant en Allemagne.
Ludo, tu viens de remporter ta quatrième Ligue des Champions, que ressens-tu ?
C’est un kif, tout simplement. J’avais passé deux belles années à Veszprém, mais sans connaitre Cologne avec eux. C’était un manque de ne pas venir, quand tu as l’habitude de venir tous les mois de juin et que tu n’y es pas… C’est un sentiment bizarre. C’est ce que je m’étais dit en début de semaine, avant de décoller pour Cologne. Ça fait deux ans que tu n’es pas allé au FINAL4, profite du weekend et tu verras ce qui se passera. Je voulais tout donner, aller jusqu’au bout du truc et il y avait peut-être une possibilité que ça passe. Et voilà où ça nous a mené.
En quoi cette victoire est-elle une récompense ?
On a fait plein d’efforts depuis l’été dernier, il a fallu rebâtir l’équipe après les nombreux départs qu’on a connu. Déjà, à Andorre, en pré-saison, j’ai senti qu’on pouvait faire un truc de grand. Quand on arrive à se qualifier pour être au FINAL4, on sait qu’on a fait une partie du chemin, mais c’est presque le plus dur qui commence. Deux matchs très compliqués en vingt-quatre heures, on a joué 61 matchs rien qu’avec le club, j’avoue que là, la langue tire un peu. Mais on a été chercher tout ça tous ensemble, comme une équipe. Ça montre la force de ce groupe.
Quelle goût a cette médaille d’or comparée aux précédentes ?
En vrai, pour moi c’est la meilleure. Peut-être que je ne dirais pas ça si j’en gagne d’autres dans le futur, mais tout de suite, c’est la meilleure de toutes. Elle reste particulière, l’année de mon retour, on fait une saison exceptionnelle. Il a fallu retrouver ma place auprès de mes coéquipiers, de l’entraineur et des présidents. Ils ont eu des mots forts à la fin, ça m’a beaucoup touché, ce sont des choses qui résonnent en moi.
As-tu dû, de nouveau, faire tes preuves ?
J’ai pu sentir un peu de crispation et qu’il fallait que je fasse un peu mes preuves. Quand ils ont vu l’attitude que j’avais, la volonté que j’avais de m’intégrer dans ce collectif, j’ai senti que tout se passait plus facilement. L’entraineur a rapidement eu la volonté de me faire de la place et de me mettre dans de bonnes conditions. J’ai travaillé jusqu’au bout, comme tous les joueurs d’ailleurs. C’est pour ça que je dis que cette médaille a une valeur particulière, car quand tu reviens, il y a une attente particulière et je pense y avoir répondu.
Tu parles des mots du président après la finale, quels ont-ils été ?
Que le club ne s’était pas trompé en me proposant de revenir, qu’il était très fier et très heureux que je porte de nouveau ce maillot. Je suis très attaché à ce club, je ne l’ai jamais caché, Barcelone, c’est un peu la maison quand même. J’ai toujours dit que j’étais heureux ici, et quand tu pars d’un endroit, tu réalises à quel point tu y es heureux. J’étais très heureux à Veszprém et je ne remettrai jamais en cause mon choix à l’époque, mais Barcelone, ça reste Barcelone.
On sent presque ce le lien entre toi et le club a été renforcé avec cette parenthèse à l’étranger…
Comme je le dis, quand tu es quelque part tous les jours, tu ne te rends pas compte de la chance que tu as. Tu peux prendre les choses pour acquis. Ce club est incroyable, cette équipe est incroyable. J’ai envie de m’inscrire dans la durée ici, j’ai envie de gagner le plus de trophées possible avec Barcelone, de finir ma carrière ici. Bien sûr, cela ne dépend pas que de moi, mais je sens que ce que j’ai là-bas, que ce soit sur plan sportif ou sur le plan personnel, je ne l’aurais jamais ailleurs.
On t’a vu évoluer dans un domaine plus défensif ce weekend qu’auparavant, peux-tu nous en parler ?
C’est vrai que j’ai eu un rôle surtout pour stabiliser la défense et pour faire souffler Luis Frade en attaque. Ca a parfaitement fonctionné, j’ai voulu embrasser ce rôle à 200% et ça a fonctionné donc j’en suis très content. Je ne suis pas là pour revendiquer quoi que ce soit, surtout quand tu as des coéquipiers aussi talentueux et investis. J’ai pu me concentrer sur la défense, être un peu plus lucide dans les duels, avoir aussi un peu plus d’énergie. C’est un rôle particulier mais je pense que dans des moments comme ça, c’est important que chacun pense à ce qui peut mettre l’équipe dans les meilleures conditions.
Tu t’es retrouvé à côté du joueur de Berlin Max Darj en tribunes après ton carton rouge et on vous a vu rigoler ensemble. Que vous êtes-vous dit ?
Qu’on avait fait tous les deux la même connerie ! On s’est retrouvé tous les deux côte à côte, on a rigolé même si finalement on n’est pas resté longtemps ensemble. C’est toujours des moments particuliers, tu es plein d’adrénaline et tu te retrouves sur une chaise où tu ne vois pas bien le terrain à hurler quand ton équipe marque. Il y a beaucoup de respect entre nous, donc on en a profité pour rigoler un peu.
Comment as-tu vécu ce moment loin du terrain et de tes coéquipiers ?
Plutôt bien, en fait. J’étais persuadé qu’on allait s’en sortir. J’ai voulu vite passer à autre chose, ne pas rester dans la frustration de mon exclusion. Elle me parait très sévère mais ça ne servait à rien de rester dedans. C’est fait, c’est fait, les arbitres ont pris leur décision, donc j’ai essayé d’aider l’équipe comme j’ai pu. J’ai senti que l’attaque était dominante et j’ai vite été rassuré. On avait travaillé d’autres options car un carton rouge peut arriver n’importe quand. Ian Barrufet a fait du super boulot.
On te suppose très heureux d’être en vacances…
Ah c’est clair ! Surtout de partir de cette manière là avec le trophée dans la valise. Les saisons sont de plus en plus éprouvantes, avec plein de matchs partout, surtout quand tu joues avec l’équipe de France. Le niveau est toujours plus haut. Etre en vacances après un tel weekend, c’est incroyable. Je vais bien dormir pendant une semaine, mais je suis super heureux !
Au final, que retiendras-tu de cette saison 2025/26 ?
Personnellement, il y a eu des très hauts, beaucoup de très hauts et aussi des bas. Je pense par exemple à l’équipe de France et à l’EURO, où on n’a pas performé comme on le voulait. Il a fallu repartir de l’avant, avec un nouveau staff en bleu, mais aussi se reconcentrer sur l’objectif du club, qui était de gagner ici ce soir. J’ai beaucoup appris, beaucoup grandi et cela me servira sans doute pour les prochaines saisons. Mais tout de suite, j’ai juste envie de débrancher, de partir en vacances et de laisser le handball de côté pendant quelques semaines.