Autrefois entraîneur notamment de Dunkerque, Cesson-Rennes et Nancy, Yerime Sylla possède aussi une solide expérience internationale à la tête de l’équipe nationale masculine de Belgique. Il est aujourd’hui le sélectionneur de l’équipe chinoise qui a affronté les Bleues dimanche soir. Au-delà de ce Mondial où il comptera mardi sur une victoire face à la Tunisie de Pablo Morel pour accéder au tour principal, il vise la qualification pour Los Angeles 2028.
Quel bilan tires-tu du match face à l’équipe de France ?
On fait moins de pertes de balle que contre la Pologne, et ça, déjà, c’est un point positif. Après, on tombe face à une équipe qui est très, très, très forte en montée de balle – on l’avait déjà vu contre la Tunisie. Et en plus, on perd très tôt une de mes meilleures joueuses qui se tord la cheville… À partir de là, c’est devenu très compliqué d’exister pleinement. Mais il y a de très bonnes choses : on met 21 buts. Dans notre histoire contre la Corée, on en prenait 24… mais on n’en mettait que 14. Donc offensivement, il y a un net progrès. Et il faut rappeler qu’il nous manque notre meilleure pivot sur cette compétition. Donc oui, il y a du positif. Maintenant, on sait où est le match important, la Tunisie ! Il y a des choses satisfaisantes, et c’est là-dessus qu’il faut s’appuyer. Je ne vais pas trop en parler parce qu’il y a un coach français en face, donc je vais garder ça pour moi… mais on sait exactement ce qu’on veut mettre en place pour les contrarier.
Quel est votre objectif sur ce Mondial ?
Notre objectif, c’est d’abord de ne pas se tromper de cible : jouer notre Mondial, c’est-à-dire atteindre le tour principal et engranger de l’expérience. Ce serait déjà un vrai signe de progression, surtout pour un groupe aussi jeune.
Comment se passe la communication au quotidien et pendant les matchs ?
C’est compliqué. Je suis encore en apprentissage du chinois ; je voulais m’y mettre plus tôt mais j’ai beaucoup de travail. À partir du mois de janvier, je vais m’y consacrer sérieusement. Aujourd’hui, je ne peux pas parler directement avec les joueuses. C’est aussi frustrant au quotidien de ne pas pouvoir aussi avoir des moments privilégiés avec elles pour vraiment les mettre en confiance. Tout passe par le filtre de la traductrice. On a donc développé des codes visuels, surtout pour les positions, parce que je suis assez exigeant là-dessus. Elles sont très disciplinées, mais c’est vrai que certaines consignes se perdent dans la traduction.
C’est ta première expérience avec une équipe féminine…
Le handball féminin a énormément évolué. J’ai des ailières capables de sauter à presque 3,50 m. J’apprécie beaucoup la richesse tactique : il y a une vraie réactivité, une grande capacité d’adaptation. Avec les garçons, parfois, un joueur en réussite peut simplifier les choses : trois défenseurs sur lui et il marque quand même, je pense à Sébastien Bosquet à Dunkerque ! Là, il faut se creuser davantage la tête, et c’est stimulant.
Comment es-tu arrivé à la tête de l’équipe de Chine pour cette expérience si singulière ?
D’abord parce que j’aime voyager et m’enrichir d’autres cultures. J’ai beaucoup travaillé en Afrique et je suis aussi lecteur pour l’IHF et c’est dans ce cadre que je m’étais rendu deux fois en Chine et cela m’avait plu. La fédération chinoise m’a contacté plusieurs fois mais je voulais m’engager seulement s’il y avait un vrai projet avec des jeunes générations, pour les aider à se structurer. Ils ont donc constitué un groupe avec des joueuses de 2004–2006 qui a travaillé deux ans en Hongrie, au contact du handball européen au sein du club d’Alba avec Suzana Lazović (à la tête du Monténégro sur ce Mondial) qui a fait un super boulot. C’est l’équipe que j’ai reprise pour l’amener jusqu’aux qualifications olympiques en 2027.
Vis-tu en Chine à temps plein ?
Oui, je suis basé à Pékin, au centre olympique. Je suis arrivé en août 2024 et j’ai vu tous les médaillés chinois arrivés des Jeux de Paris. En Chine, je suis aussi membre du comité des entraîneurs et je supervise toutes les provinces. Là-bas, ce ne sont pas des clubs, mais des équipes de province. On dispute beaucoup de tournois régionaux, notamment contre les U20. Ça me permet d’évaluer les joueuses dans tout le pays.
Quelle est l’ampleur du handball en Chine ?
Il n’y a pas énormément de licenciés. Beaucoup de filles arrivent du basket ou d’autres sports : elles sont orientées vers le handball si elles ont des pré-requis. La culture handball est en construction. Par exemple, mes joueuses ne connaissaient pas les stars européennes. Je les ai amenées à s’y intéresser, et ça les motive – même si affronter des joueuses comme Tamara Horacek, ça peut impressionner au début.
La Chine s’était pourtant distinguée avant même l’équipe de France…
La Chine a déjà eu un très haut niveau : Chao Zhai a été meilleure joueuse du monde 2002 et la Chine a décroché le bronze olympique en 1984. Mais il y a eu un creux, notamment parce que les joueuses ne sortaient plus d’Asie.
Envisages-tu des collaborations avec des clubs français ?
Oui, j’aimerais organiser des stages en France lors des fenêtres internationales. S’entraîner, jouer contre des clubs comme Dijon ou Chambray serait très enrichissant. Même physiquement, cela nous permettrait de nous situer.
Vous allez affronter la Tunisie, dirigée elle aussi par un coach français, Pablo Morel. Représentez-vous le handball français à travers cette expérience ?
Oui et je suis très fier de l’école française qui m’a diplômé. Nous avons à mon sens, la meilleure au monde pour les diplômes. La seule chose qui nous manque collectivement, c’est de mieux maîtriser l’anglais.