sans limite

Sacrés champions du monde en Suède, les Experts ont conquis leur quatrième titre consécutif après les JO 2008, le Mondial 2009 et l’Euro 2010. C’est aussi le quatrième sacre planétaire de la France qui rejoint la Suède et la Roumanie dans l’histoire. Avec des anciens toujours fidèles au poste et des jeunes qui ne dépareillent pas, les Tricolores, qualifiés pour les trois prochaines compétitions, n’ont peut-être pas fini d’écœurer la concurrence. Par Hubert Guériau.

L’Anglais Gary Lineker avait coutume de dire : « Le football se joue à onze contre onze. À la fin, ce sont toujours les Allemands qui gagnent. » Didier Dinart a repris à sa façon la formule. « Le handball est un sport qui a été inventé par les Allemands. Mais à la fin, ce sont toujours les Français qui gagnent. » La morale de l’histoire, le roc de la défense française la résume finalement assez bien. De Pékin à Malmö, en passant par Zagreb et Vienne, les Experts cannibalisent les grandes compétitions internationales.

Le triplé JO 2008 – Mondial 2009 – Euro 2010, réalisé en dix-huit mois à peine et que personne n’avait encore fait, était déjà en bonne place dans la grande histoire du jeu à sept. Le quatrième titre mondial, le deuxième consécutif, conquis en Suède, où les Experts n’ont pas connu la moindre défaite (neuf victoires, un nul), les rapproche un peu plus des étoiles. Tout là-haut, ils trônent fièrement à côté de la Suède et de la Roumanie, qui étaient les seules, jusqu’au 30 janvier dernier, à porter fièrement quatre étoiles sur leur belle tunique. Didier Dinart, Thierry Omeyer et Jérôme Fernandez, eux, ont rejoint le clan illustre des triples champions du monde. Le Roumain Cornel Otelea se sentait un peu seul. Dans les colonnes du journal l’Équipe, le colonel a assuré qu’il était ravi de faire un peu de place à cette impétueuse escouade qui aurait pu être plus fournie encore, si Guillaume Gille et Daniel Narcisse n’avaient pas dû renoncer sur blessure au grand festin planétaire.

Ce qui singularise encore cette équipe, c’est qu’elle a gagné un maximum de choses dans un minimum de temps. On la compare volontiers aux footballeurs brésiliens, aux rugbymen néo-zélandais. Et pourquoi pas à la dream team américaine de basket tant qu’on y est ! Après tout, comme elle, elle dispose en son sein de ce qui se fait de mieux sur la planète handball.
En Suède, la France est rentrée tranquillement dans les premiers assauts. Les Tunisiens, qui avaient alors l’esprit au pays et qui ont d’ailleurs appris la fuite de leur président à la mi-temps du match face aux Experts, les Égyptiens et les novices Bahreïniens n’étaient pas de taille pour contester la montée en puissance française. Pas plus que l’Allemagne, étrangement absente et insolemment dominée 30 à 23. Des joueurs à cours de compétition comme Michaël Guigou ont eu du temps pour se remettre dans le rythme. Les jeunes, eux, se sont vus offrir du temps de jeu nécessaire pour apprivoiser une telle compétition. Lors du tour préliminaire, seule l’Espagne, en arrachant le nul dans les dix dernières minutes après avoir eu la balle de match, a pu faire croire que la France n’était peut-être plus armée des mêmes certitudes, ni nourries de la même implication. Mais ces quelques instants d’égarement, dont Claude Onesta a aussi assumé sa part de responsabilité, ne doivent pas faire oublier l’impression de grande domination confirmée au tour principal face à la Hongrie, la Norvège et l’Islande puis en demi-finale face à la Suède.

La nouveauté, cette année, c’est que la France a vu le précipice en finale face au Danemark et a sans doute pensé que l’heure était venue de passer le relais. Claude Onesta dit d’ailleurs que l’ensemble d’Ulrik Wilbek a amené son équipe « à un niveau de jeu exceptionnel » qui a pourtant bien failli ne pas suffire. Punis par la fulgurance du bras droit d’Hansen, bernés par la vista de Spellerberg, écœurés par l’insolence de Landin, un gardien-gamin de 22 ans, les Français, embarqués dans d’irrespirables prolongations, ont cru revivre la demi-finale du Mondial 2007 à Cologne, que l’Allemagne, dans des conditions que personne n’a oubliées, lui avait ravi la victoire. Mais les arbitres, à de très rares exceptions près, sont toujours des gens honnêtes. Et puis la France a des qualités que l’on ne lui soupçonnait pas pour la simple et bonne raison qu’elle n’avait pas eu besoin de les afficher ces derniers temps : elle reste vaillante, généreuse et lucide dans la tempête. Après, le talent d’un Thierry Omeyer, la roublardise d’un Michaël Guigou, la puissance d’un Nikola Karabatic, l’abnégation d’un Bertrand Gille, le sang-froid d’un Jérôme Fernandez ou l’imposante présence d’un Dinart, feront toujours le reste. Et la différence.

L’un des enseignements que l’on peut tirer de ce 22e championnat du monde, c’est que la France prend toujours un malin plaisir à châtier la concurrence. Qu’elle est toujours guidée par cette farouche volonté de ne rien laisser aux autres. Écœurés, certains se lassent. Reléguée à la onzième place, l’Allemagne, embarquée sur un radeau de fortune, aura bien du mal à rejoindre Londres et les bords de la Tamise en août 2012 pour les Jeux olympiques. La Croatie, l’Islande et la Pologne, pourtant habituées des ultimes explications ces dernières années, mais chassées du podium en Suède, constatent que leurs cadres vieillissent et que leurs jeunes, aussi talentueux soient-ils, manquent encore un peu de moelle.

Avec leur défense de fer et des tirs parfaitement ajustés, les Bleus creusent inéluctablement l’écart et le succès prend une ampleur inespéré : 24-19, score final. C’est la première fois que l’équipe de France réussit à enchaîner deux grands titres. Igor Vori ne finira pas la finale : le pivot est sanctionné d’un carton rouge qui ternira son excellent mondial où il est désigné MVP.

D’autres espèrent que leur heure va venir. L’Espagne d’abord qui se dit sans doute que chez elle, en 2013, pour la prochaine édition du Mondial, l’heure sera enfin venue de faire cesser la plaisanterie. Le Danemark, la Suède et la Norvège, ensuite. Le premier est en train de se faire une place de choix dans le nouvel ordre mondial. Les deux autres ont affiché des promesses et paradé avec des jeunes pleins de promesses.

Face aux défis qui l’attendent, la France semble armée. Elle était pourtant privée de Guillaume Gille et de Daniel Narcisse dont on connaît l’importance sur et en dehors du terrain. En leur absence, des jeunes se sont révélés, preuve que cette équipe-là peut gérer les affaires courantes tout en préparant l’avenir. C’est un luxe. C’est aussi plein de promesses. Au Mondial 2009 et à l’Euro 2010, Xavier Barachet n’avait que humé le parfum enivrant de la grande compétition, souvent dans les tribunes, parfois sur le banc, rarement sur le terrain. Bien que contrarié par une blessure à la cheville, l’arrière gaucher a été la révélation tricolore. Des deux côtés du terrain, il est aujourd’hui un élément incontournable du dispositif à un poste où les candidats crédibles sont si peu nombreux.

William Accambray et Samuel Honrubia auraient dû subir en Suède le même sort que leur pote chambérien en Croatie et en Autriche. Mais les circonstances ont contraint Claude Onesta à procéder autrement. Privé de Daniel Narcisse ; parce que l’opération au genou de Michaël Guigou fin novembre ne lui donnait pas non plus toutes les garanties ; parce que ce dernier a aussi été appelé à faire des piges à la mène pour faire souffler Nikola Karabatic, le sélectionneur a finalement sollicité plus que prévu l’arrière et l’ailier de Montpellier. C’est du temps de gagné.

Du temps, la France va justement en avoir. Claude Onesta, qui n’oublie jamais l’essentiel, l’a fait remarquer à Malmö quelques minutes seulement après la finale : avec ce titre, son équipe est assurée d’aller défendre son titre olympique sans passer par des tournois de qualification au printemps 2012 qui lesteront un calendrier déjà bien chargé. Les Français ne joueront pas non plus de play-off pour espérer aller en Espagne en janvier 2013. Ils sont aussi assurés de défendre leur titre mondial. Les Experts sont qualifiés pour les trois prochains grands tournois puisque leur titre européen de 2010 leur avait déjà ouvert les portes de l’Euro 2012 en Serbie.

Bref, c’est tout bénef. Pour la fédération qui va pouvoir mettre sur pied un plan d’action pour préparer au mieux ces échéances. Philippe Bana l’assurait avant même la finale de Malmö : « Hier n’existe pas ; aujourd’hui, un peu. C’est demain qui nous intéresse. » C’est tout bénef aussi pour les grognards qui assurent que leurs jambes vont les porter au moins jusqu’à Londres. L’or olympique est l’obsession des membres les plus illustres de cette confrérie bleue, animés pour certains par l’ardent désir de fermer le grand livre sur un doublé olympique retentissant. Mais ils assurent qu’ils ne feront pas pour autant l’impasse au prochain championnat d’Europe. « Quand on dispute une compétition, dit Jérôme Fernandez, le valeureux capitaine, c’est pour la gagner. »


Et si on n’avait pas encore tout vu ?

résultats

Tour préliminaire :
France – Tunisie : 32-19 / Égypte – France : 19-28 / France – Biélorussie : 41-17 / Allemagne – France : 23-30 / France – Espagne : 28-28
Tour principal : Norvège – France : 26-31 / France – Bahreïn : 34-28
Demi-finales : Espagne – Danemark : 24-28 / Suède – France : 26-29
Places 3-4 : Suède – Espagne : 23-24
Finale : France – Danemark : 37-35