Ce lundi, Talant Dujshebaev a découvert la Maison du handball et a donné le coup d’envoi de la semaine internationale qui sera ponctuée par deux matchs face à l’Espagne. Le nouvel entraîneur des Bleus a multiplié les échanges et fait part de sa grande fierté de rejoindre l’équipe de France masculine.

Parle-nous de ton histoire contre la France. En finale du Mondial 1993, avec la CEI, vous avez battu la France assez nettement. Quels souvenirs gardes-tu de ce match ?
Ce match était la finale du Mondial 1993 à Stockholm. La vérité, c’est que la France venait de réaliser de très bons Jeux olympiques où elle avait obtenu la médaille de bronze, sa première médaille importante.
Le fait qu’ils aient atteint la finale de ce Mondial a été, je pense, quelque chose de très important pour eux.
Nous, bien sûr, nous étions favoris : nous étions champions olympiques et nous avions réalisé un très grand Mondial. Finalement, nous avons gagné ce championnat du monde.

Comment voyais-tu l’équipe de France à ce moment-là ?
La première fois que nous avons joué contre eux, c’était en 1990 lors d’un tournoi dans l’ancienne Yougoslavie. Ils m’avaient énormément impressionné.Nous savions aussi qu’ils venaient du Mondial B, où ils avaient été champions ou finalistes, si je me souviens bien.
Daniel Costantini faisait déjà un travail formidable avec cette génération de joueurs.Il y avait des joueurs comme Frédéric Volle, Denis Lathoud, et beaucoup d’autres comme Pascal Mahé, Laurent Munier, Philippe Gardent… Puis les plus jeunes sont arrivés : Jackson Richardson, Stéphane Stoecklin, qui sont de ma génération.Franchement, c’étaient de très grands compétiteurs. Et plus tard, ils ont gagné le premier titre mondial pour la France dans un sport collectif. Si je me souviens bien, c’était avant même la Coupe du monde de football 1998. Ils ont été les premiers champions.

Vous avez beaucoup joué contre les Français. Deux ans plus tard, au Mondial 1995, tu as marqué six buts contre eux, mais ils ont gagné cette fois-là. Et vous vous êtes encore affrontés aux Jeux olympiques pour la médaille de bronze. Au final, c’est une équipe qui t’a souvent accompagné comme adversaire, non ?
Oui, oui. À cette époque, il y avait deux grands favoris : la Suède et la Russie.Ensuite, il y avait des équipes comme la nôtre, l’Espagne, la France, la Croatie ou la Yougoslavie. Nous étions tous là à nous battre pour les titres.Je pense que j’ai assisté au début de ce qui est devenu une grande équipe de France.

Quelle influence Vladimir Maksimov a-t-il eue sur l’entraîneur que tu es aujourd’hui ?
Je pense que chaque entraîneur avec qui j’ai travaillé m’a apporté quelque chose.Bien sûr, Vladimir Maksimov a été l’un des grands entraîneurs avec lesquels j’ai travaillé. J’ai énormément de respect et d’affection pour lui.Juan de Dios Román est un autre maître, un entraîneur qui a marqué un avant et un après dans le handball espagnol.

As-tu d’autres influences ? Des choses que tu continues à faire à l’entraînement parce que tu les as apprises avec d’autres entraîneurs ?
Oui. L’un des entraîneurs qui m’a le plus marqué est Spartak Mironovich, celui qui a gagné les Jeux olympiques de 1988 et 1992.Il m’a beaucoup influencé et m’a énormément appris sur la vision globale du handball.

On t’a sûrement déjà posé la question aujourd’hui, mais tu as déclaré avoir appelé ton fils Daniel en référence à Daniel Costantini. Quelle était ta relation avec lui ?
Pour moi, Daniel Costantini est un peu le grand-père du handball français, celui qui a tout lancé.Ensuite, il y a eu Claude Onesta, qui est un peu le père du handball français moderne et qui a tout gagné.Mais à mon avis, Daniel Costantini est celui qui a vraiment mis en mouvement toute la machine qui a fait du handball français ce qu’il est aujourd’hui.

Quand le président t’a appelé, où étais-tu et comment as-tu vécu ce moment ?
Je venais de terminer l’entraînement avec mon équipe. J’ai reçu l’appel du président Philippe Bana, j’ai décroché…Ce fut une grande surprise. Mais je n’ai pas hésité une seule seconde.

Tu n’as vraiment pas réfléchi ?
Non, pas du tout. Comme je le dis toujours : quand la France, l’Allemagne ou le Danemark t’appellent, tu ne peux pas dire non.

Comment vois-tu le handball français aujourd’hui ?
Je vois un groupe de joueurs fantastiques. Pour moi, le handball français est un cercle de joueurs extraordinaires : ils sont très athlétiques, très forts physiquement.Ce sont des joueurs capables de se battre pour tous les titres.
Je crois qu’en général j’essaie toujours que mes joueurs se sentent importants, qu’ils se sentent comme une famille. Je pense que cela apporte beaucoup quand il y a une bonne harmonie dans l’équipe. Effectivement, sans laisser de côté les qualités individuelles, il faut aussi avoir des qualités collectives, avec une discipline tactique commune.

Le 2e match de cette double confrontation est organisé à Ciudad Real, là où tu as écrit de belles pages d’abord en tant que joueur puis en tant qu’entraîneur, aussi tu vas potentiellement coacher face à tes deux fils, Alex et Daniel…
Pour moi, c’est bien sûr très agréable de pouvoir jouer contre l’Espagne. Mes deux fils ne pourront pas jouer, ils sont blessés, mais revenir à Ciudad Real, au Quijote Arena, est quelque chose de grandiose. Et jouer contre l’Espagne, bien sûr, me remplit de satisfaction.
J’ai eu la grande chance d’y être d’abord comme joueur puis comme entraîneur. C’est là que j’ai appris ce que je voulais faire dans le futur. Grâce à ce club et à l’opportunité qu’il m’a donnée, je suis aujourd’hui là où je suis.

Le fait de commencer là-bas, est-ce que cela peut enlever un peu de pression ? Parce que tu connais bien le lieu, tu connais les gens… est-ce que cela peut aider un peu ?
Sans aucun doute, cela peut aider, mais cela peut aussi compliquer les choses, parce que je suis sûr que beaucoup de gens vont venir me voir à l’hôtel. Cela risque donc d’être un peu difficile. Mais bon, je préfère que cela m’arrive maintenant, lors des matchs amicaux. Et ensuite, quand viendra le moment de vérité, nous serons plus concentrés sur les matchs et sur le sport.

Comme tu le disais lors de la réunion cet après-midi : c’est un match amical, oui, mais il faut quand même le gagner, et le gagner aussi dans la manière…
Oui, parce qu’après la leçon donnée lors du Championnat d’Europe, où l’Espagne a clairement battu la France, je pense que pour nous il serait très, très important non seulement de gagner, mais aussi de savoir comment gagner, de savoir maîtriser le match.

Et plus généralement, qu’attends-tu de cette première semaine de travail ? Du staff, des joueurs ? Comment vois-tu cette semaine ?
Je la vois comme très constructive et très positive. Cette première semaine doit nous permettre de nous entraîner, d’être ensemble, d’apprendre les uns des autres et de poser la première pierre pour les batailles à venir.